Arnauld et Guelphe
2, Duguet, d’une santé très délicate, ne supporta pas le climat de Bruxelles et quitta Arnauld pour rentrer en France.
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être un nouveau sujet d’incommodité dans une voiture si étroite me l’ôta. Mais rien ne pourra ôter le souvenir de toutes les obligations que je lui ai pour toutes les bontés qu'il m'a témoignées dans cette petite visite, et qui ne sont qu’une suite de tant d’autres dont je lui serai éternellement redevable. Je vous supplie, Madame, de lui bien faire comprendre, quand il sera de retour, combien je ressens vivement tout ce qui me vient de sa part, et que, si J'ai le malheur de n'être ni assez éloquent ni assez abondant de paroles pour faire connaître, comme d’autres, au dehors ce qui se passe dans mon cœur à son égard, Je ne cède néanmoins à personne ni de respect, ni de reconnaissance, ni de tous les autres sentiments que l’on doit à un aussi bon cœur que le sien. Je vous supplie, Madame, de vouloir bien m'aider à lui rendre quelque petit témoignage de mes soins, en l’accueillant vous-même à son arrivée avec toute la charité et toute l'amitié dont vous êtes capable, et en vous appliquant à lui procurer tous les petits soulagements dont il est impossible qu'il n’ait un extrême besoin, après de si grandes faligues et dans une santé si mauvaise. Vous savez combien il se plaint et le repos et la nourriture, et combien il contriste ses meilleurs amis par la dureté qu'il a pour lui-mème. Rendez-vous-en un peu la maîtresse pour quelques jours, et faites-lui une douce violence pour le ranger à la raison. Nous vous en serons, Madame, infiniment obligés. Ne vous oubliez pas aussi vous-même, s'il vous plait, car J'apprends, de plus d’un endroit, que vous n'avez pas plus de forces que lui et que vous n'êtes pas moins indocile sur ce chapitre. Adieu, ma très chère sœur, c’est à lui principalement que je vous recommande, vous et M. Le Fossier |Duquet], car je me défie fort que vous vous rendiez l’un et l’autre à nos sollicitations.
Quesnel à M°° de Fontpertuis, à Paris
9 octobre 1685.
C'est pour vous obéir, Madame, avec la plus grande exactitude, que je me donne l'honneur de vous écrire aujourd’hui, aussitôt après l’arrivée de notre pèlerin, qui est revenu en très bonne santé et qui vous donnera lui-même de ses nouvelles, ou aujourd’hui, ou demain.
Je vous envoie, Madame, les mesures de la chambre que le petit papier vous expliquera; mais, en vous obéissant, je vous supplie de trouver bon que je vous représente que, si c'est pour envoyer ici de la tapisserie, cela fera une irès grande peine à M... et que je suis comme assuré qu'il ne souffrira pas qu'on la mette dans sa chambre. Il ne pourra pas se résoudre à voir celle de M. David [Arnauld| sans tapisserie, pendant que la sienne en sera tendue. Je n’ai osé lui en rien dire; mais je sais assez ce qu'il dirait s’il le savait. La seule raison qu’on lui peut dire est que cela rendra le bruit plus sourd. Mais ce sera de si peu que cela ne vaut pas la peine de faire la dépense. Que si on avait à la faire, le plus court serait d'en prendre sur les lieux, ou plutôt, ce qu’il souffrirait plus facilement, de se contenter du jonc qu’on emploie dans ce pays. M. David est du même avis que moi, et je crois, Madame, que vous y entrerez quand vous y aurez bien pensé.
J'oubliais ce qui me touche plus au cœur : c'estde vous faire des reproches de trois outrages sanglants que vous me faites, Madame, au commencement de votre lettre, vous qui n'avez coutume de me faire que du bien et de ne me dire que des paroles de joie. Vous dites que vous m'importunez en m'écrivant, vous m en demandez pardon, et vous me menacez de ne plus le faire. Y a-t-il rien de plus offensant, et croyez-vous que je
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vous le pardonne aisément ? Il faudra que vous trouviez un confesseur des plus indulgents, pour en avoir l’absolution. Pour moi, je ne vous la donnerai point que vous n'ayez accompli la pénitence, et la plus douce est de vous rétracter, de me faire l'honneur de m'écrire le plus souvent que votre santé et vos affaires vous le permettront et d’être persuadée que c’est pour moi une Joie que j'estimeinfiniment que d’avoir avec vous, Madame, ce petit commerce.
Quesnel à M de Fontpertuis 16 octobre 1685.
Enfin, Madame, le voilà où vous l’avez désiré, celui! qui faisait toute la joie de notre solitude et qu'il rend doublement solitude, en la quittant pour s’aller jeter dans le sein de ses amis. Il ne sortira pas de notre cœur pour sortir d'avec nous, et nous ne voulons pas désespérer de l’y revoir un jour, quand sa santé sera rétablie. L'espérance est pourtant fort médiocre, et je crois qu'il vaut mieux se résoudre à prendre patience qu'à se repaitre d’une espérance vaine. Sa santé le demande ainsi. C’est tout dire, et nous n'avons pas été aussi indociles que vous le craigniez, quand il a été question de prendre parti.
Quesnel à M°° de Fontpertuis.
27 octobre 1685.
Je ne puis m'empêcher de vous témoigner l’agréable surprise que nous avons eue en apprenant la Déclara-
1. Les années qui suivent, de 1686 à 1690, sont pour Duguet, dit Sainte- Beuve, «des années ensevelies ». Il lui fallut découvrir une retraite profonde et sûre. « 11 se passa un temps considérable, écrit-il, avant que je « pusse trouver un tombeau à ma mesure, »
hon qui révoque l'Edit de Nantes*. C’est un coup digne du plus grand roi du monde, et il n’a encore rien fait qui approche de cette grande action, quelque remplie que soit sa vie d'actions grandes et éclatantes. J'espère que Dieu bénira le zèle qu'il donne à ce grand prince pour la religion, et tous ceux qui l’aiment doivent prier pour une affaire de cette importance qui remet l'unité dans l'Eglise de France.
Quesnel à M"° de Fontpertuis, à Paris
20 novembre 1685.
Je ne crois pas que la personne dont vous m'avez envoyé la lettre veuille dire que la cassette n’est pas où je crois qu'elle est, mais que ce qu'il y a cherché ne sy est pas trouvé. La mémoire m'a manqué; mais il en faut demeurer là. Le besoin que j'avais de ce petit meuble n’était pas bien pressant. Si ce que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire qu’on avait à m'envoyer en vaut la peine, on pourra le faire; mais, si cela n’en vaut pas la peine, je me pourvoirai par deçà de ce qui me sera nécessaire pour mon hiver, d'autant mieux que cela vous épargnera un petit embarras. Si M. de Fresnes le jeune? avait quelques livres d’airs spirituels ou de noëls bien faits, ou quelque autre musique, il me ferait plaisir ; ce serait pour chanter au coin de mon feu cet hiver. M. Le Doux Hamon en pourrait demander pour moi (ncognito) à M. Le Hoanmo. Je mets cela sans
1. Rappelons-nous que nous n'avons pas affaire à des philosophes, mais à des prêtres et à des théologiens, et qu'on ne trouve personne à cette époque, dans l'Eglise, qui s'élève contre cet acte cruel et impolitique. Le grand Arnauld lui-même « s’en réjouit fort», et du Vaucel écrit de Rome à M. de Castorie, le 17 novembre : « La Déclaration du roi à été recue avec grand applaudissement. » (Archives d'Utrecht,t. I.)