‹ Un janséniste en exilChapitre 104 sur 146 · ANT · texte numérisé non relu

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tages qu'ils ne laisseront pas perdre, et on reviendra de Rome sans en rapporter aucun. Car, si le formulaire

d'Alexandre VIT subsiste et que M. Hilaire (Huygens)

demeure suspect, comme il paraît que les choses sy disposent, on pourra se vanter qu'on aura été tondu entièrement. C'est une terrible corruption que celle de ces messieurs, qui connaissent que le fait de Jansénius est la source d’une infinité de maux dans l'Eglise et que, néanmoins, ce fait ne peut être matière de foi ni de serment, et de persister avec tout cela à ne le vouloir pas éclaircir ni dire publiquement ce qu'ils en pensent. N'est-ce pas dire nettement qu'on ne veut point de paix, quon veut que la vérité et l'Eglise périssent, si cela se pouvait, qu’on veut que les plus gens de bien demeurent opprimés. Et tout cela pour sauver l'honneur d’une méchante bulle. Mais ils verront, dans la suite, s'ils en sauveront l'honneur. Car, puisqu'ils ne veulent point de paix, il faudra faire bonne guerre et défendre ouvertement l'honneur d’un saint évêque, qui avait seul plus de piété et de science qu'ils n’en ont tous ensemble, et qui fait plus de bien à l'Eglise qu'ils n’en font tous en plusieurs siècles. On comble cependant ces gens-là d’éloges et de louanges, et on trouve à redire que l’on parle avec honneur d’un prince! qui ne pèche que par le malheur qu'il a eu d’être mal instruit des affaires de l'Eglise et d'être environré, depuis cinquante ans,de gens qui ont réputation de science et de piété, et qui ne lui parlent d'autre chose que d’une hérésie et d’une secte dangereuse qu’il n'est pas capable d'examiner par lui-même. Il le faut plaindre et non pas le comparer avec les princes ariens, monothélites, iconoclastes, et avec les meurtriers de saint Thomas de Cantorbéry. On n'a rien loué en lui qui ne fût louable. Je ne suis point pré-

1, Louis XIV.

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venu pour lui qu'autant que la raison et le devoir m’y obligent; mais je vois, par beaucoup d'exemples, qu'il aime la justice et qu'il a de la droiture. Il manque d'instruction et il ne soupçonne pas seulement qu’il en ait besoin d'autre que celle qu'il reçoit et qu'il a reçue depuis un siècle par tous les papes, par tous Îles évêques, par tous les religieux qui l'ont approché. Otez-lui le fantôme du jansénisme de l'esprit, vous lui ôterez tout le reste de ce qui regarde l'Eglise. Et ce fantôme, qui le lui a fait prendre pour véritable, sinon vos Romains? Ce serait un miracle s'il croyait autre chose. Mais en voilà assez sur ce chapitre.

Si la misère est grande en France, elle ne l’est pas moins en ces pays, où l’on est réduit à faire une taxe par tête sur les hommes, les femmes, les enfants et les animaux. Ce pays est ouvert de tous côtés pour recevoir du blé et des autres denrées, et cependant tout est très rare et très cher. La livre de bœuf coûte six sous et plus, c'est-à-dire près de huit sous de France. Elle n'y est pas si chère, et Le blé n'y vaut pas plus qu'ici, quoique Île royaume soit fermé de tous côtés.

Mademoiselle (de Montpensier!) est morte; on dit qu'elle a fait le duc de Chartres son légataire universel.

M. l'archevêque de Paris a promis à M. l’évêque de Meaux de faire un acte public contre M. Du Pin.

On dit que M. de Montal? s’est retiré dans ses terres en Bourgogne, mécontent d’avoir été oublié dans la création des maréchaux. Il parait avoir mieux servi

1. M'e de Montpensier mourut en son palais du Luxembourg, le 5 avril 1693. Ce fut Monsieur qui hérita. Saint-Simon observe « qu'il muguetait depuis longtemps sa riche succession » et aussi que « les plus gros morceaux avaient échappé ».

2. Charles de Montsaulnin, comte de Montal, vieillard de quatrevingts ans, qui s'était couvert de gloire en cinquante années de service,

surtout à Fleurus et à Steinkerque. « Tout cria pour lui, dit Saint- Simon, hors lui-même, »

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que tous ceux que l’on a faits et depuis plus longtemps. L'alliance avec M. de Pomponne ne lui a servi de rien ; car sa fille est mariée à un petit-fils de l’avocat général Marion, grand-père de M. Arnauld. Le roi a fait une foule de maréchaux de camp, de lieutenants généraux (avant cela), de brigadiers de cavalerie et d'infanterie, et, parmi ces derniers, est le marquis de # Pomponne.

