VI | PRÉFACE
La réforme des mœurs et de l'enseignement est
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également l'œuvre de la glorieuse maison de 4
Champs, qui rayonne sur le siècle et sur la littéra= a ture. Au-dedans de la communauté, les solitaires, # au dehors, Racine et Boileau, M*° de Sévigné et Rol- 4 lin, sont des éducateurs à la fois pour l'âme et pour l'esprit. Ils redressent la conscience et la pensée françaises. 18
Enfin, pour assainir le corps même de l'Église et. ; lui rendre sa vigueur nalive, Port-Royal brave les " bulles injustes d'Innocent X et d'Alexandre VII, engage la lutte contre les jésuites et contre la centralisation ultramontaine.
Ainsi le jansénisme avoisine et seconde le gallicanisme de Bossuet. |
Sainte-Beuve a retracé le Port-Royal « priant, écrivant, disputant», et l’a suivi jusqu’à sa dernière heure: mais il s’est arrêlé au seuil du nouveau jansénisme.
Le premier, celui du xvu‘ siècle, est essentiellement théologique. H établit la an du fait et. du droit; il finit avec Arnauld. De
Le Je commence avec Quesnel. Il va éle 2 la voix et interjeler appel, du pape au concile général.
L'âme de cette protestation héroïque et de cette. sante rébellion fut un prêtre de l'Oratoire, auteur à | d'un livre d’édificalion, et réduit à l'exil pour meltre 5e en sûreté Re Une de sa foi. Fe
Pasquier Quesnel était fils du libraire Jacques Quesnel, et petit-fils d’un gentilhomme Ccossais. Né 5%
PRÉFACE VIl à Paris, rue Saint-Jacques, le 14 juillet 1634, il fit ses humanités et sa rhétorique au collège de Clermont. Maître ès-arts en Sorbonne, la censure et l'exclusion d'Antoine Arnauld le déterminèrent à préférer, en 1657, le calme de l'Oratoire.
Sa famille offrait cette particularité de sept enfants qui tous appartinrent à l’Église. Son frère aîné, Simon, chanoine de Sainte-Geneviève, se relira chez les Oratoriens et mourut en 1680; son autre frère, Guillaume, fut supérieur de l’'Oratoire à Lyon, puis à Orléans; François, l'abbé, s’adonna aux belleslettres. Les filles, Geneviève et Anne-Marie, devinrent religieuses, l'une au Lys, l’autre à Gif.
Notre Pasquier Quesnel, soumis à l’afluence d’Arnauld, le « docteur incomparalie », redoutait les ordinations prématurées. Entré à l'Oratoire en 1697, 1l célébra sa première messe le 29 septembre 1659, après deux ans d'épreuve. C'est au séminaire de Saint-Magloire, dans la prime ferveur de sa Jeunesse pieuse, qu'il entreprit un ouvrage destiné à bouleverser sa vie et à metire en émoi, non seulement la France, mais la catholicité tout entière. |
Les Réflexions morales sur le Nouveau Testament ne furent d'abord que quelques pensées fort courtes, qui expliquaient et commentaient la parole de Jésus- Christ. Elles formaient un petit volume, imprimé chez Savreux, en 1671. A la suite d’un attentif examen, l’un des plus saints prélats de l'Église de France, Félix Vialart, évêque de Chàlons-sur-Marne,
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l’adopta pour son | diocèse el, dans un mind #4] 9 novembre 1671, en recommanda Ja lecture à son * clergé et aux fidèles, «comme d’un excellent ouvrage que la Providence, dit-il, nous à mis entre les MAINS ». "4 Ru Peu après, Quesnel publia une édition des Œuvres M de saint Léon. I y défend avec ardeur les traditions du gallicanisme contre les prétentions nouvelles æ la cour de Rome. Le livre fut loué sans réserve par l’archevêque de Reims, Le Tellier, par Bossuet ét l'abbé de Rancé, mais il encourut une censure de à Pindex; le22uin 10676. Re Dès lors, voilà l’auteur des Réflexions morales signalé comme suspect. L'archevêque de Paris, M. de Harlay, n’a plus qu’à trouver une occasion de le frapper. File se présente en 1681, après une assemblée de l'Oratoire où Quesnel s'était prononcé É résolument pour la doctrine de’ saint Augustin. Ilest … | exilé à Orléans et il y demeure quelques années, spécialement occupé de la direction des âmes. ne cette voie, il précède et il annonce l’abbé Duguet, 164 guide éclairé qe nu . Je Mais M ÿ
