‹ Un janséniste en exilChapitre 114 sur 146 · Bibl. nat., ms · texte numérisé non relu

Bibl. nat., ms

Il faut, quand on le prend après le repas, qu’il y ait une heure environ d'intervalle, et de même, quand on le prend avant le repas. Je voudrais, Monsieur, savoir quelque chose de meilleur pour votre soulagement ; ce me serait beaucoup de joie de vous le procurer et de vous voir guéri parfaitement. Cependant il faut s’armer de vertu et de patience contre des maux qui ne cèdent pas facilement aux remèdes. On a toujours cet avantage dans les maux qui affligent le corps, que, quoi qu'il en arrive, on y trouve toujours son avantage quand on les regarde d’un œil vraiment chrétien. Ce qui nest pas bon pour le corps est bon pour l'âme, et le médecin tout-puissant sait l’art de guérir l’âme par les maladies corporelles, en les faisant servir à expier nos péchés et à nous détacher des amusements de la vie. Sérieusement, Monsieur, si un homme ne songe, à soixante ou soixante-dix ans, à se défaire de ces occupations vaines et inutiles, semblables à la science des sirènes et à l'explication d'un morceau de marbre, s’il ne se sépare de ces sortes de commerces qui ne sont bons qu'à nous faire perdre le temps que Dieu nous donne encore pour penser à l'éternité, il y a beaucoup à craindre. [ ne faut point marchander. Il faut rompre tout d'un coup, parce que le temps est court et qu'on ne sait pas ce qu’on en aura pour l'affaire seule importante. Que le monde dise ce qu'il voudra! On l'a trop écouté, et les vains applaudissements dont on s'est nourri, et qui ont entretenu l'esprit d'amusement, doivent être expiés par le mépris que certaines gens pourront faire d’un homme qui ne veut plus penser qu à son salut.

Le P. de Noris a des affaires. On a déféré dix-huit propositions de son ouvrage, qui comprennent tout ce qu'on y à autrefois critiqué. Déjà huit de celles qui pouvaient faire plus de difficulté ont évité la censure; on espère que le reste échappera aussi. C'est une affaire

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qu'on lui fait, parce que ses adversaires craignent qu'il ne soit fait cardinal. le pape s'étant ouvert en sa

faveur. Vous savez que le cardinal Casanate est biblio-

thécaire apostolique à la place du cardinal Laurea, mort. Je suis, Monsieur, tout à vous de très bon cœur. Part à vos prières et à vôtre amitié, el, au nom de Dieu, songez à vous sauver. À

Quesnel à du Vaucel 5 mars 1694

Le 13 février, on arrêta à Tours un libraire et un imprimeur, découverts par un ouvrier, qui était venu donner avis à la cour qu'on imprimait là un livre sous le titre de: La Bête à sept tétes!. On dit que ce livre attribue à la société des jésuites les sept caractères de la Bête de l’Apocalypse.

Une lettre de Tours marque que l’auteur se nomme Billard et qu'il est aussi arrêté. Une autre lettre de Tours marque qu'un prêtre, nommé Charpentier, fut conduit à la trésorerie, ou prison dans l’officialité, pour la même affaire; peut-être est-ce la même personne en deux noms. Il se répand, dit-on, un bruit, que l’auteur est très chaud et très aheurté à son sens, n'ayant jamais voulu croire ses meilleurs amis qui lui disaient, par esprit d'équité et de charité, que son ouvrage n'était bon qu'à être jeté au feu.

Votre cardinal Barbarigo?, évêque de Padoue, que

1. La Beste à sept léles ou besle jésuitique, conférences entre Théo-

phile et Dorothée, où l'on fait voir quelle est la polilique des jésuites à

(par l'abbé Pierre Billard), Cologne (Tours), 1693, 2 parties in-12. Cet ouvrage fit enfermer son auteur à la Bastille. C'était un oratorien, mort en 1726. Le livre est aujourd’hui à peu près LEON MAPS car il fut détruit avec soin par les jésuites.

2. Le cardinal Grégoire Barbarigo dut surtout sa renommée à son grand amour des lettres. Il créa, dans son séminaire de Padoue, des chaires de grec, d’hébreu, de syriaque et d’arabe. La traduction dont s'indigne Quesnel était donc tout à fait dans le cercle de ses études.

l’on nous vantait lant, s'amuse à faire imprimer l’Alcoran, comme l'Histoire des savants le marque. I y a là bien peu de lumière ou bien peu d’esprit épiscopal. Ne connait-il done point d'autre bien à faire pour un évêque ?

Quesnel à du Vaucel 11 mars 1694.

M. Boileau-Despréaux a fait une satire contre les femmes, qu'on nous a envoyée. Tous les mauvais caractères des femmes y sont bien dépeints. Le mal que fait l'opéra, à l'égard des plus raisonnables, y est vivement décrit. Elle est trop grosse pour être envoyée par la poste. Le docteur, son frère, a quitté Sens, où il était doyen, et le roi lui a donné une chanoinie de la

Sainte-Chapelle.

On s'attend bien d’avoir la guerre en Piémont. Elle y sera forte. Le roi y aura cinquante ou soixante mille hommes. Il viendra dans ce mois-ci à Chantilly, et ensuite à Compiègne, faire la revue de sa maison.

Le cardinal de Bouillon est encore à Huy, d’où il écrit souvent au chapitre; mais il n y a rien gagné jusqu’à présent. On dit que ni le cardinal de Bouillon ni les princes prétendants n’y auront guère de part, et qu'on choisira plutôt un vieillard du pays. On ajoute qu'un chanoine de Liège, qui a une abbaye en France, est entré à Liège sans passeport et qu'il a proposé de la part du roi trois sujets, dont l’un est le baron de Surlet.

Quesnel à du Vaucel 26 mars 1694.

On vous envoie un libelle triomphant des Jésuites de Paris, qui nous en vint hier. Vous verrez, par là,

comme chacun croit avoir gagné son procès ou fait

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