‹ Un inventaire sous la terreurChapitre 2 sur 139 · Décret du 1 er avril · texte numérisé non relu

Décret du 1 er avril

2. Décrets des i* T avril et 14 septembre 1791 ; — Code pénal de la Constituante ; — .Décrets des 19 octobre, 23 octobre, 9 février, 14 août et 2 septembre 1792.

AVANT-PROPOS. îx

connut la nécessité de protéger contre les déprédations inévitables non seulement les édifices publics, mais encore les objets d'art saisis dans les palais, les églises et dans les demeures des émigrés '.

Les décrets des 14 août, 13 et 19 octobre 1792 instituèrent et réglementèrent une Commission dite des Monuments. Elle se composait de trente-trois membres, dont six siégeaient sur les bancs delà Convention : Guyton, David, Camus, Barrère, Dussaulx et Sergent. Les autres membres titulaires étaient : Amilhou, l'abbé Barthélémy, Boizot, Bréquigny, Broussonnet, Cossard, Courtois, Dacier, Debure, Lemonnier, Desmarest, Dormesson, Doyen, Dufourny, Leblond, Masson, Mercier, Munier, Mouger, Mouchi, Mulot, Pajou, Poirier, Putod, Regnaud et Vandermonde.

Barthélémy, Bréquigny, Leblond, Poirier, Dacier, Amilhou, faisaient partie de l'ancienne Académie des belles-lettres; Moreau, Mouchi, Pajou, Regnaud, Doyen et Boizot avaient appartenu à l'Académie de peinture ; Lemonnier, Broussonnet, Meunier, Vandermonde et Desmarest étaient membres de l'ancienne Académie des sciences.

Les autres commissaires semblent dépourvus de titres spéciaux pour procéder au triage et à l'appréciation d'objets d'art, tableaux, statues et vases précieux dignes d'être conservés. On organisa plusieurs dépôts : le premier au Louvre (décrets des 19 et 21 novembre 1792); le second, le plus important de tous, dans les couvents des ci-devant Petits-Augustins (décrets des 18 et 19 octobre 1792). Trois autres dépôts furent ouverts pour les livres et les manuscrits aux Capucins Saint-Honoré, aux Grands Jésuites de la rue Saint- Antoine et aux Cor délier s. Le dépôt de la rue Bergère (les Menus-Plaisirs) fut plus spécialement affecté à la garde des instruments de musique.

On sait que le dépôt provisoire des ci-devant Petits-Augustins fut sauvé d'une destruction certaine par le dévouement et l'intel-

1. Voir le Rapport de l'abbé Grégoire à la Convention et le tableau saisissant d'une partie des actes de vandalisme accomplis.

x UN INVENTAIRE SOUS LA TERREUR.

ligence de Lenoir. Cet artiste, doublé d'un savant, sauvegarda ainsi d'inestimables richesses.

« Ce ne fut pas sans peine, dit M. Spire-Blondel, dans son intéressante étude sur l'Art pendant la Révolution, que Lenoir réussit à réunir ce trésor de l'art historique. Grâce au zèle de la Commission et en s'appuyant surtout sur le décret de la Convention du 24 octobre 1793 qui défend de détruire et de mutiler les monuments sous prétexte d'en faire disparaître les signes de la féodalité, Lenoir parvint à recueillir de quatre à cinq cents objets d'art, qu'il classa dans un ordre chronologique '... »

On verra plus loin que les autres dépôts, — celui des Menus- Plaisirs entre autres, — n'ont pas eu pareille fortune.

Quoi qu'il en soit, au milieu du désordre inévitable où opéraient des mandataires désignés à la hâte, on devine quel put être le sort de fragiles instruments de musique que des décrets tardifs avaient tenté de protéger contre la destruction. Fort peu d'entre eux trouvèrent d'ailleurs une retraite assurée dans ces premiers dépôts ouverts à la hâte, où tout se faisait sans ordre, sans classement, et dont la garde était souvent confiée à des surveillants sans scrupules. Les soustractions et les remplacements eurent alors beau jeu, sans parler de ces bons en nature que les fournisseurs militaires tiraient sur le mobilier de la Couronne. Quelques années plus tard, rappellerons-nous les scandaleux encans du Directoire, les ventes des condamnés, des émigrés, des confisqués, des ruinés; ce Paris décrit par MM. de Goncourt dans le tableau de la Société française pendant le Directoire :« La grande ville n'est plus qu'un vaste encan où domine la voix des crieurs. Qui veut des hôtels? qui veut des meubles? Les experts de tableaux et d'objets d'art ne suffisent plus aux catalogues. C'est la liquidation de la guillotine '. »

1. Le Dépôt des Petits- Augustins fut converti plus tard en Musée des Monuments français (13 fructidor an III.)

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