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me permet de la voir se lever où resplendit la lumière du Trône ? À gauche, à droite, les chérubins en masses compactes convergent dans leur vol vers un point doré et du milieu des séraphins monte un hymne de gloire. O Marie notre mère, ne refuse pas de nous écouter, toi à qui les étoiles font comme un manteau, toi qui vois et peux n'être pas vue. Entends-nous enfin, Ô Marie notre reine. Vers notre ombre incline ton visage, penche-toi hors de ta mystérieuse demeure, ô Vierge Marie pleine de grâce1,»
La mère du Christ est ici représentée environnée des splendeurs célestes ; mais la première partie du poème Ave, dont ce passage est la conclusion, est conçu dans un esprit différent. Guy d’Arezzo appelait la Vierge « notre chère compagne »; Rossetti s’adresse à elle en lui disant :
« Souviens-toi que pour ceux que la mort peut frapper, tu fus jadis une sœur avec des sentiments de sœur 2. »
Au chant II de l’{nferno, la Vierge, fidèle à son rôle de média-
(2) Soul, is it Faith, or Love, or Hope That lets me see her standing up Where the light of the Throne is bright ?
Unto the left, unto the right, The cherubim, succinct, conjoint, Float inward to a golden point, And from between the seraphim The glory issues for a hymn.
O Mary Mother, be not loth To lisien, — thou whom the stars clothe Who seest and may not be seen !
Hear us at last, O Mary Queen !
Into our shadow bend thy face, Bowing thee from the secret place, O Mary Virgin, full of grace.
Ave.
(2) Think that to such as death may strike Thou once wert sister sisterlike.
Ave.
trice, fait avertir Béatrice des dangers que :court Dante. Nous avons vu plus haut comment la Damoiselle Élue se tourne vers elle, pour que, par l’intercession de Marie, Dieu ‘protège ‘son amour. | |
En s'adressant à la Vierge sur un ton de confiante intimité qui n’exclut nullement le sentiment de la plus fervente vénération, Rossetti est bien le continuateur des poètes italiens ; al demeure dans la tradition franciscaine. Si, pour lui, la Vierge participe à la gloire divine, elle reste femme. Partant, chez Rossetti, comme chez ses ancêtres poétiques, s’épanouissent indissolublement unis l’amour terrestre en ce qu’il a de plus épuré et l'amour mystique en:ce qu’il a de plus tendre. Nous verrons, lorsque nous étudierons Rossetti peintre, quelle influence cette manière de concevoir le culte de la Vierge a exercée sur: la réalisation de son idéal artistique.
Nous avons vu comment le mysticisme de saint François avait idéalisé la nature humaine. Nous avons dit que le réalisme était, comme l’idéalisme, une conséquence de sa doctrine, Entre celui-ci et celui-là, il n’y a qu’apparence d’antinomie, grâce à l’interpénétration du monde terrestre et du monde surnaturel. Pour les mystiques, les êtres et les choses de l’ordre céleste ont une réalité objective. Ils abordent le problème de la destinée humaine en visionnaires aux yeux desquels se concrétisent les données de la métaphysique chrétienne. Rossetti s’imagine le séjour des Bienheureux avec une extraordinaire netteté. Maint passage de ses poèmes est une fenêtre grand ouverte sur les régions paradisiaques décrites avec cette précision que nous remarquons et admirons chez les trecentistes et les quattrocentistes :
« Elles (les servantes de Marie) sont assises en cercle, les boucles nouées, le front paré de guirlandes 1, »
« Je rêvai que mes regards pénétraient au jardin de Dieu où se promenaient des femmes dont j'avais vu les images entourées de cierges à l’église. Elles s’inclinaient à droite, à gauche, l’une vers l’autre ‘en se jouant ; et sur leur longue chevelure
() Circlewise sit they, with bound lochs and foreheads garlanded.
The Blessed Damozel.
d’or flottait une sorte de cercle de feu qui, suivant leurs mouvements, se penchait et se relevait avec elles. Alors un souffle passa au milieu d’elles comme si une fenêtre venait de s’ouvrir dans le ciel pour que Dieu puisse répandre ses bénédictions… Alors toutes les vierges bienheureuses qui étaient là se levèrent ensemble comme si une voix les appelait ; elles 'JECerent leurs tresses en arrière et frappèrent dans leurs mains, toutes à la fois, et leur rire monta à cause de la grande joie céleste qu'elles avaient d'entendre Dieu bénir le monde !.:»
En présence de ces tableaux radieux, notamment devant celui où nous voyons les âmes agenouillées devant Dieu et les anges chantant au son des cithares et des citoles, nous ne pouvons ne pas songer aux peintures de Fra Angelico dont l’influence sur Rossetti est évidente. La conception anthropomorphique de la Divinité dont le fragment emprunté à The Last Confession offre un exemple frappant est bien dans le goût des Italiens du moyen âge et dans la logique d’un tempérament de
(1) I dreamed T saw into the garden of God, Where women walhked whose painted images d I have seen with candles round them in the Church. They bent this way and that, one to another, Playing : and over the long golden hair Of each there floated like a ring of fire Which when she stooped stooped with her, and when she rose Rose with her. Then a breeze flew in among them, AS if a window had been opened in heaven For God to give His blessing from.