ni controversiste ann Arnauld. | La victoire gallicane remportée en 1682, à l'insti- di sation de Bossuet, auteur de la fameuse déclare o de l'Église de France et rédacteur des IV arlicle ‘4 provoque des représailles, de la part du Vatican. Des mesures de coercilion atteignent les jansénistes et
PRÉFACE IX plus spécialement la congrégalion de l’Oratoire, considérée comme le foyer de la rébellion. Quesnel apprend par Duguet qu'on va exiger la signature d'un formulaire, libellé par l'assemblée de 1684. La fuite sera pour eux l'unique moyen de se soustraire à cette rétractation humiliante. Ils rejoignent Arnauld à Bruxelles et trouvent dans l'exil la paix de la conscience. Quesnel fermera les veux du « Père abbé », et, le remplaçant à la tête du part. continuera les polémiques contre les Jésuites et les ultramontains.
Durant trente-quatre ans, de Bruxelles d'abord, puis d'Amsterdam, ilne cessera, par d'innombrables écrits et par une infatigable correspondance, d’entretenir le zèle de ses amis et de ses disciples, à la cour, dans les cloîtres, dans les presbytères, au parlement; il relèvera les courages, tiendra tête à la papauté, défendra seul son livre, jusqu'à l'appel, jusqu’à la mort.
L’est dans cette retraite qu'il remania et augmenta considérablement les Réflexions morales. Ellesavaient été approuvées, le 21 février 1687, par les docteurs de la société de Sorbonne qui exprimaient en ces termes leur admiration: « L'ardeur dont les Réflexions sont pleines n’est jamais séparée de la lumière; le cœur n’y entraîne point l'esprit; l'esprit n’y fait point illusion au cœur.» Un Jugement analogue était porté par le successeur de Félix Vialart au siège de Châlons, Louis-Antoine de Noailles, qui recommande à son peuple et à son clergé le Hivre
x PRÉFACE de Quesnel comme « le pain des forts et le lait des faibles ».
Cette approbation formulée par Noailles, le futur cardinal, fut la cause première des persécutions dirigées contre les Réflexions morales. Les jésuites se feront un point d'honneur, en cherchant à discréditer l'ouvrage, d'atteindre le prélat gallican qu'ils poursuivront d’une haine implacable.
Promu à l’archevêché de Paris, Antoine de Noailles, dès la première année, laissa voir sa répugnance à se déclarer contre les jansénistes, tandis qu'il manifestait des sentiments hostiles à la compagnie de Jésus. Dans une ordonnance du 20 août 1696, obligé de prendre parti contre l'Æxposihion de la for, œuvre posthume de Barcos, et de condamner un livre cher à Port-Royal, il à soin de choisir Bossuet pour collaborateur etde conclure par une apologie de la grâce augustinienne. D'où le mot de Fénelon, prétendant que cette ordonnance « soufflait le chaud etle froid ».
Alors commencent et se poursuivent les tracasseries des molinistes contre l'archevêque de Paris. Divers prélats, inféodés aux jésuites, publient des mandements qui interdisent la lecture des Réflexions morales. L'évêque d'Apt, Foresta de Colongue, le 15 octobre 1703, l'archevêque de Besançon et l'évèque de Nevers, en 1707 et en 1708, devancent el provoquent le décret de l’Inquisilion qui condamne au feu le livre de Quesnel. Ce décret n’est pas reçu en France, mais il encourage les ardeurs
de la faction ultramontaine et, survenant quelques