‹ Un janséniste en exilChapitre 119 sur 146 · Le 19 juin · texte numérisé non relu

Le 19 juin

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ne disiez que Dieu à accepté la neutralité et qu'il n’est ni pour la ligue ni pour la France. La terre promet toutes sortes de biens en abondance, et en France et ailleurs, et on mande que les avoines et les seigles, qui sont déjà coupés, rendent plus qu'on aurait osé souhaiter. Il ne faut pas que vous croyiez que la France seule ait été affligée de la mortalité et de la cherté des vivres. Ces pays-ci en ont eu leur bonne part, et, si les victoires de Catalogne ne peuvent servir de quelque chose pour remédier à la désolation de la mortalité en France, tant de milliers d'hommes, tués dans les batailles que les alliés ont perdues, ne ressusciteront pas ceux que les misères leur ont enlevés d’ailleurs.

Je suis fort de l’avis de M. Couet, que le fardeau dont il est déchargé n’est pas à regretter. Il y avait beaucoup à perdre pour lui, et peu de bien à faire pour l’autre. |

Le mémoire écrit de Lyon au prieur, touchant ce qui a été prèché contre M. Arnauld, est horrible. Il en fallait donner une copie à M. l'abbé [de Pomponne|, afin qu'il l’envoyât à monsieur son père. Il ne lui est pas honorable de laisser traiter ainsi une personne qui le touche de si près, et qui lui fait tant d'honneur et à sa famille. Son indolence rend les ennemis de son oncle plus fiers et plus insolents, et un mot qu'il en dirait au P. de La Chaise, ou plutôt au maitre, les arrêterait tout court. Il serait bon d'en faire une enquête exacte sur les lieux.

Quesnel à du Vaucel 6 août 1694.

Les Hollandais et Anglais ont bombardé Dieppe. On a fait d'abord le mal plus grand qu'il n’est. Il ya eu quelques maisons brûlées dans la ville. Le port, le chàteau, le Pollet et les faubourgs n'ont rien souffert. La

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formidable machine des Anglais !, semblable à celle de

Saint-Malo, n'a rien fait. Quelques-uns même mandent qu'elle a crevé en l’air, à mi-chemin, et que le feu en était en partie retombé sur les ennemis; d’autres,

qu'elle s’est consumée sur la grève. Ils se sont pré-

sentés à la rade du Havre, sur laquelle ils ont fait feu, auquel on a répondu. Et une bombe, envoyée du Havre, est tombée sur leur galiote à bombes, qui en jetait de plus grosses, et l’a fait sauter en l'air. Ils n’ont osé tenter la descente, et c’est néanmoins de quoi il est question et ce qu'ils ont promis, et ce qui pourrait seul

Jleur servir. Car le mal qu'ils feront de loin ne les

avancera de rien.

Voici ce qu'on m écrit de Paris : « Le R. P. de La Chaise fit, ces jours passés, à Montlouis, un grand régal aux célèbres prédicateurs de la société, les PP. Bourdaloue, de La Rue, Gaillard, Gonnelieu, etc. Et apparemment, dit une personne de leurs amis, que nos bons Pères se réjouissent bien ensemble de la nouvelle réponse qui paraît aux anciennes Lettres que M. Pascal écrivait à un Provincial. Car, parmi les congréganistes, cette réponse passe pour un chef-d'œuvre. C'est un gros in-12, d'un caractère assez menu.

On assure que M. l’évêque de Noyon? aura la place d’académicien qu'avait feu M. Du Bois *,et que le roi a fait témoigner à MM. de l’Académie que l'association de ce prélat serait agréable à Sa Majesté. Si messieurs de l'Académie se mettent sur le galimatias, M. de Noyon leur en donnera de belles lecons.

1. Les Anglais s'étaient déjà servis, l’année précédente, de ce vaisseau qu'ils nommaient « la machine infernale ». L'effet avait été à peu près nul à Saint-Malo : beaucoup de bruit et quelques maisons endommagées.

2. Francois de Clermont-Tonnerre, évèque-comte de Noyon, de 1661 à 1701.

3. Goibaud Du Bois, de l'Académie française, grand ami de Pascal et du parti port-royaliste.

Je reçois à ce moment la nouvelle que M. Feydeau ! est rappelé de son exil et qu’il y a lieu de croire qu'il est déjà arrivé à sa chère patrie. Vous en êtes sans doute surpris, parce que vous croyez que Je parle de son exil d'Annonay et de sa patrie terrestre. Mais non, c'est le monde qu'il a quitté, et c'est au ciel qu'il est allé. Ce fut le 24 du mois passé. Depuis l'an 1655 ou 1656, la terre n’a été pour lui singulièrement qu'une

vallée de larmes. Le voilà maintenant en liberté. Qui seminant in lacrymis in gaudio metent.

J'ajoute sur M. Feydeau qu'il n'a été que deux ] jours et demi au lit, d’une grosse fièvre. On le devait enterrer aux Célestins, qui sont à une lieue d’Annonay. Il a laissé son compagnon héritier de tout ce qu'il peut avoir.

Quesnel à dom Claude Lancelot?

11 août 1694.

J'ai ouvert la lettre que vous écriviez à notre très aimable Père en son absence. Quand elle est arrivée, il n’y avait pas deux jours qu'il était sorti de la maison de son corps pour se rendre auprès du Seigneur #, et il n'y reviendra que quand le Seigneur reviendra luimême pour être glorifié dans ses saints. C’est une perte inconcevable pour l'Eglise; mais c'est pour lui un grand gain, puisqu'il a consommé sa course aussi heureusement qu'on le pouvait souhaiter, ayant été fidèle à Dieu jusqu'au dernier soupir et ayant marché dans la voie qu'il lui avait marquée avec persévérance, sans vouloir descendre de la croix. Dieu, enfin, l'en a

1. Mathieu Feydeau, ecclésiastique de Saint-Merri, un des meilleurs esprits de la première génération janséniste, mourut à Annonay et fut enterré aux Célestins de Colombier (Ardèche).

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