Bibl. nat., ms
rifier Dieu. Permettez-moi, Monsieur, de ne vous point flatter sur ce chapitre et de- vous dire franchement ce que je pense. Il ya deux hommes dans M. l'abbé Nicaise: l'un est l’honnête homme, l’autre l’homme chrétien. On ne peut être plus content que je le suis du premier. On ne peut rien ajouter à son honnêteté. C'est un homme qui se connaît en toutes les belles choses et qui aime tout bien. C'est un ami frane, ouvert, obligeant, et qui embrasse chaudement toutes les occasions d’obliger ses amis. Enfin il est savant, il est poli, il possède toutes les belles-lettres, et 1l en écrit tout à fait bien. Mais de cet autre homme, qui songeait si fort à la retraite, il y a quelque temps, entre nous je n’en suis pas trop content, parce que je crois que Dieu n’en est pas content lui-même. Ses infirmités cependant l’avertissent qu'il est mortel, et son âge lui fait assez entendre que la mort vient à grands pas, que nous la verrons à notre porte lorsque nous y penserons le moins, qu'il faudra rendre compte de tout à celui qui nous a tout donné et qu'il ne faudra pas paraître devant lui les mains vides. Mais quoi? Des inscriptions, des médailles, des sirènes, la vie d’un réprouvé, et les plus belles observations sur ces sortes d’antiquailles, serontelles dignes d'êtres offertes à Dieu? Est-ce quelque chose qui soit propre ànousle rendre propice? Je m'en rapporte à ce que vous en pensez vous-même, quand vous l’envisagez des yeux de la foi. Toutes ces belles choses, que les savants admirent tant, sont des sirènes qui vous séduisent par la douceur trompeuse de leur voix. Ce sont « ces chants tendres et languissants » par les-
1. L'abbé Nicaise entretenait un commerce de lettres avec presque tous les savants de l’Europe ; sa correspondance, une des plus volumineuses qui existent, est à la Bibliothèque nationale. Il fit différents ouvrages sur les monuments antiques, les médailles, et un Discours sur les sirènes (Paris, 1691), où il veut prouver qu’elles étaient des oiseaux, et non pas des poissons ou des monstres marins.
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quels les Ulysses, c'est-à-dire les voyageurs, tels que nous sommes tous en ce monde, se laissent attirer, et « ces promesses de grandes connaissances que les hommes curieux préfèrent à l'amour de la patrie céleste et aux douceurs qui les y attendent ». Je prie Dieu, Monsieur, qu'en vous détachant de la modulation mineure il vous donne de l’amour et de l'attrait pour la modulation majeure, et qu'il vous frappe de la sainte passion des choses vraiment sublimes, des choses célestes, des biens invisibles, de cette science suréminente qui nous fait connaître Jésus-Christ. L'exercice
de la prière et la lecture de la parole de Dieu vous
conviendraient, Monsieur, plus que jamais, et vous y trouveriez plus de véritables délices qu'il n’y en a de fausses dans l'étude des bagatelles qui amusent tant de bons esprits.
Le P. de Noris est toujours fort dégoûüté de son emploi el ne.soupire qu'après son premier séjour et après sa liberté. L'étude est sa sirène. Il avait fait une Réponse à Eumenius Pacatus. Mais il a trouvé quelque difficulté pour l’imprimer à Rome, et un décret, qui défend de faire imprimer ailleurs les ouvrages faits à Rome, l’a empêché de le faire imprimer en France.
Adieu, mon cher Monsieur, je veux espérer que votre
dysurie aura au moins fait trêve avec vous et vous
donne plus de repos.
P.-S. — Vous savez que M'° de Vertus est allée à Dieu. C’est une grande perte pour les pauvres et pour ses amis. [1 y a deux mois que Dieu l’a retirée.
Quesnel à...
23 janvier 1693.
Je recus hier tout au soir vos deux paquets, dans l’un desquels étaient les cas de conscience sur lesquels