‹ Un janséniste en exilChapitre 101 sur 146 · Bibl. nat., ms · texte numérisé non relu

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vous désirez avoir notre avis. Notre révérend Père abbé [Arnauld] et les révérends Pèrés lecteurs sont de ce sentiment à l'égard de l’adultère, que, dans les circonstances qui sont marquées, la femme ne doit pas lui refuser le devoir. Je ne doute point que la personne

dont vous parlez n'ait trouvé beaucoup de passages des”

anciens qui marquent le contraire; mais il faudrait examiner si ces passages ne regardent point les femmes : 1° parce qu'il est certain que l'on a été beaucoup plus sévère à leur égard qu'envers les hommes; 2 s'ils ne regardent point la pénitence publique et canonique, qui interdisait tout ce qui flattait Les sens et surtout le plaisir de la chair; 3° s'ils ne regardent point les personnes dont l’adultère était public et scandaleux; 4° enfin on ne peut douter que l’on ne produise beaucoup de passages qui donnent droit à la femme de ne le point accorder; mais la question est, si elle doit user de son droit. Elle aurait même droit de se séparer; mais elle croit que la charité ne lui permettrait pas de le faire. La charité ne peut-elle donc pas aussi l'empêcher de lui refuser le devoir? Elle doit avoir à cœur le salut de son mari, et elle voit bien, par sa disposition el son intempérance, qu’elle l’expose à beaucoup d’adultères, si, en punition d’un seul, elle lui refuse le remède à son incontinence qu'elle ue a en son pouvoir. Cavere debet caritas conjugalis ne, dum sibi quærit unde amplius honoretur, conjugi faciat unde damnetur, dit saint Augustin.

Je ne crois pas qu'entre les théologiens modernes il s’en trouve quelqu'un de réputation qui soutienne que, dans les circonstances du cas présent, une femme soit obligée de refuser le devoir. Que s'il lui est permis de le rendre, la charité l’oblige de le faire, puisqu'elle connaît qu'il y va du salut de son mari, dans la disposition où il est qui le pourrait porter à s’abandonner à tout. Il y a, dans le droit canon, une espèce

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de canon qui semble improuver cette condescendance : mais, comme la fin de ce canon, quel qu'il soit, est de corriger l’adultère, quand on voit que loin de le corriger on le rendrait pire, l’exécution du canon serait plus pernicieuse qu'utile. Saint Augustin, De Conjug. adulter.(1. 2, c. 6), ne demande qu’un adultère se réconcille à son mari ou à sa femme qu'après qu'ils ont été purifiés par le baptème ou par la pénitence. Mais on attendrait longtemps présentement, et, comme la discipline sur laquelle cette pratique est fondée a changé, je crois qu'on ny doit point avoir d'égard et que, quand un homme témoigne du regret et a fait une espèce de satisfaction à Dieu en se soumettant à l'Eglise pour la pénitence, la femme n’est pas obligée d’attendre davantage; car, quoique le malheur du mari l’ait fait tomber entre les mains d’un confesseur ignorant ou lâche, il est dans une espèce de bonne foi qui suffit, non pour son salut, mais pour régler la conduite de la femme à son égard. Sa condescendance lui donnera plus de droit de lui parler de son salut et lui pourra être plus utile pour son amendement que son refus ne le pourrait être, pour lui faire sentir sa faute. Enfin c'est le sentiment du révérend Père abbé qu'elle ne doit pas user de son droit dans les circonstances du cas.

Adieu, tout court; car que servirait d’allonger ma lettre par des protestations d'amitié ? Vous savez combien je suis à vous et à toute la petite famille, où je suis bien aise qu’on ait mangé le petit cochon de saint Antoine ou l'équivalent. Je vous abandonne tous à la grâce de Dieu.

Quesnel à M. Vuillart | | Février 1693.

Les jansénistes de ces quartiers font toujours parler d'eux, et ils ne cessent de faire imprimer des libelles fort dangereux; mais, Dieu merci, on dit que les entrées sont si difficiles qu'il n'y a nulle apparence qu'ils puissent faire passer en France leurs marchandises, et ils seront contraints de n’avoir pour lecteurs de leurs paperasses que de bons Flamands ou Wallons, qui n’ont pas tant de goût pour ces sortes de lectures.

Vous nous avez fait le plus grand plaisir du monde de nous mander les circonstances de la mort de M. Pellisson!. Nous étions tout consternés de ce qu'on nous en avait mandé d’ailleurs et de ce que nous en avions vu dans la Gazette de Rotterdam”.

Quesnel à du Vaucel 6 février 1693.

Nos amis voient assez combien il faut rejeter loin la proposition du P. Mulart |P. Désirant] d'ajouter aux

1. Paul Pellisson Fontanier, célèbre surtout par sa « tendre amitié » avec M: de Seudéry. Ecrivain de valeur au surplus, il cachaït une belle âme sous une fort laide figure. D'une famille protestante de Béziers, il s'était converti au catholicisme, en 1670, après quatre ans de Bastille, à la suite de la disgrâce de Fouquet, dont il était premier commis. C'est là que, pendant de longs mois, il occupa son ennui en apprivoisant une araignée.

2. Extrait de la Gazelle de Rollerdam, du lundi 16 février 1693: « M. Pellisson passa, hier, de ce monde à l’autre, sans avoir voulu entendre personne sur le sujet de la religion, sans communion et sans confession. Il est mort, à Versailles, de la gravelle et d’un rhume qui le tourmentait depuis trois mois. Les bons catholiques ont une véritable indignation de la manière dont ce faux dévot, ce fameux converti et convertisseur, les a trompés. On avoue qu'il n’y eut jamais une plus honteuse comédie. »

Pr

Ad

cinq articles quelque chose de plus fort. Ce peut être un piège pour en rendre l’approbation plus difficile et pour embarrasser ou reculer la conclusion de cette affaire. Mais, quand il agirait de bonne foi, il paraît très dangereux de changer quelque chose à ces cinq articles, parce qu’alors ce ne serait plus ce qu'ont approuvé, 1l y a trente ans, le pape, les évêques, les docteurs, ni ce qu'ont embrassé les dominicains, les universités de Louvain et de Douai, et ce qui a été regardé par tout le monde comme très catholique.

Ce n’est rien de nouveau que la faveur immense du confesseur, mais ni le sien ni celui de « la mogliera » (M*° de Maintenon) ne fait rien pour le gouvernement politique. On l’a toujours fort bien distingué du gouvernement ecclésiastique, avec l’auteur du Vain Triomphe. Ainsi votre conclusion est fausse, et les ennemis même de la France ne sauraient s'empêcher d'admirer le gouvernement pour la police, les finances et la guerre. Si la justice y est, c'est une autre affaire. Elle n’est guère dans la politique.

J'avais demandé si on ne savait point ce qui avait donné lieu au retour de M. d'Agde! dans son diocèse On m'a répondu (et j'ai sujet de croire qu'on le sait bien) qu'il n y en a point eu d’autre raison, sinon que, comme on représentait à Alexandre VIT le besoin que les églises de France avaient des évêques, il répondit qu’apparemment on ne s’en mettait guère en peine, puisqu'il y avait en France des évèques qu'on empèchait, depuis beaucoup d'années, de résider dans leurs diocèses.

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