Gaston de Noailles
3. Le futur cardinal de Noailles, que nous allons voir, cette mème année 1695, appelé à l’archevêché de Paris.
ENS - d
l'unité. Les uns disent que le roi, excellent casuiste, lui a conseillé de la garder à cause du bon usage qu'il en fait, et d'autres assurent que le roi a reçu la démission de ce prélat, qui continue en tout d’être fort exemplaire. Voilà de quoi faire deux grands évèques.
Je vous ai mandé qu'on a imprimé, sous le nom de Réflexions sur l'éloquence, la réfutation de la préface de M. Arnauld sur la prédication. On dit qu'un des plus fameux prédicateurs jésuites, qui les avait vues manuscrites, a dit qu'il estimait déjà beaucoup M. Arnauld auparavant, mais que, depuis, 1l l’estimait infiniment davantage, parce qu'il y avait parlé à un de ses amis avec la même sincérité qu'il aurait parlé à un jésuite qui eût été son adversaire. |
Voici des vers que je viens de recevoir de Paris: :
Du défenseur des jansénistes,
De l'ennemi des molinistes, Depuis peu les jours sont finis.
Ceux-ci le traitent d'hérétique,
Ceux-là de saint de paradis.
Qui croira-t-on? La voix publique,
Sa fin, sa vie, et ses écrits.
Autre :
Chéri des uns, haï des autres, Admiré de tout l'univers, Et plus digne de vivre au siècle des apôtres Que dans un siècle si pervers, Arnauld vient de finir sa carrière pénible.
Les mœurs n’eurent jamais de plus grave censeur, L'erreur, d’ennemi plus terrible, L'Eglise, de plus Terme et plus grand défenseur.
Quesnel à du Vaucel
11 mars 1695.
M. de Meaux a écrit à l'abbé de la Trappe pour le porter à s'expliquer honnêtement sur ce qu'il a écrit de feu M. Arnauld.Je ne sais s’il en viendra à bout, car il est peu flexible. Un M. Maine!, qui a demeuré autrefois chez M"° de Saint-Loup et qui s’est retiré àla Trappe, a écrit sur cela une lettre impertinente. Mais je ne sais si l’abbé pourra résister à une foule de gens qui se jettent sur sa friperie à cette occasion. Un comte du Charmel?, qui demeure à l'institution de l’Oratoire, très ami de l'abbé, est alléle voir,etil est porteur d’une lettre, diton, extrêmement forte sur ce sujet et dont on fait un grand éloge. D’autres gens lui ont écrit, et Je puis dire maintenant que Je l'ai fait aussi, puisqu'il lui a plu le divulguer, quoique Je l’eusse prié que cela se passät entre nous.
M. Racine a déclaré à un ami de cet abbé, personne de grande considération, qu'on était prêt de tous côtés à entrer en lice contre lui pour le défunt, et qu'il osait dire qu'en un besoin [ui-même y entrerait de grand cœur.
Quesnel à M*° de Fontpertuis Bruxelles, 19 mars 1695.
IL faut vous dire que je loge présentement chez un chanoine de cette ville?. Je n’y suis pas plus au large
1. Maine était secrétaire de l'abbé de Rancé. 2. Le comte du Charmel, — « homme d’une haute dévotion », dit Sainte-Beuve, — fut lelégataire universel de M. Nicole.
3. Ernest Ruth d’Ans, qui venait d'être nommé chanoine de Sainte- Gudule.
ver
344 CORRESPONDANCÉ DE PASQUIER QUESNÉL
qu'auparavant, ni en plus bel air; mais j y suis chez une personne plus honorable ; car ces messieurs les chanoines sont fort considérés ici. Ne croyezpas que je fusse mécontent de celui chez qui j'ai demeuré si longtemps. Quelle raison donc d’en sortir, me direz-vous ? Je n’en suis point sorti; mais, lui-même étant sorti d'ici hier matin, il y revint chanoine de notre grande église, ayant pris possession d’une chanoinie que M. notre gouverneur lui a donnée de fort bonne grâce, et dans laquelle il a été installé avec la joie de tout le chapitre et debeaucoup d'honnèêtes gens de la ville et de la cour. N’est-il pas vrai que vous voilà tirée d’un grand embarras et que vous ne vous attendiez pas à la malice que je viens de vous faire, ni à la bonne nouvelle que je viens de vous apprendre? Je vas vous en direune autre que vous savez déjà peut-être. C’est que M. l'abbé de Pomponne a pris le sous-diaconat, le samedi des Quatre-Temps decarême, Ce n’a pointété dans l’église de Latran, dans l’ordination publique, mais dans une chapelle du palais ou quelque chose de semblable et à la sourdine. Enfin il ne s’est point préparé à l’ordination en faisant ses exercices chez les Pères de la mission, dont la maison est destinée à ces exercices. Où donc? Au noviciat des jésuites. Où est le sang des Arnaulds?
Quesnel à du Vaucel 25 mars 1695.
Je n'ai guère d'espérance que les Pères de l’Oratoire viennent à bout de leur affaire. La cabale est trop puissante, et le prince trop faible ! et trop gouverné par les noirs. C’est un enfant qui n’est bon qu'à scandaliser le monde par sa vie inutile, badine et pis encore, puisque, ces Jours gras qu il était à Bruxelles, il était du