Quesnel à du Vaucel, à Rome 17 avril 1693.

Vous essuyâtes bien de la mauvaise humeur, il y à

, huit jours. Mais pourquoi aussi nous y mettez-vous par

vos méchantes nouvelles? Les dernières semblent un

peu meilleures, et néanmoins je ne quitterai point le

parti que j'ai pris. J’aime mieux être surpris par une

bonne nouvelle, à laquelle je ne me serai pas attendu,

que trompé par une mauvaise dont Je ne me serai pas défié.

Je ne doute pas que tous les bons offices que rend le cardinal d’Estrées aux Pères n'aient de grands fondements dans son ambition. S'il a cru que le comte d'Estrées, son neveu, en serait maréchal de France, il est trompé aussi bien que d’autres. Les gazettes le mettent au nombre des mécontents avec le prince de Soubise t, le duc de Choiseul ?, les comtes de Chamilly et de Montal: mais les gazetiers disent ce quil leur plait. Je ne sais ce qu'est devenu le maréchal d'Estrées.

1. Francois de Rohan, prince de Soubise, lieutenant général depuis 1671.

2. Le roi avait fait proposer le bâton de maréchal au duc de Choiseul, à la condition expresse de se séparer de la duchesse, dont la conduite était scandaleuse. « Quoique vieux, dit Saint-Simon, un peu amoureux de sa femme, qui lui faisait accroire une partie de ce qu'elle voulait, il ne put se résoudre à un tel éclat. »

Il faut qu'il soit tombé en quelque disgrâce d'esprit; car on ne parle non plus de lui que s'il était mort, depuis qu'étant près de faire voile avec sa flotte on le fit descendre, par ordre du roi porté par un secrétaire d'Etat. Il y a eu un mariage d'une de ses filles depuis cela. On n’a parlé que de la maréchale, qui a fait seule les honneurs, et nulle mention de lui.

On dit de plusieurs endroits que l’on parle il. paix avec la maison d'Autriche. Dieu veuille nous la donner ! Cependant le prince d'Orange est arrivé, le 12 du courant, à la Haye. Le prince de Bade se remue fort sur le Rhin, où il semble vouloir faire quelque entreprise avant que d'aller en Hongrie, si tant est qu'il y doive aller, ce qui ne paraît pas assuré.

Un M. Bulteau, de nos amis, espèce de laïc fort habile et qui s'était retiré à Saint-Germain-des-Prés, logeant même dans le dortoir et travaillant avec eux, est mort tout subitement, 1l y eut lundi huit jours. Il était allé voir M. de Sainte-Beuve (frère du défunt), après midi. Celui-ci, disant son bréviaire, le pria d’attendre un moment. Il se mit sur un siège. M. de Sainte-Beuve, le regardant, vit qu'il étendait les pieds et changeait de visage, alla à lui et le vit expirer en un moment. Ces ee de morts subites, qui ont été assez fréquentes à Paris, sont peut-être ce qui a fait dire que la peste y était, comme on l’a mandé de Coblentz; mais cela est peut-être aussi vrai que ce qu’on mandait qu'elle était à Vienne.

Quesnel à du Vaucel 24 avril 1693.

Il m'est venu dans l'esprit que l’on a ouvert un paquet dans le temps, ce me semble, qu’on vous envoya quelques ducats d'or, et si M. Re [Ruth d'Ans]

avait manqué à vous en avertir, comme il y avait manqué quand il en envoya sept, les autres pourraient ètre demeurés entre les mains des ouvreurs de paquets sans que vous en pussiez douter. C’est donc à vous de voir, s'il vous plait, si, outre les sept, vous en avez reçu deux autres fois quatre, et en tout quinze. J'en avais reçu trente pour un arrérage de rente, et je crus que vous voudriez bien que je les partageasse avec vous. J'en partagerais avec joie davantage, si j'en avais davantage. Mais, outre que mes revenus ne sont pas gros et qu'ils sont même déjà chargés, le mauvais temps empêche qu’on ne reçoive pas tout ce qu'on a. L'Hôpital général, qui n'avait encore rien retranché, retranche cette année un quartier.

