AMES SŒURS
Avez-vous remarqué. ces familles étranges
Où deux petits enfants sont nés d'un premier lit ? Ils conservent leur lien étroit, bien que les anges Aîent vavi pour jamais celle qui les nourrit.
Leurs actions, leurs pensées sont celles de: leurs frères Nés de leur pèr’ à tous ; maïs tous: deux ont en plus : Cette communion de deux êtres austères
Qui se comprennent même alors qu'ils se sont tus.
Aînsi,, le premier jour que je te vis, très-chère, IT me sembla qu'un lien. plus étroit nous liait Que le lien naturel des âmes de la terre.
O toi, qui, sous un ciel dont l'homme oublie la flamme, Naquis, et qu'un silence invisible entouraïit, Je te reconnais bien jumelle de mon âäme11
Traduction de Ritz.
Le rayon surnaturel qui illumine les. créations de la poésie italienne franchissant les siècles et la distance vient se poser sur maint poème de Dante Gabriel.
To. ikine, which. now absorbs within its sbhere My worshiphing face, till T am mirrored there Light-ciwcled in à heaven of deeb-drawn rays ?
Mid-Rapture — Sonnet XXVL The House of Life.
Have you not noted, in some family,
Where two were born of a first marriage-bed.
How still they own their gracious bond, though fed And nursed on the forgoiten breast and knee ? How to their father's children they shall be
In act and thought of one goodwill ; but each:
« Ma dame, volontiers je te dirais comment je ne distingue Jamais ton âme de ton corps, ni ta personne de la mienne, ni notre amour de Dieu t. »
C’est dans The Blessed Damozel, plus encore que dans les autres poëmes, que Rossetti a, pour ainsi dire, sanctifié l’amour terrestre. L’aimée est au Paradis. Elle appelle de ses vœux le moment où celui qu’elle a aimé sur la terre l’y aura rejointe. C’est sous la protection de Dieu lui-même, de la Vierge Marie, du Christ qu’elle place son amour :
« Quand l’auréole ceindra sa tête (la tête de l’aimé), qu’il sera vêtu de blanc, je le prendrai par la main et j'irai avec lui vers les sources profondes de la lumière. Nous descendrons nous y baigner, comme dans un fleuve, sous le regard de Dieu.
« Nous deux, nous chercherons les bosquets où se tient Dame Marie, avec ses cinq servantes dont les noms forment cinq douces symphonies : Cécile, Gertrude, Madeleine, Marguerite et Rosalie.
Shall for the other have, in silent speech, And in a word complete community ?
Even so, when I first saw. you, seemed. it, love That among souls allied io mine was yei One nearer kindred than. life hinted. of.
O born with. me somewhere that men forget, And though in years of sight and sound unmet, Known for my soul’s birth-partner well enough.
The Birth-Bond.
(1) Lady, I fain would tell how evermore Thy soul I know not from thy body, nor Thee from myself, neither our loue from God.
Heart’s Hope — Sonnet V The House of Life.
« Il aura peur sans doute et se taira ; alors je poserai ma joue contre la sienne et je parlerai de notre amour sans honte, ni faiblesse ; et la bonne mère approuvera mon audace et me laissera parler.
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« Alors je demanderai au Christ, notre Seigneur, ceci pour lui et pour moi : vivre seulement ici, comme jadis sur terre, avec l’amour ; être seulement désormais — comme nous l’avons été pendant quelque temps, — unis tous deux, lui et moi, pour l’éternité 1. »
(1) ” When round his head the aureole clings And he 1s clothed in white, l'U take his hand and go with him To the deep wells of hghi ; As unio a stream we will step down And bathe there in God's sight.
? We two ”?, she said, ” wull seek the groves Where the lady Mary 15,
With her five handmaïidens, whose names Ave five sweet symphonies,
Cecily, Gertrude, Magdalen, Margaret and Rosalys.
” He shall fear haply and be dumb ; Then wiil I lay my cheek
To his, and tell about our love, Not once abashed or weak :
And the dear Mother will approve My pride and let me speak.
* There will I ask of Christ the Lord Thus much for him and me :
Only to live as once on earth With Love, — only to be, AS then awhile, for ever now Together, I and he. ” The Blessed Damozel.
L'âme des vieux poëtes italiens et de Dante en particulier revit en l’auteur de la Blessed Damozel. Les circonstances dans lesquelles la Damoïiselle Élue se trouve ou se trouvera placée ne sont pas sans offrir quelque analogie avec certain passage du Chant XXIII de la Divina Commedia. Beatrice nous y apparaît en compagnie des Bienheureux s’unissant, les mains jointes, à la prière que saint Bernard adresse à la Vierge Marie. Rossetti représente la Damoiselle Élue chantant dans les chœurs célestes. La Vierge conduira l’Aimée et l’Aimé vers « Celui autour duquel toutes les âmes s’agenouillent en un ordre parfait, inclinant leurs têtes innombrables couronnées d’auréoles ; et les anges viendront à leur rencontre au son des cithares et des citoles 1. » L'amour si fervent des poètes italiens pour la Femme se prolonge dans le sentiment d’adoration qu’ils éprouvaient pour la Vierge Marie.
La Vierge n'avait jamais cessé d’être un objet de vénération dans la chrétienté. L’iconographie le prouve. Mais la prédication de saint François d’Assise qui parlait avant tout au cœur, parce qu'elle jaillissait du cœur, développa les facultés sensitives de l’homme et eut pour effet, chez les héritiers de sa doctrine, un redoublement de zèle pour la mère du Christ. Dans ce zèle entra une note intime et tendre toute nouvelle alors. Les Servites et les Dominicains contribuèrent, pour leur part, à la glorification de Marie ; mais ce sont les Franciscains qui prirent la tête du mouvement. Pour ceux-ci, Cimabue représenta, dans la Basilique d’Assise, les derniers épisodes de la vie de la
(1) to Him round whom all souls Kneel, the clear-ranged unnumbered heads Bowed with their aureoles :
And angels meeting us shall sing To their citherns and citoles.
