Bibl. nat., ms, 19737, js
pe
qu'elles voient dans les autres enfants de leur sexe et de leur âge, que de leur accorder ces petites braveries. Ce qui arrive fort souvent de la conduite contraire est qu'on leur donne lieu de désirer, avec ardeur, les choses qu'on leur refuse; qu’elles portent envie à leurs compagnes en qui elles les voient; qu'elles en sont privées dans un âge où elles les pourraient porter Innocemment et sans passion, et que, quand elles sont arrivées à un âge plus avancé, elles les porteront avec cupidité et attachement, les ayant longtemps désirées, et que, si on ne les satisfait pas sur ée chapitre, elles seront dans l’impatience de sortir de dessous la puissance d’une mère pour s’en donner à cœur Joie. Si vous ne m'en croyez pas, Monsieur, vous ne refuserez pas d’en croire saint Jérôme. Je crains qu'on n’abuse de son autorité, quand on emploie, pour l'éducation des jeunes filles du commun, ce qu'il n’a dit que de l'éducation de celles que leurs parents avaient destinées à l'état de virginité dès leur enfance ou même avant qu'elles fussent nées, comme l'avait été la Jeune Paule, fille de Leta. Ce qu'il dit de ses habits ne regarde que ces sortes de filles consacrées à Dieu avant même qu'elles se connussent; et on en türerait un argument pour prouver tout le coutraire de ce qu’on veut prouver à l'égard des autres. Mais ce saint docteur ne donnait pas même ce conseil, comme s'il eût cru qu'il y eùt peut-être du mal ou de l'inconvénient à en user autrement. Il paraît bien, par ce qu'il écrit à Gaudence pour l'éducation de sa fille, qu'il tenait cela au moins problématique. Je dis «au moins », Car 1l parait assez, par la suite, que l'opinion qu'il met au second rang est celle qu'il juge la meilleure, et qu'il croit qu’il y a plus d’inconvénient à priver les jeunes filles d’habits un peu éclatants qu'à leur en faire porter dans l’enfance.
J'oublie de parler du maître à danser. Je n'aime point cela. Mais, si on a à le faire venir pour former la
taille à une enfant, lui apprendre à marcher et à saluer, il vaut bien mieux que ce soit à un âge où elle n'est pas capable d'en abuser, où même elle ne s'y porte qu'avec peine (les enfants n’aimant point ce qui les contraint ou les gène), que d'attendre à le faire à un âge où elle s’y porterait avec passion et en apprendrait plus qu'on ne voudrait. Au reste, je ne crois pas avoir Jamais rien fait, ni rien écrit qui aille à autoriser le maître à danser. Et, si les filles de M. de R... l'ont appris, Je crois que ça a été à mon insu ou par la volonté absolue du père. Je ne m'en souviens pas, et je ne pourrais pas dire qu'elles l'ont fait, si on ne m'en assurait.
Je vous dirai, Monsieur, à l'égard des habits de soie que portent ces bonnes filles, que je les ai laissées sur cela comme je les ai trouvées. Elles ont toujours été vêtues fort modestement et fort simplement, à cela près ; et je n'ai pas cru que cela fût de si grande conséquence qu'il fallût faire de changement. Quand les Pères ont marqué la soie comme quelque chose qui faisait partie du luxe, c'est qu'alors elle était fort rare, coûtait très cher, n'était ordinairement que pour les personnes du premier rang et faisait une grande distinction. Ce n’est plus cela maintenant. Elle ne distingue plus celles qui en portent que des personnes presque du plus bas étage; l'exemple qu'on donne, en n’en portant point, n’est suivi de personne. On fait assurément trop de fond sur cette circonstance extérieure, Elles ne sont point, comme vous le supposez, Monsieur, des vierges de profession. Elles sont, au contraire, vierges sans profession. Elles le sont incognito. Et Je ne vois pas quelle nécessité il y a qu’une fille de famille, qui aura dévotion de vivre dans le célibat, doive sonner de la trompette pour publier partout qu'elle à pris cette résolution, et attirer sur elle les yeux de tout le monde par une manière de s'habiller qui vaut une
+rn7
; À) VE + TS æ, f Lé re TEE ve DE TE 1 0 ALES CORRE LE is CT : . TE V2 Fra .
déclaration publique. Il n’y a en France de vierges de profession que les religieuses, et il y a beaucoup de personnes qui embrassent cet état sans entrer en religion et sans changer d’habit.
J'ai vécu plusieurs années dans un pays où les choses vont autrement. [1 y a peut-être plus de dévotes non religieuses qu’il n’y a de religieuses de profession. Il y en à des trois ou quatre mille dans certaines villes, et il est aisé de les reconnaître, parce qu’elles sont toutes habillées de même et portent un habit simple, propre aux dévotes.