Then all the blessed maidens who were. there Stood up iogether, as it were a voiee That called them ; and they threw their tresses back And smote their palms, and all laughed up at once, For the strong heavenly j0y they had in them To hear God bless the world.
A Last Confession.
visionnaire. La même netteté descriptive se retrouve dans les pièces d’un caractère profane dans ‘he Burden of Nineveh, dans Eden Bower, dans la traduction de la ballade de Villon :
Dis-moi où, n’en quel pays Est Flora, la belle Romaine.
Précisant la pensée du poète français, Rossetti traduit :
Tell me now in what hidden way is Lady Flora, the lovely Roman.
L'âme humaine prend, avec nos poètes, une forme sensible, Chez Dante, l’âme de Béatrice s'envole sous l’aspect d’un petit nuage :
« Je levai mes yeux baignés de pleurs et je vis, pareils à une pluie de manne, les anges qui remontaient vers le ciel, précédés par un petit nuage derrière lequel ils chantaient en chœur : Hosanna !. » Dans Rossetti les âmes sont comparées à des fllmmes légères 2.
. Les élus gardent au ciel leur forme terrestre. D’après ce qui précède, on voit qu'ils ne sont pas réduits à l’état de purs esprits. Béatrice apparaît à Dante au 30€ chant du Purgatoire sous un voile blanc, ceinte d’olivier. Au chant IV du Paradiso, elle le regarde avec des yeux étincelants d’amour d’une splendeur
(1) Levavi gli occhi miei bagnati in pianti E vedea (che parean pioggia di manna) Gli angel che lornavan suso in cielo, Ed una nuvoletia avean davanti, Dopo la qual gridavan tutti : ‘ Osanna ”.
Vita Nuova — Canzone II.
(2) And the souls mounting up io God Went by her like thin flames.
The Blessed Damozel — p. 233.
divine, Au chant XVIII, elle Pinonde de la lumière de son sourire. Sa voix, dit le poète, au chant IT de l’Inferno, est d’une suavité angélique. La Damoiselle Élue de Rossetti n’est pas' un: pur esprit. Elle a un corps et ce corps n’a pas perdu sa chaleur naturelle, puisqu'elle échauffe de sa poitrine la barrière d’or du ciel sur laquelle elle est mélancoliquement accoudée. Ses yeux sont plus profonds que les eaux profondes assoupies vers le soir. ses cheveux épars sur le dos sont dorés comme le blé mûr. La simplicité de sa robe qui tombe droite de l’agrafe à l’ourlet, sans autre ornement qu’une rose blanche don de Marie, l’innocence de son attitude, la parent cependant d’une grâce infinie. |
Sur terre, l’amour est la source de la félicité suprême. Sans lui, il n’est pas de joie ; sans lui, la vie perd toute saveur, toute signification et l’homme erre sans but dans les ténèbres. Béatrice est dans la fleur de sa jeunesse ; l’idée qu'elle mourra obsède Dante qui pressent le néant de son existence quand la bien-aimée lui sera ravie. « Vois, l’âme de ta vie s’échappe chaque jour vers le ciel », dit Cino da Pistoia dans la canzone dédiée à Dante sur la mort de Béatrice. Cino reproche au Florentin de s’abandonner au désespoir et de laisser l’image de la mort se fixer dans ses yeux. « L’amour te crie : Sois consolé ! sois consolé 1. » Si Dante, en effet, ne se livre pas à un acte de désespoir, il reverra Béatrice au ciel. Que resterait-il à l’homme sans l’espérance de l'éternel revoir ? C’est cette espérance qui lui donne la volonté et la force de vivre. « O mon amour », s’écriera plus tard Rossetti, « ma vie aspire. après ma mort... Votre. joue et la mienne sont froides dans la pluie, mais chaudes elles seront
(1) Cf. Cino da Pistoia — Canzone :
Avvegna ched io m'aggio pit per tempo.
lorsque nous nous rencontrerons à nouveau !, » La certitude de l’éternel revoir s'affirme dans le Portrait avec non moins de confiance et avec une allégresse anticipée plus marquée :
« Quel ravissement, quel respect auguste rempliront mon âme quand, transportée, à sa renaissance, à travers la musique des soleils, elle entrera soudain dans l’âme de l’aimée 2 ! »
Les amoureux gardent dans le ciel le sentiment qu’ils éprouvèrent sur terre. Leur condition d’élus ne les rend nullement inaccessibles aux inquiétudes, aux souffrances dont l’amour peut être la cause. Béatrice, bien qu’elle soit pour les saints un objet d’admiration, bien qu’il lui soit permis de contempler le Rédempteur face à face, Béatrice n’en demeure pas moins en esprit avec Dante à toute heure du jour. Elle ne cesse de prier Dieu pour qu’il accorde la paix à celui qui l’a aimée *. Dans le chant II de l’Inferno, elle déclare que c’est l'amour qui Pa: amenée auprès de Virgile et qui la fait parler. Elle pleure quand elle sait que Dante est en péril.
