L'agent des jésuites à Rome
excès du champion, de telle manière qu'il se fasse entendre! |
Il faut qu'il dise nettement, dans une supplique, qu'il n’y a plus de paix à espérer, et qu'il n'a autre chose à faire qu’à s’en retourner et à abandonner chacun à sa conscience sur le fait du formulaire; qu'on ne doit pas être surpris si on voit le feu des contestations se rallumer plus que jamais, puisqu'on permet à des brouillons et à des boute-feu de le rallumer, et qu’on les rend, de jour en jour, plus hardis à tout faire en laissant leurs excès impunis.
Je crois que les Romains, depuis le premier jusqu’au dernier, se moquent de nous et ne sont appliqués qu'à nous tromper. Ils semblaient avoir donné quelque chose, et maintenant ils le retirent par le moyen des évèques et de leurs agents, à qui ils laissent faire tout ce qu’il faut pour cela. De nos amis, en France, étaient déjà fort scandalisés de ce qu'on favorisait la signature, sur le seul décret du pape qui semblait donner quelque chose. Ils se moqueront bien de nous maintenant et nous diront que nous nous sommes laissés duper, que nous ne connaissons pas les Romains, que nous sommes trop simples de nous y fier.
M. de Reims a écrit pour la Fréquente Communion ; au moins il le devait faire, ét il n'attendait que Le décret que J'ai envoyé. Je vous envoie de ses décrets, accompagnés d’autres pièces dont la dernière fera bien rire les Romains, s'ils entendent raillerie. Voilà aussi une ordonnance de M. de Châlons, dans laquelle vous verrez celle de M. de Meaux, car c’est la sienne que ce premier prélat à adoptée. Vous savez que, son frère étant indisposé, le duc de Vendôme commande en Catalogne. On pourra bien se battre ici. Le fort de la Kenoque, qui fait une partie de la force d’Ypres, est assiégé par le roi Guillaume, c’est-à-dire par un détachement de son armée. S'il le prend, il prendra Ypres
ensuite, et ce sera une porte ouverte pour aller à Dunkerque. Il y a encore une autre armée de Brandebourgeois qui viennent du côté de Liège et qu’on croit qui ont dessein sur Charleroi; car, sur Namur, je ne le saurais croire. [l y a longtemps que le maréchal de Lorges a passé Le Rhin.
Quesnel à du Vaucel le juillet 1695.
Les Gazettes de Hollande ont triomphé de la prise du fort de la Kenoque et des lignes forcées. Ils s’en sont dédit honteusement dans la Gazette suivante, et se sont réduits à dire que l’on battait la Kenoque depuis le 19. Rien de tout cela. On ne le trouve pas assiégeable. On dit que l’on va faire le siège de Namur ou de Charleroi ou de Mons. Les alliés savent bien comment on les prend, puisqu'ils les ont vu prendre, etil ne faut pas douter qu'ils ne profitent de ce qu'ils ont vu.
Quesnel à du Vaucel 8 juillet 1695.
On m'a mandé de Paris que le nonce avait témoigné au roi que l’on n'était pas content à Rome de son édit au sujet des évêques!. Ce n’a point été à la réquisition du clergé, puisqu'on savait la chose avant le terme de l'assemblée. Cela est de l'invention du sieur des Arquins [Harlay, archevéque de Paris}, qui l'avait concerté avec Ja cour pour leurrer le clergé et lui donner du vent pour son bon argent. Il a eu sans doute ses vues pour cela; il
1. Edit de Louis XIV du mois d'avril 1695 sur les juridictions civiles et ecclésiastiques.
se rendra nécessaire à Rome pour faire révoquer cet
édit. Il se fera faire la cour par les réguliers et par le
confesseur même, qui aura besoin de lui pour cela etàa qui il promettra tout. Il fait entendre au roi que, quand il serait obligé de contenter Rome en le révoquant, cela lui sera mis en ligne de compte et lui tiendra lieu d’un bon article, pour lequel il aura droit de demander quelque chose et pour faciliter la concession de la régale. Cependant l’édit aura eu son effet auprès du clergé, et il se fera un grand mérite auprès du Saint-Siège et auprès de tout if, monde. Je n'ai point vu l'édit, que les gazettes ont dit être de cinquante articles.