I n’y a rien de semblable en France, et la coutume de s’y distinguer par l’habit, quand on a pris le parti du célibat, n'y est point introduite. Chacun s’habille comme il l'entend, et, pourvu que l’habit soit modeste, soie ou laine, c'est tout un. Ce n’est point en cela que consiste ni le christianisme ni la virginité. Cependant, Monsieur, il semble que. parce qu’elles ont de la soie sur elles, ce sont des vierges folles, des filles qui soient dans l’illusion et dans une voie de perdition. Si vous croyez qu'il y ait une loi qui rende la piété et la soie incompatibles, pour moi je ne l’ai jamais vue. Les mœurs sont le capital, et, pourvu qu'une fille qui vitdans sa famille n'ait rien de contraire à la modestie, on doit être content d'elle et ne lui point faire de procès.
Quesnel à du Vaucel 26 février 1694.
Je vous dirai ce quon me mande de Paris. Un homme de la cour, très instruit, rapporte que le cardinal d'Estrées dit que les jésuites n'avaient plus que deux amis à Rome : lui, lorsqu'il y était, et le cardinal de Janson, qui y est encore. De nos amis, qui sont les siens, ont peine à croire ce qu on leur a dit de sa con-
duite et de sa disposition à l'égard de M. D... | Arnauld) et de ses amis. Car il paraît qu'il ne les renonce pas, tant en France qu'à Rome. J’ai fait une petite remarque en lisant la liste des prédicateurs, qui fait connaître que les Pères n'ont ni tant d'hommes de mise ni tant d'amis à Paris qu’ils en avaient autrefois. Ils ont, cette année, la chaire de la Cour. Mais, en considérant les seules paroisses de Paris, j'ai trouvé qu'ils n’en ont que quatre, Saint-Paul, Saint-Louis, Saint-Nicolas-des- Champs, Saint-Médérie, et que les Pères de l’Oratoire en ont huit et Saint-Roch, qui est aujourd’hui une des plus belles et un des plus beaux auditoires.
Le P. de Sainte-Marthe, qu'on accuse d'avoir fait les quatre lettres contre l’abbé de La Trappe, est fait bibliothécaire de Saint-Germain-des-Prés, à la place du défunt. C’est un parent du Père général de l’Oratoire.
M”°° des Houlières, cette célèbre muse qui a loué les Arnauld, est morte!.
Un jeune magistrat fort sage fut fort scandalisé de voir Jusqu'à quarante-cinq évêques au sacre de l’évèque de Condom, il y eut dimanche huit Jours, aux Jésuites.
Le prince de Conti devait partir le 19, pour aller prendre possession de Neufchâtel. Son équipage lui coùtait 20.000 livres; mais, le 18, il apprit qu'il s'était trouvé un testament de trois ans postérieur à celui quile faisait légataire, etque tout est donné à M"° de Nemours, qui est allée elle-même à Neufchâtel?. On dit qu'elle a fait aussitôt son testament et qu’elle donne beaucoup à la maison de Soissons ?, dont sa mère était. On dit que M"° de Nemours savait bien ce testament postérieur,
1. Antoinette du Ligier de la Garde des Houlières, morte à Paris, le 17 février 1694.
2. Il s'agit de la succession de l'abbé de Longueville, qui excita de longues contestations entre le prince de Conti et M® de Nemours, sa sœur. Le procès fut jugé en faveur de cette dernière.
3. Elle fit une donation entre vifs de toute la succession en faveur du fils naturel du comte de Soissons, le chevalier de Soissons.
€ on 'Ÿ A]
mais qu'elle était obligée de n’en parler que quinze jours après la nouvelle de la mort du duc de Longueville. Je tiendrais cela suspect, si on osait soupçonner.
Vos lettres sont arrivées. Elles n’ont pas bonne mine, et je n’attends pas grand’chose des brefs. L'obscurité de ce décret en empèchera tout l'effet.
L'hiver n'a pas été, ni en France, ni ici, extraordinaire. Il y a eu très peu de neiges. Le blé est déjà diminué de prix, et le pain aussi, quoique la grande flotte de blé ne soit pas encore venue du nord. Peutêtre l’est-elle maintenant, le vent étant bon depuis sept ou huit Jours.
Quesnel à l'abbé Nicaise, à Dijon!
27 février 1694.
Je ne vous dirai pas, Monsieur, en latin ni d’un style aussi figuré que M. Grævius, que Je compatis à vos maux; mais je ne le dirai pas pour cela avec moins de vérité, et je ne souhaite pas moins ardemment que lui que vous trouviez quelque bon remède qui apporte du soulagement à votre douleur ou qui emporte tout à fait votre mal. Je vous en envoie un dont J'ai vu de mes yeux tout le succès qu'on peut désirer. Comme la personne qui s'en est servie n'avait que la dysurie, et non la gravelle, je ne sais pas s’il sera aussi bon pour vous. Je me souviens pourtant qu'il lui fit jeter une pelite pierre; au moins il en sortit une, pendant sa dysurie et lorsqu'il usait de ce remède. Votre mal est aussi plus invétéré que le sien. Mais l'essai n’en est pas difficile, parce qu'il est fort innocent et qu’il ne peut faire de mal. Il en faut prendre une cuillerée d'heure en heure, et plus souvent même, quand le mal presse. Si le mal cessait, il serait bon de ne pas laisser d’en prendre encore quelques jours, quelques semaines après.