Pour les élus, les joies du: Paradis ne sauraient être complètes sans la joie d’un amour partagé. Ainsi s’exprime Jacopo da Lentino :
« J'ai résolu dans mon cœur de servir Dieu afin de pouvoir
(1) O love, of my' death my life is fain… Your cheeh and' mine are cold in the rain But warm they’ be when we meet again.
A death-parting,
(2) How shall my. soul: stand rapt and awed When by the new birth borne abroad Throughout the: music: of the suns.
It enters in her soul at once | | The Portrait.
(3) Cino da Pistoia, — Canzone :
Avvegna ched 10 m'aggio: pi per tempo.
aller en Paradis, ce saint lieu où j'ai entendu dire que FRénent à jamais les plaisirs, les j jeux et la joie !.
Sans ma dame, je n’y voudrais point aller, ma dame à la blonde chevelure, au clair visage ; car, je ne pourrais être heureux sans elle et si j'étais séparé de ma dame.
Mais je ne dis pas cela pour laisser entendre que j'y voudrais commettre quelque péché ; je ne veux que contempler sa belle prestance,
Son beau visage et son regard langoureux ; car ce serait pour moi une grande consolation de voir ma dame en:état de joie. »
La même idée avait été exposée par maints troubadours;, par Peire Ramon de Toulouse, par Arnaut de Marueil, par Guillem de Cabestaing ?. « Le Paradis sans toi n’est pas parfait », s’écrie Bernard de Véntadour en parlant de l’aimée. Calvo affirme que « le ciel ne serait rien sans la grâce et la courtoisie de sa dame ». Le troubadour Bertran conversant avec Granet,
(1) To m'aggio posto in core a Dio servire, Com'io potesse gire in paradiso, AT santo loco, ch'aggio audito dire
. O” si mantien sollazzo, gioco e riso.
Senza Madonna, non vi vorria gire, Quella ch' ha bionda testa e chiaro viso :
Che senza lei non poteria gaudire Istanto dalla mia donna diviso.
Ma non lo dico a tale iniendimenio, Perch'io peccato ci volesse fare :
Se non veder lo suo bel portamento,
E lo bel viso, el morbido sguardare ; Chè ’l mi tervia in gran consolamento Veggendo la mia donna in gioia stare
(2) Consultez « la poésie des Troubadours » de Frederic Diez — études traduites de l'allemand par le Baron Ferdinand de Roisin.
s'exprime d’une façon qui donne à sa pensée un caractère réel d’impiété :
« Antéchrist a tant de pouvoir qu’il peut bien, s’il le veut, faire de l’or fin avec du bois ; donc je suis sûr que ma dame se ‘contraindra (à m'’aimer) si je veux croire en lui et faire tout ce qu’il commandera.… avec lui, je suis certain que tous mes maux seront vengés À. »
Ce qui, chez les Provençaux, n’était au fond qu’une hyperbole littéraire, et n’avait que la valeur d’un lieu commun devient chez Jacopo da Lentino l’expression raffinée d’un sentiment profond et pur. La même idée se retrouve dans Rossetti. Malgré les félicités dont elle est entourée, la Damoiselle Élue n’est pas heureuse. Elle songe avec tristesse, mais une tristesse mêlée d'espoir, à l’aimé qu’elle a laissé sur la terre et elle ne goûtera un bonheur parfait que lorsqu'il l’aura rejointe.
« Je voudrais », dit-elle, « qu’il fût venu vers moi, car il viendra. N’ai-je pas prié dans le ciel ? Sur la terre, Seigneur, Seigneur, n’a-t-il pas prié ? et l’union de deux prières n’estelle pas une force irrésistible ? Pourquoi donc aurais-je peur ? ?»
La Damoiselle Élue fait alors un tableau de la vie qu’elle mènera au ciel auprès du bien-aimé sous la tutelle de Dieu et
(1) :.. Antecrist sai ca de poder tan | que ben pot far sis vol aur fin de lenha : | doncx segurs soy que ma donaz destrenha ; | si vuelh creire ni far tot son coman ; | Cab luy suy... sertz que totz mos mals
revenha.
Manuscrit R. La Vallière.
(2) ? I wish that he were come to me, For he will come ”’, she said.
” Have T not prayed in Heaven ? — on earth Lord, Lord, has he not prayed ?
Aye not iwo prayers a perfect strength ?