The Blessed Damozel.
Vierge. C’est à Jacopone da Todi que nous devons le Srabat Mater Dolorosa, si douloureusement ému et le Siabat Maier Speciosa si plein de charme et de grâce. Pour répandre dans le peuple le culte de la Vierge, Bonaventure décide, en 1269, au chapitre général d’Assise, que les cloches franciscaines annonceront l’Ave Maria, à l'heure du crépuscule. L'esprit des Franciscains anime les poètes italiens et, par leur intermédiaire, Dante Gabriel Rossetti. Au respect que ces poètes eurent pour la mère de Jésus-Christ, se mêla un sentiment de confiance, d'affection, nous dirons même d'amour mystique pour celle qui était, à leurs yeux, la reine des femmes en même temps que le type achevé de la beauté céleste. « Vierge mère, fille de ton fils, plus humble et plus haute qu'aucune autre créature, terme fixe de l’éternelle volonté, tu «es celle qi as ennobli la nature humaine au point que son Créateur n’a pas dédaigné de devenir ‘sa propre créature. Ta bonté ne secourt pas seulement celui qui demande, mais bien des fois, généreusement, elle va au-devant de la demande. En toi la miséricorde, en toi la piété, en toi la magnificence, en toi se trouve réuni tout ce qu'il y a de bonté dans la créature 1, » C’est ainsi que s'exprime la ferveur de Dante, par la bouche de saint Bernard. Chez Rossetti, la ferveur est la même, avec une évidente intention
(0) Vergine madre, filia del tuo Figlio, Umile ed alta più che creatura, Termine fisso d'eterno consiglio, Tu se’ colei che l’umana naiura Nobilitasti si, che 1l suo Faïtore Non disdegno di farsi sua faitura.
In te misericordia, in Le pietate, In te magnificenza, in ie s'aduna Quantunque in creatura & di bontate.
Paradiso XXXIII.
de la rapprocher de la condition humaine. N'est-elle pas la sœur de ceux qui ne sont plus 1 ? « C’est la Vierge Marie, prédestinée à être la mère de Dieu. Elle est partie depuis longtemps, et elle vécut jeune à Nazareth en Galilée. Elle montra un religieux respect pour la volonté de Dieu, une profonde simplicité de pensée, une résignation infinie. Depuis qu’elle reposa sur les genoux de sa mère, toujours fidèle et pleine de confiance, éclairée en sa charité, forte dans sa paix austère, prudente ‘dans sa miséricorde.
« Ainsi demeura-t-elle au cours de son adolescence, tel un lis arrosé par les anges qui croît paisible près de Dieu, jusqu’à ce qu'un jour, à l’aube, elle s’éveilla dans son lit blanc sans éprouver la moïndre frayeur. Elle pleura cependant jusqu’au lever du soleil, remplie d’un auguste émoi, parce que la plénitude des temps était venue 2. »
Les Italiens et Rossetti implorent l’aide de Marie en toute
(1) C£. Ave — D. G. Rossetti’s poetical works. Ed. William M. Rossetti. |
(2) This is that blessed Mary, bre-elect
God’s Virgin. Gone is a great while, and she Duelt young in Nazareth of Galilee.
Unto God’s will she brought devout respect, Profound simplicity of intellect, And supreme patience. From her mother’s knee Fañthful and hopeful ; wise in charity ;
Sirong in grave peace ; in pity circumspect.
So held she through her girlhood ; as it were An angel-watered lily, that near. Go Grows and'is quiet. Till, one dawn at home She wohe in her white bed, and had no fear At all, — yet wept ill sunshine, and jfelt awed : Because the fulness of the time was come.
Mary's Girlhood. — Ed. W. M. Rossetti.
confiance ; ils savent qu’elle est la médiatrice entre l’homme et Dieu. C’est par Son intercession que Dante est admis en présence de l'Éternel. Vers elle se tourne Guy d’Arezzo dans la détresse de son âme :.. | |
« Reine du ciel, glorieuse mère du bon Jésus, dont la mort sacrée, pour nous sauver des portes infernales, effaça de péché de notre premier père ;
« Vois comme l’amour nous persécute des coups AAA de ses flèches mortelles et à quel sort il nous conduit ; mère compatissante, notre chère compagne, préserve-nous de Suivre ses nombreuses cohortes. |
« Verse en moi cet amour divin qui attire do âme vers le lieu suprême, afin que je rompe les liens de l’amour. Tel est le remède à cette âpre ardeur ; telle est l’eau qui peut éteindre ce foyer ; c’est ainsi qu’un clou chasse l’autre d’un essieu #1»
C’est vers Marie également que Rossetti dirigera son regard suppliant aux heures où la vie s’assombrit :
« O mon âme, est-ce la Foi, ou l'Amour ou l’Espérance qui
(1) Donna del crelo, gloriosa madre Del buon Gesu, la cui sagrata morte, Per liberarci dalle infernal porte, Tolse l’eyror del primo nostro padre ;
Risguarda amor con saeite aspre e quadre À che strazio n'adduce, ed a qual' sorte :
Madre pielosa, a noi cara consorte Ritrane dal seguir sue turbe e squadre.
Infondi in me di quel divino amore, Che tira l’alma nostra al primo loco, Si ch'io disciolga l'amoroso nodo.
Cotal vimedio ha questo aspro furore ; Tal acqua suole spegner quesio foco, Come d’asse si trae chiodo con chiodo.