‹ Un janséniste en exilChapitre 19 sur 146 · Mort de M. de Sacy, le 4 janvier · texte numérisé non relu

Mort de M. de Sacy, le 4 janvier

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des siècles entiers pour obtenir du ciel des dons si rares et des lampes qui, comme celles-ci, aient autant d’ardeur que de lumière.

Je souhaite, ma révérende Mère, que Dieu daigne donner l'esprit de cet Elie avec abondance à lVEl-. sée qui lui succédera dans la charité et dans l’application qu'il avait à l'égard de votre maison. Et Je vous supplie d’être persuadée que je suis très sensible à la perte qu’elle fait dansicette occasion, faisant profession d’être toute ma vie, avec un respect et un attachement inviolable !

Quesnel à M"° de Fontpertuis

Orléans, 12 janvier 1684.

Cette lettre qu'on m'a prié de vous faire tenir, Madame, me fait prendre impunément la liberté de vous écrire coup sur coup, et je suis bien aise d’en avoir l’occasion pour vous prier de faire savoir au prieur du Rossel | Arnauld}, à qui J'ai écrit, ce que je n'ai appris que depuis et qu'il désire savoir. C'est qu'ayant trouvé Île frère du P. Malebranche, qui demeure en cette ville, il me dit qu'il y avait trois semaines environ que ce Père lui avait mandé que sa réponse à M. Arnauld, touchant les Jdées, était imprimée, et qu'il lui en enverrait s’il en pouvait avoir, ce

4. On trouve, à la suite de la lettre de Quesnel, une 1OLtre du D' Boileau sur le même sujet :

Lellre de M. Boileau, docleur de Sorbonne.

7 janvier 1684.

Ah! Monsieur, quel coup! La couronne de notre tête est tombée. Je puis bien me servir de ces expressions divines. Malheur à nous ! ce sont nos péchés qui nous attirent ce châtiment. Consolez-moi, Monsieur, par la consolation que Dieu répand dans votre cœur. Obtenezmoi, par vos prières, un bon usage de cette affliction: J'en suis pénétré;

qu'il n'a point encore fait!. Je crois que c'est en Hollande. Il me l’a fait entendre ainsi. Cette réponse est aigre et fière, je le sais d’ailleurs; mais c’est pour cela même que Je souhaiterais que celui qui écrit contre cet auteur se piquât de douceur et d’honnêteté, afin que le tort soit tout entier du côté de ce Père, pour la manière de plaider aussi bien que pour le fond de la cause. Je lui en ai dit mon sentiment, parce qu'il me témoignait n'être pas trop disposé à cela, en cas que la réponse füt telle qu’elle est.

Quesnel à M"° de Fontpertus?

Orléans, 17 janvier 1684.

Non, Madame, cette grande lumière ne s’est pas éteinte, elle s’est unie à son principe, à cette source et à cet abîime adorable de lumière d’où elle était sortie.

Je plains M"° de Raincy | Antoine Arnauld]|, etje la plaindrais encore davantage, si je ne connaissais la force de son esprit et la grandeur de son âme, qui n’a rien du tout de féminin et qui saura bien soutenir cette perte, comme elle a fait tant d’autres. Le P. de

et je ne sais comment réparer la perte que je viens de faire. Ne vous étonnez pas de me voir si faible. J'ai perdu celui qui, après Jésus- Christ, aurait pu être ma force; j'ai perdu celui sur qui je fondais presque l’unique consolation de ma vie. »

1. Arnauld écrit à Quesnel, le 15 février 168%, en parlant du P. Malebranche : « Jamais homme ne fut si fier et si plein de lui-même, et ainsi le plus grand service qu'on lui peut rendre est de travailler à le guérir de cette enflure. Vous en jugeriez ainsi, si vous aviez vu son dernier livre, car on ne saurait rien s'imaginer de plus insolent. »

2, M Angélique Angran de Fontpertuis, amie et correspondante fidèle d'Arnauld et des jansénistes, la seule qui ait le droit d'être

appelée l'«intimissime », dit Sainte-Beuve, tient la première place par le dévouement, par l'affection, dans la vie d'Arnauld. Elle fit plusieurs

voyages en Hollande pour « l'aller rejoindre et consoler », ce qui lui valut plus tard ce mot de Louis XIV: « Cette folle qui a couru M. Arnauld partout. » Racine la dépeint « bonne femme, bonne amie, mais un peu portée à l'intrigue ».

Rosny [Nicole] en sera aussi bien touché; il pourrait quasi dire avec Elie : « Je suis demeuré seul des propbètes du Seigneur, et on cherche tous les jours à me perdre. » Pour revenir à M" de Raincy!Arnauld|, je ne suis point surpris qu'elle ait refusé le mariage!, et j'aurais deviné sa réponse, quand on ne me l'aurait pas dite. Ce n’est pas que je ne désire pas pour elle et pour sa famille cette alliance; mais je ne puis comprendre quelle figure elle ferait dans une famille et surtout auprès d’un beau-père? fait comme celui-là, qui ne désire cette union de sa part que pour ses avantages particuliers, qui ne se met point en devoir de satisfaire les parents de cette demoiselle sur les intérêts qu'ils ont à démêler ensemble, qui n’est pas en état de donner les sûüretés nécessaires pour les conventions matrimoniales, et dont la sincérité n’est pas exempte de tout soupçon. Je serais fort empêché, si j'avais à lui donner conseil.

Quesnel à M. de Pontchäteaus (sous le nom de M. Fleury)

Orléans, février 1684.

Hé! mon cher Monsieur, par où commencerai-je une lettre où j'ai dessein non pas de vous consoler, mais de m'entretenir avec vous de notre commune douleur? La main de Dieu nous a frappés et s’est appesantie sur nous. Car ce n'est pas assez de dire avec Job qu’elle

1. Il veut parler, sous cette figure de mariage, d'un retour projeté d’Arnauld en France. Les conditions en étaient concertées avec l’archevèque de Paris.

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