And shall I feel afraid ? ” The Blessed Damozel.
i UN ITALIEN (D'ANGLETERRE
de la Vierge Marie. Mais découragée par la longueur de lattente, elle laisse tomber ses bras le long de la barrière d’ordu .&el:et pleure !
Avec quel:transport de triomphante alléeresse le bien-aimé sera «accueilli par la -bien-aimée au ciel, c’est ce ‘que montre le poème Staff and Scrip. Un pauvre pélerin ‘s’est mesuré avec le cruel ennemi de la reine Blanchelys. Il a été tué. La/reime, ‘touchée de son sacrifice, suspend, au-dessus de sa: propre couche, ile bâton et la besace de celui qui est mort ‘pour élle.»Pendant ‘dix :années, :élle lui voue toutes ses pensées ; elle meurt à son ‘tour et, lorsqu'elle le retrouve en Paradis, ‘elle s’écrie :
«Ja lice est ouverte dans le ciel aujourd’hui. Les ‘tentes esplendissent. Magnifique, ton bouclier est suspendu et per- ‘sonne pour te provoquer ! Lies :trompettes résonnent et proclament qu’elle.est toit.»
‘Là ne s’arrête pas l’analogie entre les vieux «poètes italiens et Dante -Gabriel :Rossetti ; comme ses ancêtres littéraires, le:poète anglais conçoit le dieu Amour d’une faconttoutetréaliste. “Chez :maint écrivain italien, Amourest un personnage vivant sa vie propre ; 1l existe ren dehors de ceux qu’il inspire. Pierre des Vignes est très-explicite sur ice point. Voici ce qu'il dit :
« Parce qu’Amour ne se peut voir et.ne.se touche pas sous «une forme corporelle, maintes gens sont assez fous pour ‘croire -qu’Amour n'existe pas.
Mais pour peu qu’Amour fasse sentir dans le cœur des hommes
(1) The lists ave set in Heaven 'to-day, The brighi pavilions shine ; Fair hangs thy shield, and none gainsay ; The trumpeis sound in sign That she ùs thine.
The Staff and Scrip.
son souverain pouvoir, force est de reconnaître sa valeur, plus encore que s’il était visible à nos regards.
Par quelle vertu l’aimant attire-t-il le fer, cela ne se voit pas ; mais il l’attire d’une façon irrésistible.
C’est cela qui m’amène à croire qu’Amour existe ; ce qui me donne grande assurance que, toujours, on le verra parmi les hommes 1. »
Pour Dante, Amour est un corps, puisqu'il se meut ; il est homme, puisqu'il rit et parle.
« Je dis que je l’ai vu venir ; comme venir implique un changement de lieu et comme, selon le philosophe ?, changer de lieu est le propre des corps seuls, il ressort que je déclare avec raison qu Amour est un corps. Je dis aussi qu’il riait et parlait ; ces actes sont particuliers à l’homme, le rire surtout ; d’où il suit que je déclare avec raison qu'il est homme ÿ. » Dante croit devoir invoquer à l’appui de sa théorie le témoignage d’Ovide
(?) Perd ch Amore non si puo vedere, E non s1 traita corporalmente ; Mantii ne son di si folle sapere Che credono ch'Amore sa niente.
Ma po’ ch Amor si face sentere Dentro dal cor signoreggiar la gente, Molio maggiore pregio de’ avere Che se’l vedesse visibilmente.
Per la virtute della calamita Como lo ferro aitrae, non si vede, Ma si lo tira signorevolmente.
E questa cosa a credere m'inviia Che Amore sia ; e dammi grande fede Che tuttor fia veduto fra la gente.
(2) Aristote.
() Vita Nuova — Chap. xxv.
dont l'autorité en matière d’amour est, selon lui, incontestée.
Amour cause familièrement avec le poète. Il se prête à son humeur taciturne ou joyeuse, Il est le miroir de son âme. Ses attitudes sont diverses. Nous le voyons avec le cœur de Dante en sa maïn ; il porte Béatrice endormie enveloppée d’un manteau ; il a parfois l’apparence d’un jouvenceau vêtu de blanc qui, pensif, tient ses regards fixés sur Dante. En résumé, Amour ne se présente pas-sous des traits immuables et conventionnels et, comme Eros et Cupidon, muni d’attributs invariables.
Rossetti voit dans Amour un messager envoyé spécialement pour suivre les pas du poète ; Amour partage sa vie et meurt avec lui parce qu’il lui serait impossible de s’attacher à un autre mortel. Comme chez les Italiens, il a tous les caractères d’un être humain.