Je congratule messieurs les deux députés de leurs si favorables audiences. Dieu veuille que M. du Tl [Hennebel] obtienne tout ce qu’on lui fait espérer!
Namur! est assiégée par les alliés. Si on ne la secourt point, il faut compter qu'elle sera prise, car la bombarderie, en ce temps-ci, réduit tout. Ils n'ont pas osé attaquer Ypres, et ils ont été obligés d'abandonner l'attaque du fortde la Kenoque, après y avoir perdu beaucoup de monde, et de n’oser attaquer les lignes des Francais, à qui ils ont laissé paisiblement faire une seconde en leur présence.
Les affaires ne vont pas bien en Catalogne pour les Français, et M. de Castanaga, que le prince d'Orange a chassé d'ici, fait plus là que les alliés n’ont fait ici jusqu'à présent. Le roi d'Angleterre est à la Trappe. On
1. Ce fut la première place devant laquelle Le prince d'Orange triompha des Francais. La faute en fut rejetée sur le maréchal de Villeroy et sur le duc du Maine, qui se vit, à ce propos, chansonné de toutes parts :
Un bâtard autrefois a sauvé le royaume, Un bâtard aujourd'hui sauve le roi Guillaume.
L'investissement de la ville commença le 1° juillet; elle fut défendue par le gouverneur, le comte de Guiscard, et par le maréchal de Boufflers, qui s'était jeté dans Namur à la dernière heure.
ne croit pas que l'abbé aille encore loin. Ce prince a été rendre une visite solennelle aux jésuites du collège de Paris; il y à diné, il a fait toutes les caresses possibles à ces Pères.
Je ne sais oùest la politique et la prudence, sachant quelle aversion on a, en Angleterre, de ces Pères; mais il a besoin du roi de France; il croit devoir suivre ses inclhinations et les siennes propres.
Quesnel à du Vaucel 15 juillet 1695.
M. l’évèque de Limoges est mort!. C'était un M. d'Urfé, dont un frère est mort de l’Oratoire depuis quelques années, et qui avait plus d'esprit qu'eux tous. L’évêque était un saint homme assurément. Il avait tout donné aux pauvres, s'était retiré à son séminaire, et on m’écrit que, n'ayant plus que son anneau pastoral à donner, il l'avait encore donné. Il avait pris goût au Nouveau Testament du P. Quesnel et lui avait fait écrire, afin qu'il fit imprimer, pour ceux qui ne sont pas pécunieux, les Epiîtres et Evangiles à part, je dis des dimanches et des principales fêtes. Il en avait écrit à un évèque de ses amis, et cet évêque en a fait écrire à ce Père. Ce dernier évêque a lui-même témoigné être disposé à autoriser tout l’ouvrage par une lettre pastorale. Il ne tiendra pas à moi qu'il ne le fasse; et l’auteur n'en sera pas fâché, parce qu'il ne doute point que, si l'occasion s’en présentait, M. des Arquins | Harlay, archevéque de Paris] ne lui donnât sur la crête.
Je sais que cet abbé, qui a témoigné désirer avoir les huit volumes de la Morale pratique, ayant été fait supérieur de quelques monastères, il y a défendu plusieurs
1, Louis de Lascaris d'Urfé, évêque de Limoges de 1676 à 1695.
livres, et entre autres celui en question. Quelquesunes ont demandé grâce pour plusieurs de ces livres au
prélat, et le prélat leur a donné mainlevée, excepté M
celui-là sur lequel il a tenu ferme.
Namur est investi depuis le premier du courant; la tranchée ne s'ouvrira pas devant dimanche prochain.
