Par le maréchal de Villeroy, le 24 juillet
2. Le 27 juin, le maréchal de Tourville attaque, entre Lagos et Cadix, le vice-amiral Roock, qui conduisait la flotte de Smyrne et lui
brûle quatre vaisseaux de gusrre et quatre-vingts vaisseaux de marchandises.
si
On mande qu'il court en Touraine des bêtes féroces, qu on croit des loups-cerviers, qui mangent les hommes, et quil y en a déjà eu cent vingt personnes de mangées.
La nouvelle de l'enlèvement de la flotte de Smyrne se confirme. On dit que l’escorte, qui était de trente ou trente-trois vaisseaux, s'est battue durant quatre jours avec le secours des vaisseaux marchands.
Quesnel à du Vaucel 31 juillet 1693.
Avant-hier, 29, s’est donnée une des plus sanglantes batailles dont on ait parlé il y a longtemps!. Après que le maréchal de Villeroy eut pris la ville et le château de Huy en deux ou trois jours, il revint joindre le maréchal de Luxembourg, qui fit mine d'envoyer du côté de Charleroi, pour obliger les alliés de tourner de ce côté-là et d’y envoyer du monde, et tout d’un coup vint, par une autre fente, comme investir Liège; et les alliés, en effet, détachèrent dix bataillons pour y Jeter dedans, en les faisant passer par Maestricht. Les alliés cependant s’avançaient pour l’observer; mais
M. de Luxembourg ayant, le 27, tourné tout d’un coup
vers eux, vint se poster tout proche de leur armée, en sorte que les gardes avancées élaient à la portée du pistolet les unes des autres. On dit que les ennemis
crurent que ce n'était qu'une bravade. Quand ils
auraient cru que c'était tout de bon, ils étaient trop près pour décamper et mettre devant eux une petite rivière, comme ils l’auraient pu un peu plus tôt. Le lendemain, ils virent bien que ce n'était pas raillerie.
1. Bataille de Nerwinde, où, dit Michelet, « dix mille Francais, dixsept mille alliés restèrent pour engraisser la terre ».
Le maréchal de Luxembourg les attaqua. Les alliés se défendirent fort bien, et le matin, dit-on, la victoire était douteuse ; mais, l’après-dinée, les Français enfon cèrent tout, et toute l’armée entièrement fut mise à vau-de-route, quelques efforts que le roi Guillaume et l'électeur de Bavière fissent pour rallier. Le premier s'enfuit dans le fort château de Liau (Ziewe), entre Louvain et Liège, le second à Diest. On ramasse les débris de l’armée, qui sont fort petits. On ne sait point bien encore les particularités. Le gros bagage avait été envoyé à Diest; ainsi il a été sauvé. Le reste a été pris : l’argenterie des deux princes et leurs tentes, le canon et tout le reste. Le prince de Barbançon tué, c'est celui qui défendit Namur ; le marquis de Leyde, et un grand nombre de noblesse. Le comte d’Athlone? est prisonnier; c'est celui qui a achevé de réduire l'Irlande, sous le nom de général Kinkle. Un grand nombre de fuyards ont été noyés, en se voulant sauver en foule au-delà d’une petite rivière. On dit qu'au commencement du combat les alliés ont fait prisonnier un brigadier français et le duc de Berwick, fils naturel du roi Jacques, qui était dans les troupes de France. Je ne sais pas davantage, car hier il était défendu, sous peine de la vie, de parler de la bataille. Mais cela n'empêche pas qu'on ne soit dans une terrible consternation; on ne doit pas douter qu'il n’y ait beaucoup de monde de tué, du côté des Francais. C’est vers Tirlemont, à cinq ou six lieues de Louvain, que la bataille s’est donnée. D'un autre côté, M. le maréchal de Tourville a envoyé à Toulon vingt-six vaisseaux de la flotte de Smyrne, dont deux sont vaisseaux de guerre, de
1. Octave-Ignace, duc d'Aremberg, duc et prince de Barbancon et du Saint-Empire, gouverneur de Namur en 1674, et dernier représentant de cette branche de la maison de Ligne.
2. Godard de Réede de Guinckel, ayant suivi Guillaume III en Angleterre, fut créé comte d’Athlone, en 1691. Il avait le commandement de la cavalerie des Provinces-Unies.
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