« Je m’assis », écrit Rossetti, « avec l’amour près sd’ une source à la lisière d’un bois ; nous étions penchés sur l’eau, lui et moi. Il ne me parlait ni ne me regardait. Il toucha simplement son luth dans lequel résonnait le secret qu'il avait certainement à me dire. Seuls, nos yeux reflétés se rencontrèrent silencieusement dans l’onde à nos pieds et le son du luth se trouva être la voix passionnée que je connaissais et mes larmes coulèrent 1. » Amour chante et pleure ?. Lorsque l’image de la bien aimée
(1) I sai with Love upon a woodside well, . Leaning across the water, I and he ; Nor ever did he speak nor looked ai me, But touched his lute wherein was audible The certain secret thing he had to tell :
Only our mirrored eyes met silently In the low wave ; and that sound came to be The passionaie voice I knew ; and my tears fell.
The House of Life — Willowwood I.
(2) Cf. The House of Life — Willowwood Il.
qui se réfléchissait dans l’eau s’évanouit, le poète se penche et « comme je me penchais », dit-il, « j’eus conscience de sentir le visage d’Amour appuyé sur mon cou avec un gémissement de pitié généreuse, si bien que nos deux têtes s’unirent dans son auréole 1, » Dans le Siream’s Secret, lorsque le poète questionne le cours d’eau, il parle de l’amour comme d’un être réel et vivant :
« Dis-moi, Amour ne s'est-il pas penché bien bas à cette heure auprès de ta source lointaine, et là, n’a-t-il pas, envieux, dans ses doigts arrondis en forme de conque, dit la chose que j'aspire le plus à connaître, dans un murmure, ses boucles toute baignées dans ton onde et ses lèvres, d’un rouge rosé, tout humides ? ? » |
Telle est la conception à la fois idéaliste et réaliste de la poésie que Dante Gabriel Rossetti emprunte aux Italiens — dualité, à première vue, inexplicable, mais qui a sa raison d’être dans ce fait : l’exaltation de l’imagination développe, chez les mystiques, les facultés visuelles au point de donner de la consistance à l’essence immatérielle des êtres et des choses, au point de rapprocher, de confondre le réel et l’irréel. D’après ce qui précède, on constatera que l’amour du poète anglais pour le moyen âge s’est traduit jusqu'ici moins par l'évocation de
(1) And as I leaned, T know I felt Love’s face Pressed on my neck with moan of pity and grace Tull both our heads were in his aureole.
The House of Life — Willowwood IV.
(2) Say, hath noi Love leaned low This hour beside thy far well-head, And there through jealous hollowed fingers said The thing that most I long to know, — Murmuring with curls all dabbled in thy flow And washed lips rosy red ?
s4 UN ITALIEN D’ANGLETERRE
scènes médiévales que par la réincarnation en sa personne de: l’esprit des Italiens: du xrrr® siècle. En vérité Rossetti se montre à nous sous les traits d’un: Italien qui, après un sommeil de: plusieurs siècles, se: serait réveillé: sur le sol britannique, au. cours du: règne de la reine Victoria. Après la notation de: faits préliminaires, nous chercherons à! montrer comment l'influence de l'Italie se manifeste dans son œuvre artistique, comment: Rossetti-poète: se retrouve. dans- Rossetti-peintre.
L'art byzantin, qui s'était. implanté en Italie à la suite des soldats de Bélisaire,, après avoir rayonné d’un vif. éclat dans. la : mosaïque et. la miniature était peu à. peu tombé dans la convention: d’un hiératisme rigide. Le clergé, comprenant quel secours le sentiment religieux pouvait trouver dans l’art, se montra Padversaire- résolu, des. Iconoclastes, Les: papes. Constantin. et Grégoire IL entrèrent en, lutte ouverte avec, les. empereurs Phiippicus Bardanes et Léon l’Isaurien, qui s'étaient signalés par leur fureur dévastatrice. Grégoire HT, Zacharias, Adrien Ier appelèrent d'Orient des: artistes et leur confièrent la: charge de: décorer églises: et. monastères. Mais le: second Concile de Nicée: (787) tout: en approuvant l'initiative. des, papes, réglementa: Pactivité des, artistes au- point. de. la. paralyser. L'art. byzantin: s’immobilisa désormais dans lareprésentation.de figures.exemptes de: vie.. IH, devint le prisonnier de formulaires qui arrêtèrent. l'essor de l'imagination. Quand. l'artiste voulait être. expressif, il prêtait au Christ des traits: durs et farouches.. D'ailleurs la foi: sombre des temps. qui précédèrent, immédiatement la naissance de: saint. François-ne se figurait pas l'Homme-Dieu: sous uw aspect différent. L/influence- du mendiant d'Assise fut aussi décisive sur, l’art, que: sur la. littérature. Aussi Margaritone d’Arezzo et Giunta Pisano sont-ils. des attardés. dans. la. tradition
byzantine quand, bien que postérieurs à saint François, ils donnent à Jésus-Christ une physionomie rébarbative.