M. le maréchal de Boufilers s’est jeté dedans Le 2, avec
un renfort de sept régiments de dragons ; et il y a au moins 12.000 hommes dans la place. Cependant les armées de M. de Villeroy, et de M. de Vaudemont sont en présence, et tout est disposé à une bataille vers
l’Escaut. Les courriers passèrent, hier au soir, pour en
porter la nouvelle aux alliés devant Namur, c’est-à-dire à vingt lieues de là.
Les Gazettes de Hollande font M. de Lorges mort. Cela est faux. Il est hors d'affaire!.
22 juillet 1695.
Cela est assez surprenant que, la tranchée ayant été ouverte devant Casal, le 26 juin, on dit encore à Rome, le 2 juillet, quele siège ne se ferait point. Etaujourd’hui on dit que c'est une affaire terminée par accommodement, qu’on rend au duc de Mantoue la ville et la citadelle démantelées?. De ce côté-ci, Namur est toujours assiégé par les alliés. Ils ont pris un poste qui leur a coûté deux mille hommes, de leur aveu ; et il ne faut pas douter qu'il n’y en ait aussi beaucoup de tués des Français, dont on nomme ici trois personnes de qualité :
1. Le maréchal de Lorges tomba extrêmement malade, le 20 juin, au camp d'Unter-Neisheim. «Jamais armée ne montra tant d'intérêt à la
vie de son chef, ni d'amour pour sa personne. » (Mémoires de Saint- à
Simon, édition de Boislisle, IF, 293.)
2. M. de Crenan, qui en était gouverneur, capitula, le 41 juillet, par
ordre du roi, et rendit la place au duc de Mantoue.
le jeune comte de Maulevrier-Colbert!, le comte de Morstein?, fils du grand trésorier de Pologne et gendre de M. de Chevreuse. Peut-être ressusciteront-ils avant la résurrection générale. Dixmude est assiégé, à l’autre bout, par les Français. C’est le comte de Montal qui fait le siège, et M. de Villeroy Le couvre. Je ne doute pas qu'après cela ils n’aillent secourir Namur, battu, dit-on, avec deux cents pièces de canon et soixante mortiers.
Je crois que je vous ai mandé que M. Nicole fait imprimer unouvrage contre les quiétistes. J’appréhende une apoplexie pour lui. Car on me mande qu'il s'appesantit beaucoup, que sa langue s’épaissit etqu'il n’a pas sa liberté d'esprit ordinaire, ayant peine à mettre dehors ses pensées. Ce sera une grande perte.
Si on mande à Rome, de Paris, qu'on y fait grand bruit d'une lettre du P. Quesnel à l’abbé de la Trappe sur ce qu'il a écrit de M. Arnauld, dites hardiment qu'elle n’est point du P. Quesnel. Le monde en sera bientôt tout à fait désabusé.
P.-S.— Il fautreprendre la plume pour vous dire que la fameuse Mère Eugénie, de la Visitation, mourut le 29 septembre 1694, âgée de quatre-vingt-six ans, et qu'on a fait sa Vie, que j'ai reçue depuis deux Jours”. C'est un in-12, de 390 pages, où l’on a répandu bien du venin contre Port-Royal, tant sur l'affaire où elle a servide geôlière que sur d’autres faitset sur la Fréquente
1. Jean-Baptiste Colbert, fils aîné du comte de Maulevrier, commandait le régiment de Navarre.
2, Michel Albert, comte de Morstein et de Chateauvillain, était colonel du régiment d'infanterie de Hainaut. IL fut tué à une sortie, le 18 juillet.
3. La Mère Louise-Eugénie de Fontaine, de l'ordre de la Visitation, avait étéimposée et installée par l'archevêque de Paris à Port-Royal-des- Champs, en 1664, comme une sorte de supérieure commissaire, chargée de réformer le monastère en lutte ouverte avec le pouvoir.
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