Le P. Patrice (/e pape) serait un assez bon intendant de police, mais c'est un pauvre supérieur. Il se laisse gouverner par des moines et ne s’informe point si le juste souffre. C’est grand’pitié de ne voir point par soimême quels sont les maux de l'Ordre (/ Eglise) et qui sont ceux qui les causent. Il n'a en vue qu'à apaiser les grands bruits. Le pape est bien mal servi et bien obsédé. Des gens de bien viennent de six mille lieues pour l’avertir des dernières misères et des plus criants désordres des Eglises naissantes, et on n'a pas seulement le crédit de lui parler. EE à quoi servent donc ces gens si bien intentionnés ? À quoi se réservent-ils, s'ils ne se remuent pas en ces occasions? On vous envoie un libelle des plus insolents et des plus outrageux et séditieux qui se puissent faire : Jansenismus omnem destruens religionem. Je prévois qu'on n'en dira mot. Si on ne jette les hauts cris, si on ne tonne, si on ne demande justice d’une manière éclatante, il paraîtra bien que les loups ont affaire à des brebis. Il faut faire un procès dans les formes et faire tant de bruit que l’on ait honte de ne pas faire justice

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SEP NUS ETES Die 262 CORRESPONDANCE DE PASQUIER QUESNEL

Quesnel à du Vaucel ler mai 1693.

L’ordonnance de M. l’archevèque de Paris contre M. Du Pin ne fut affichée que le mercredi 22 du mois passé. Le placard était d’une figure et d’une largeur si extraordinaires que la curiosité des gens ne pouvait manquer d'être excitée par un tel spectacle. IT était à six colonnes. L'auteur est fort mécontent de ce qu'après avoir marqué une soumission sans restriction et sans réserve, on n'a pas laissé de le condamner avec tant de rigueur, et après avoir déclaré M. l’archevèque « le plus éclairé prélat du royaume ». Voilà une terrible mortification pour un docteur qui s’en faisait un peu trop accroire ! Il croyait avoir trois abris : le molinisme, sa flatterie et son zèle contre les théologiens de Rome; mais nul ne l’a pu mettre à couvert de la foudre. Les molinistes l’ont condamné, sa flatterie lui a nui; car le prélat, ayant un éloge si magnifique entre ses mains et se voyant élevé au-dessus de tous les plus éclairés évèques du royaume, il fallait bien avoir une occasion pour rendre cet éloge public, et il ne le pouvait guère que par une ordonnance; et enfin son zèle contre Rome l’a trahi, puisque c’est à Rome même que l’on voulait faire par [à sa cour, en lui sacrifiant un écrivain dont elle n’est pas satisfaite. |

Je ne sais comment vous trouvez étrange que, dans une guerre déclarée, on pratique autant que l’on peut des intelligences dans les villes ennemies. Tout le monde le fait de part et d'autre. Il n’est pas question de savoir si cela est permis selon l'Evangile, mais si c'est un usage établi partout et commun à tous; et rien n'est plus évident. C’est autre chose à Siam, avec qui on avait alliance, s’il est vrai ce que vous en avez

appris ; mais tout cela est si peu avéré que, venant de si loin, on a droit de suspendre son jugement sur le fait, en condamnant le droit. Mais il y à autant de différence entre l'affaire de Siam et celle de Naples qu'il y à loin de Naples à Siam. C’eût été une fort bonne affaire pour la France, si elle était venue à bout de brûler la flotte d'Espagne, et je ne doute point que les Espagnols ne vinssent brûler celles de France à Brest, à Toulon, à Marseille, s'ils le pouvaient.

Je sais bon gré à M. Le Comte de sa générosité dans les bons offices qu’il rend à l'Oratoire et à son général, et je serai bien aise de lui en témoigner ma reconnaissance par un présent des deux volumes des quatre Evangélistes rimprimés in-12 en ce pays, et dont je fais état de mettre huit exemplaires reliés dans le ballot. Si ces huit vous sont nécessaires, j'y en ajouterai un neuvième. Le P. Patrice [le pape] se peut assurer que le seul crime du Père général! est d'être haï personnellement de M. de Paris. Ce prélat, après la mort du P. Senault, général de l’Oratoire, voulut se rendre maître de l'élection et mettre dans cette place un homme qui fût tout à lui. Et celui qui était à lui plus absolument était le P. de Saillant, allié de la famille de Harlay par sa mère qui était de Bellièvre, qui a été évèque de Tréguier et est nommé à Poitiers, et est un de ceux qui attend ses bulles à cause de l'assemblée de 1682, dont il était. Pour le faire élire (quoiqu'il n’eût pas

l’âge nécessaire par les statuts), il fallait donner l’exclusion au P. du Breuil, le sujet du plus grand mérite, et qui était les délices de la congrégation qui laurait choisi. Comme M. de Paris faisait entendre son dessein et voulait qu'on le comprit sans vouloir le dire nettement, on résolut d'aller au roi. Le P. de Sainte-Marthe, qui alors était confesseur de feu M. Colbert et de toute

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