La madone de Santa Maria Novella annonça l’aurore d’une d’une rénovation artistique. Quelque souplesse dans l'attitude et les plis de la robe et surtout une expression de douceur bienveillante, plus de fraîcheur dans le coloris remplirent d’admiration, d’enthousiasme même les contemporains du peintre Cimabue. Mais il appartenait à Giotto, en ne s’écartant plus de la route indiquée par son maître Cimabue, en développant les germes contenus et déjà presque éclos dans la Madone de Santa Maria Novella de balayer les derniers vestiges du formalisme byzantin. S’inspirant de saint François qui, dans l’imagination populaire, foulait du pied le sol et touchait du front les régions célestes, il sut opérer la fusion de l'idéal religieux et du sentiment de la réalité sans lequel l’art n’a aucune consistance. Ce ne sont plus les images renfrognées, repoussantes d’une religion cruelle ou de vagues abstractions, mais un Christ plein de mansuétude et des êtres bien vivants qu'il offre à la contemplation des foules. Le Nazaréen est le plus souvent un beau jeune homme tel qu’il apparaissait à Saint François, d’après le récit des Fioretti. Par leur caractère de haute spiritualité, les grands peintres de l'Italie médiévale sont des idéalistes. Leurs toiles ou leurs fresques sont l’expression éloquente de leur ferveur. Elles s’éclairent du rayonnement de la flamme mystique dont leur cœur est embrasé. Ce qui donne tant de prix à l’art des primitifs, c’est la sincérité du sentiment qui lPanime. Fra Angelico ne peignait pas la figure de Jésus-Christ sans être attendri jusqu'aux larmes. Les grands maîtres italiens réussissent, sans effort, à nous toucher et à éveiller en nous des émotions douces ou poignantes. Pour eux, l'exercice de l’art n’est pas un métier ; c’est l’accomplissement d’une mission qu’ils tiennent de Dieu même.
S'ils sont des idéalistes par les élans de leur foi, ils sont des réalistes par l’amour de la nature qui, de l’âme de saint François, a passé dans leur âme et leur fait rechercher la vérité du trait et du détail. Ils prennent pour modèle la vie même. Avec Cimabue, l’art commence à cesser d’être impersonnel. Giotto note avec franchise le trait individuel. Saint François nous est montré tantôt imberbe, tantôt avec de la barbe, suivant les phases de son existence. Ses traits s’accentuent à mesure qu’il avance en âge. Le frère Silvestre chassant les démons d’Arezzo donne l'impression d’un portrait d’après nature. Un geste expressif vient souligner et commenter le sentiment peint sur son visage. La physionomie du Christ et de la Vierge varie selon les circonstances. Le décor lui-même est réel.
Par l’addition d’un détail pittoresque ou familier dans les sujets les plus pathétiques, Giotto sait rendre plus frappante l’expression de la vérité. Dans les Noces de Cana un personnage ventru boit un grand verre de vin avec un plaisir non dissimulé ; dans le Couronnement d’épines un nègre vêtu de blanc se mêle à la foule des insulteurs du Christ ; dans la Résurrection de Lazare deux ouvriers s’empressent autour de la pierre du sépulcre ; des moines chantent à pleine voix dans la célébration de la Noël à Grecco ; dans les Adieux de sainte Claire et de saint François, un gamin grimpe à un arbre pour cueillir des fruits ou pour mieux voir ce qui se passe à ses pieds. La même note de simplicité familièr: se retrouve dans mainte composition italienne. Une scène des plus caractéristiques à cet égard est l’épisode de la vie de Noé où Benozzo Gozzoli représente le patriarche ivre et nu gisant à terre, raillé par ses fils tandis que des femmes s’enfuient ; parmi elles, il en est une qui jette un regard curieux à travers l’écartement de ses doigts.
Il a suffi à Giotto de retracer ce dont il était le témoin ou de
laisser son imagination se régler sur la nature: pour ouvrir à Part une voie nouvelle. Pour lui, pour tous les primitifs comme pour saint François d'Assise, la nature est l’universalité:.des êtres et des choses : c’est le monde extérieur dans sa: totalité: et dans son infinie variété. Tout, à leurs yeux, a une: valeur et mérite d’être noté De là la profusion de détails qui émaillent: leurs œuvres. Mjoutons que les primitifs jettent sur: les sujets qu'ils traitent l’éclat de couleurs franches qui. contrastent: d’une-façon saisissante avec Îles tons: verdâtres de l’école ya Ruskin, dans son admiration pour Giotto, est allé jusqu’à écrire : « Giotto fut le fondateur de toutes les: écoles coloristes de: l'Italie ; personne après lui ne découvrit grand chose:concernant le-coloris:» (Mornings i in Florence).
