‹ Un janséniste en exilChapitre 120 sur 146 · ET PUR TER OPEN PTE · texte numérisé non relu

ET PUR TER OPEN PTE

détaché lui-même en le retirant à lui; et nous avons confiance qu'il le fait maintenant reposer dans son sein, après tant de travaux et tant de contradictions souffertes pour sa gloire et pour la vérité de la part des enfants du siècle.

IL aimait ses anciens amis, sa patrie et son roi avec beaucoup de tendresse, et ce lui eût été une grande

douceur de pouvoir voir, avant que de mourir, ceux

qu'il avait laissés à Paris et de se voir honoré des bonnes grâces de son prince; mais il n’a pas voulu faire pour cela la moindre démarche qui püt donner atteinte à sa fidélité pour Dieu, ou porter quelque préjudice à Ja vérité et faire de la peine à ceux qui la défendaient avec lui. Et il n’y a pas longtemps qu'il nous dit encore : « [l faut mourir ici. » Il l’a fait dans la plus grande paix du monde, après peu de jours de maladie. Ça été sa fluxion ordinaire à laquelle il n’a pu résister cette fois. Il en fut attaqué, dès le dimanche 1° de ce mois, fête des liens de saint Pierre; mais cela ne paraissait pas encore grand'chose; et il dit la sainte messe le lundi et le mardi à l’ordinaire, comme il faisait tous les jours, à moins qu’une maladie ne l’en empèchât. Ainsi la messe du premier martyr est la dernière qu'il ait dite. Il à eu part à la grâce et au courage de ce premier défenseur de la vérité évangélique.

La fluxion de notre cher Père s’'augmenta le mercredi et le jeudi. Le vendredi, il ne pouvait plus Jeter ses phlegmes, et, le samedi, on vit bien que tout était à craindre. Son courage nous trompait et nous endormait en quelque manière; car, tous les jours, il se levait à midi, hors le samedi qu'il le fit un peu plus tard, et

il a même dit son bréviaire tous les jours de cette der-

nière maladie, sans en excepter le samedi. Ce jour, qui fut Le dernier d’une si belle vie, on s’aperçut, Île soir, qu'il n’y avait plus rien à faire que de lui donner les derniers secours pour l'aider à offrir son sacrifice. Il

reçut les sacrements avec sa piété ordinaire et, environ à minuit un quart que commençait Le jour du Seigneur, il s'endormit au Seigneur tranquillement, pour ne vivre plus qu'à lui et de lui dans la bienheureuse éternité. Quoique toute sa vie ait été une préparation à ce dernier passage, Dieu lui a fait la grâce de s’y préparer plus particulièrement depuis quelque temps.

Il y avait près de quatre ans qu'il n’était sorti de sa très petite maison, sans qu'il témoignât la moindre peine d'une si grande retraite, où il ne pouvait être que fort recueilli.

J'ajoute qu'il est mort la plume à la main !, pour la grâce de Jésus-Christ, à la défense de laquelle il avait été appelé de Dieu, et il semble que Dieu ait réglé les rencontres qui l’y avaient engagé, afin que sa fidélité à remplir le ministère qui lui avait été confié éclatât même dans les derniers jours de sa vie.

Quesnel à du Vaucel

a août 1694.

Hélas ! mon cher Monsieur, que vous allez être surpris et affligé de la nouvelle que ce courrier vous porte ! Notre cher Père n’est plus sur la terre. Cette lampe, qui a éclairé si longtemps l'Eglise, est éteinte. Dieu l’a retirée de la vue des hommes. Vous pouvez vous figurer quelle est notre affliction et en quel état nous nous trouvons. Priez Dieu, s'il vous plaît, qu’il nous soutienne, nous éclaire et noussoit, en cette triste rencontre, tout ce qu'il nous doit être.

Je ne vous répète point ici ce que Je devrais vous dire de la manière dont s’est faite cette séparation. Vous

1. Tel que l'avait peint, quelques années plus tôt, Philippe de Champagne, dans un admirable portrait qui se trouve au séminaire d’Amersfoort, et dont il existe une fort belle gravure du temps.

- le verrez dans la lettre que j'ai cru en devoir écrire à | M. labbé de Pomponne, comme M. Ernest [Ruth d'Ans] l’a fait à l'égard de monsieur son père. Quoiqu’elle lui soit adressée, si toutefois vous jugez qu’elle ne lui doive pas être donnée, vous pouvez la retenir. Si M. l’abbé a un peu d'honneur et de bon sang, il doit faire faire dans Rome un service solennel, à Saint-Louis ou ailleurs, et . y inviter des principaux de Rome et des communautés.

Je ne sais si c'est la coutume de delà de faire des billets

d'invitation, comme en France. Si cela était, il ne fau-

drait pas manquer de le faire; enfin, faire un éclat qui . puisse donner droit de fermer la bouche aux clabau- deurs, qui n'oseront pas dire qu'on l’ait regardé comme . un homme suspect, s’il est de notoriété publique qu’on L a prié Dieu pour lui à Rome, au su et au vu des puis- . sances romaines. Notre cher défunt a laissé une espèce de testament spirituel de dix pages, où, par forme - d’élévation à Jésus-Christ, il rend compte de ses prin- . cipales dispositions et intentions dans les principales rencontres de sa vie, la Fréquente communion, les … écrits de la grâce, la censure de Sorbonne, la tra- - duction du Nouveau Testament de Mons, les écrits . contre la morale relächée et sur plusieurs calomnies - répandues contre lui. Il serait bon que cela fûtimprimé; - mais une seule chose m'en empêcherait, c'est qu'après - avoir déclaré qu'il a condamné les cinq propositions très sincèrement, il ajoute: « Et si je n'ai jamais pu - me résoudre à signer purement le formulaire, c'est « parce que je n'ai pas Cru pouvoir, sans mensonge et sans parjure, attester avec serment que des propositions - sont dans un livre, où j'ai lieu de croire qu'elles ne , sont pas, l'ayant lu avec soin sans les y avoir trouvées, n etyayant trouvéle contraire. Mais ce qui m'a donné un - nouvel éloignement de ces signatures, est de voir qu'on - n’en fondait l'obligation que sur des erreurs grossières, telle qu'est la prétendue inséparabilité du fait et du

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