Est-ce à dire que l’art des primitifs italiens: ait: atteint du premier coup:la perfection technique-et:soit exempt de défauts ? Il ya certes pai fois de la gaucherie dans l’exécution: Lawecherche de l’expression amène une certaine: tension: dans: les; traits: des personnages ; laudace de: certains mouvements dw corps humain fait quelquefois violence aux: lois de: anatomie. Les règles de la perspective ne sont: pas toujours: observées, ;: chez:
Giotto; par exemple, les fabriques:sont trop-exiguës: La: lumière,
principalement chez cet: artiste, ne: joue pas: autour des, figures, de façon à leur donner tout le modelé désirable: Mais: que sont: ces traces. d’inexpérience auprès: des qualités, de-vie; de: vérité, auprès: des richesses d’imagi-ation et de: sensibilité dont: l’œuvre: des primitifs est remplie ? Il ya: de la naïveté: chez les trecen-. tistes et aussi chez les: quattrocentistes ; mais: cette: naïveté est l'indice même: de leur sincérité, de leur candeur.
Tels sont, brièvement exposés, les: caractères généraux de: l’art italien: médiéval. La double tendance: idéaliste et réaliste: se manifestera dans l’œuvre des maîtres qui illustrèrent: l'Italie jusqu’à l’époque de la Renaissance. Chacun d’eux suivra en
LE
toute indépendance et selon son propre tempérament la voie entr’ouverte par Cimabue et déblayée par Giotto. Un jour viendra où la perfection technique engendrera l’Académisme, où l’art parvenu avec Raphael au degré suprême du Beau, s’immobilisera dans les entraves d’un formulaire d’école qui est la négation de l’art original expressif et personnel.
Nous avons laissé Dante Gabriel apprenti artiste à la Royal Academy en 1846. Quel était vers cette époque l’état de l’art britannique ? La tradition des grands portraitistes Reynolds, Romney, Raeburn, Lawrence était morte. Le paysage illustré par Gainsborough, Morland, Constable avait perdu de ses qualités de naturel sous le pinceau des Nasmyth, des Lee, des Stanfeld. Turner, il est vrai, laissait dans l’histoire de la peinture anglaise l’éblouissante traînée de ses visions et de ses rêves de lumière ; mais il était tellement personnel que ses élèves sont plutôt des copistes que des disciples. Les peintres en faveur auprès du grand public étaient Frith, Maclise, Ward, Mulready. Se complaisant surtout dans l’exposé d’un fait matériel emprunté le plus souvent à un ouvrage littéraire, ils se préoccupaient peu de faire passer dans leur relation picturale de ce fait l’esprit qui avait animé le conteur ou le poète. Ils ne cherchaient guère à en retracer la physionomie morale. Aussi la pensée ou la sensibilité du spectateur, tant soit peu méditatif ou tant soit peu épris de poésie, se heurtait à la brutalité du fait et s’y blessait. Le genre anecdotique ne réussissait qu’à satisfaire le goût des bourgeois anglais ; il obtenait auprès d’eux un succès aussi facile qu’immédiat par son caractère superficiellement enjoué ou lourdement mélodramatique ; il ne lui était pas permis d’avoir de plus hautes ambitions. |
D'autre part, l’art dans les écoles ne prend plus la nature
pour guide. Raphael et les maîtres de la Renaissance ont porté si haut la perfection technique que l’élève n’a rien de mieux à faire que de les imiter. L'application de règles rigoureuses et immuables, l’obéissance à un code de procédés factices, voilà à quoi se réduit l’étude de l’art. « La plupart des figures humaines », dit M. Robert de la Sizeranne, « ont des attitudes banales, filles du mannequin, sans modalité expressive ni vérité spécifique ni précision pittoresque, mises sur des fonds imaginés à l’atelier, accommodées de chic à la sauce académique, d’après des principes généraux, excellents en soi mais mal compris et paresseusement appliqués, se perdant, s’évanouissant dans des souvenirs de moins en moins lucides des beaux jours de Reynolds et de Gainsborough. » (La Peinture anglaise.)
S’étonnera-t-on que Rossetti en qui la lecture, l’étude et la traduction des poètes italiens avaient développé une tendance naturelle à l’Idéalisme et au mysticisme ait éprouvé un réel malaise en présence des manifestations de l’art britannique en honneur à l’époque de sa formation artistique ? S’étonnerat-on que la copie servile de modèles dépourvus de vie ait infligé une véritable souffrance à son ardente imagination ? Si l’on se figure — et il sera aisé de se le figurer — le jeu incessant de ses affinités naturelles avec le génie de l'Italie médiévale, s’étonnerat-on que Rossetti ait été transporté d’enthousiasme au spectacle des œuvres des trecentistes et des quattrocentistes qui offraient à son tempérament ce que ses contemporains ne lui donnaient pas ?
A l'atelier Cary, Rossetti s'était laissé rebuter par les travaux d'ordre technique auxquels l’assujettissait son professeur. Entre les exercices pratiques d’école et les rêves de beauté qu’il entrevoyait à travers ses lectures, il y avait un fossé insondable. « Pourquoi n’êtes-vous pas venu hier ? » lui dit un jour Cary. « J'ai eu un accès de paresse », lui répondit simplement le jeune
homme. Au cours de cet accès de paresse, il avait griffonné des poèmes. Dante Gabriel confessa plus tard à William Michael que toute tâche imposée lui était insupportable. « Ce que je dois faire est ce que je ne puis faire », dit-il. À la Royal Academy, il travailla indolemment. Il ne se pliait pas volontiers aux exigences de la copie d’après l’antique et l’étude de la perspective l’ennuyait. Entre temps, la vue de cartons exposés par Ford Madox Brown, dans Westminster Hall, et destinés à la décoration du Parlement, fait sur lui une impression profonde. Il sollicite et obtient l’honneur de devenir l’élève de ce peintre qui, d'Anvers où 1l avait étudié les primitifs flamands sous la direction de Wappers, avait apporté en Angleterre une note artistique toute nouvelle. Ce qui le frappe spécialement, c’est l’accent d'émotion austère et réfléchie qui caractérise, c’est l'accent de vérité qui distingue l’œuvre de Madox Brown. Celuici juge indispensable de refaire l’éducation artistique de son élève ; il l’astreint à la représentation de cruches et de boîtes de conserves. Rossetti ne tarde pas à s’affranchir de la discipline rigoureuse de son maître. Une circonstance fortuite fixe à jamais son idéal encore flottant. Ses regards tombent un jour sur une collection de gravures représentant les scènes bibliques peintes à la fresque par Benozzo Gozzoli au Campo Santo de Pise. Son enthousiasme est à son comble. Deux de ses camarades de la Royal Academy, William Holman Hunt et John Everett Millais le partagent. Il est immédiatement procédé à la fondation d’une association artistique qui portera le nom de Preraphaelite Brotherhood. Les trois jeunes gens s’adjoignent deux peintres, James Collinson et Frederick George Stephens, le sculpteur Thomas Woolner et William Michael Rossetti qui fut fait le secrétaire de la Confrérie. Ford Madox Brown refuse de faire partie du groupe bien qu'il partage les vues des jeunes artistes ; il les encourage dans la poursuite de leur idéal,
mais tient à conserver sa liberté d'action. Les fresques de Benozzo Gozzoli, l'étude des primitifs italiens affermissent en Rossetti de dessein de réformer l’art britannique. Il ne peut se familiariser qu'avec un nombre restreint d’originaux, mais de ce qu’il voit 1l sait extraire la substance ; l'esprit de divination fait le reste. Dans leur ardeur rénovatrice, les membres de la Confrérie prennent la résolution de publier une revue où seront exposés les principes directeurs de leur art. Le premier numéro paraît au mois de janvier 1850 sous le titre de The Germ. The Germ renferme, à côté d’articles didactiques, des dessins, des eauxfortes, et des œuvres littéraires aussi. Le poète Bell Scott, miss Christina Rossetti, Coventry Patmore y collaborent. Dante Gabriel lui-même y insère Hand and Soul et, entre autres poèmes, The Blessed Damozel, My Sisters Sleep. Au troisième numéro, le titre est modifié et remplacé par Art and Poetry, Il y a dans ce second titie l’affirmation que la Poésie et l’Art ne sauraient s’isoler et se confiner jalousement dans leur domaine respectif. L’une est la sœur de l’autre. A l'instar de maint Italien du moyen âge, Rossetti cultiva l’art et la poésie. Chacun des membres de la Confrérie travaille avec entrain et joie à la publication de la revue ; mais le défaut d’argent porte un coup mortel à l’organe du Préraphaélisme qui cesse de voir le jour au quatrième numéro. Les réformateurs se trouvent dans l’impossibilité de développer tout au long leur programme. Le Préraphaélisme était alors en pleine lutte avec les traditions académiques. Millais avait exposé son Jsabella or The Pot of Basil, œuvre inspirée de Keats qui lui-même avait tiré le sujet de son poème de Boccace. Holman Hunt avait donné son Rienzi jurant de venger son frère assassiné et Rossetti The Girlhood of Mary Virgin. Les toiles des trois artistes furent d’abord assez favorablement accueillies. Ils avaient discrètement inscrit dans un coin de leur tableau les trois lettres P. KR. B., initiales de Pre
fi UN ITALIEN D’ANGLETERRE
Raphaelite Brotherhood. Quand le mystère qui planaïit sur ces lettres fut éclairci et divulgué, le Times, l’Athenaeum attaquèrent violemment la Confrérie. L'issue de la lutte paraissait très incertaine lorsque Ruskin, qui exerçait une véritable dictature dans le monde artistique, sortit de sa retraite de Denmark Hüil, prit en main la cause des jeunes réformateurs et, par la publication dans le Times même de deux lettres éloquentes (13 et 30 mai 1851), assura, auprès du grand public tout au moins, la victoire des Préraphaélites et, partant, de Dante Gabriel Rossetti, lé fondateur, l’âme de la Confrérie.
Mansell