Sous-doyen de l’église d'Orléans et vicaire général
4. Quesnel aura cependant la bonne fortune de trouver asile dans un pays protestant.
résisté aux premiers ordres ou des empereurs ou des évêques, et que l’on était comme assuré qu'ils conservaient toujours dans le cœur leurs anciennes erreurs, on ne laissait pas de les presser de nouveau par de nouvelles constitutions ou de nouveaux édits plus secrets, et que, s'ils sy soumettaient, on les recevait sans façon à la participation des sacrements de l'Eglise. Il est vrai qu'il n'y avait apparemment aucun serment
Joint à la souscription, comme il y en a aujourd’hui;
mais, après tout, une profession de foi faite à la face de toute l'Eglise, entre les mains de ses premiers ministres, etaccompagnée d’anathèmes, était une chose fort sainte, et, mentir en cette occasion, c'était mentir au Saint-Esprit. Quand donc il n’y aura que le soupçon, J'ai peine à croire que l’on doive condamner une pratique autorisée par l'exemple de l'Eglise, dans tous les siècles. Ceux qui ont témoigné quelque temps auparavant que, s'ils changeaient Jamais, ce ne serait que par violence, peuvent être censés avoir changé de sentiment, quand, sans témoigner leur répugnance, ils se soumettent, et leur profession de foi et souscription peut être regardée comme une rétractation de leurs mauvaises dispositions. Ceux qui ne font connaître les leurs qu'après l’abjuration portent seuls la peine de leur parjure. Et néanmoins il est de la charité qu'on leur doit de ne les pas abandonner, mais de s'appliquer à les guérir, en éclaircissant leurs doutes et en leur faisant connaître, par l'explication des vrais sentiments de l'Eglise et par l'exemple des ministres qui se sont convertis avant toute violence et par la seule conviction de l'erreur où ils étaient, qu'il n’y a qu'un entêtement déplorable qui les retienne dans l'erreur. Quant à ceux qui déclareraient ouvertement qu'ils ne sont point changés, qu'ils ne font que par force la profession de foi, et qui, par conséquent, ne pourraient faire qu'un faux serment, vous avez fort bien jugé, Monsieur, que
votre ami ne pouvait pas, en conscience, les recevoir avec une telle disposition déclarée et connue. Il a aussi très bien fait de déclarer à ceux qui se sont présentés à lui qu’il ne les recevrait pas, s’il ne croyait qu'ils viennent de leur bon gré à l'Eglise; car il faut que l'Eglise agisse d’une manière digne de l’épouse de Jésus-Christ, et que ses ministres conservent, en agissant en son nom, son honneur et sa majesté. Elle court après ces pauvres égarés, non Comme un maître après des esclaves fugitifs, mais comme une mère après ses enfants. Si elle les châtie pour les faire rentrer dans sa maison, elle ne doit pas leur faire de plaies mortelles, ni leur en donner l’occasion, ni souffrir qu'ils s’en fassent eux-mêmes, comme il est constant que ceux-ci s’en font de mortelles quand ils font des sacrilèges et des parjures. Il est, au contraire, de sa charité de les leur épargner, et, s'ils n'ont dans l'agitation et le trouble où ils sont ni la lumière ni la force de s’abstenir de ces péchés, elle doit, par sa sagesse et sa discrétion, les en détourner, en ne recevant pas de telles professions ni de tels serments, qui, au lieu de leur rendre la santé et la vie, les rendent encore plus malades et plus incurables, en les rendant plus indignes de la miséricorde de Dieu.
Il est bien fâcheux qu'en pressant trop ces malheureux, el par des voies odieuses, on ait arrêté le cours du bien qui se faisait par les voies douces et naturelles. Il faut les adoucir sur ce point, le mieux que l’on peut. Il faut redoubler la charité envers eux et leur faire connaître qu'ils ne doivent point imputer à l'Eglise ce qu’elle ne peut empêcher; que ni ce qui vient de la part du roi, qui fait en cela ce qu'il croit leur être utile, nice qui est ajouté à ses ordres par la dureté des soldats ne change point laface des affaires en elles-mêmes; qu'ilfaut examiner d'aussi bonne foi etavec autant desincérité et de désir de connaître la vérité, de quel côté est cette vérité et où la
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vraie Eglise se doit trouver, ou dans une communion qui n'a jamais été interrompue depuis Jésus-Christ et é les apôtres ni dans le corps ni dans ses ministres, ou dans une communion qui n'est établie que sur le schisme qu'elle a fait avec l'Eglise où elle était née, qui s’est attribué elle-même l'autorité et le ministère, et où l’un des premiers principes est que chacun de ceux qui la composent, depuis le plus simple paysan. jusqu'au plus habile ministre, doit juger par lui-même, sur l'Ecriture seule et en l’examinant par le Saint- Esprit qu’on lui promet pour cela, quelle est la véritable Eglise et quels sont ses dogmes, sans être obligé de s’en rapporter ni à ministres ni à synodes. Ces deux motifs sont, ce me semble, les plus puissants et les plus propres et à l'égard des simples ct à l'égard même des plus capables de raisonnement. Je vous les touche, Monsieur, pour votre ami, parce qu'ils se sont trouvés au bout de ma plume; car Je ne prétends pas vous les apprendre, et, si votre ami s'en voulait éclaircir davantage, ilconnaït sans doute le dernier livre de M. Nicole. Le travail est sans doute difficile; mais c’est où la charité chrétienne doit éclater. Les apôtres avaient encore plus à travailler pour détruire l’idolâtrie dans le monde. Leur patience, leur foi et leurs prières en sont venues à bout, employant les mêmes armes, témoignant beaucoup de charité à ceux qui sont dans l’erreur, leur rendant souvent visite pour les instruire, compatissant à leurs peines et leur faisant lire de bons livres. Dieu bénira ces soins et fera trouver aux ouvriers mêmes leur salut et leur sanctification dans celle de leurs frères. Il faut surtout soutenir l'instruction par la prière et attendre de Dieu le succès qu'elle doit avoir. Vous suppléerez, Monsieur, envers votre ami, ce que je ne puis ajouter ici. Je finirai, après vous avoir supplié de me vouloir bien apprendre s’il y a quelque chose de vrai de ce qu'on à mis cette semaine, dans 1 à)
la Gazette de Hollande, d'un M. de Rosemont; qu'après s'être converti par force il étaittombé malade ; qu'en cet état il n'avait point voulu recevoir les sacrements ni écouter les prêtres, s'était repenti de son changement, avait été ensuite mis en cause et condamné à être pendu. On met cette scène à Rouen. Je suis, Monsieur, tout à vous en la manière que vous savez, et me recommande à vos bonnes prières. Je crois que vous aurez reçu les papiers que je vous ai renvoyés. À quoi en est l'affaire de la fondation ?
(Bibl. de l’Arsenal, ms. 5782.)
Quesnel à M"° de Fontpertuis
26 décembre 1685.
Je suis l’homme le plus raisonnable du monde en matière de lettres; ainsi je vous supplie, Monsieur, d'être persuadé que vous n’aurez jamais besoin dejuslfication sur ce chapitre. Je sais vos occupations, et cela seul serait une justification parfaite si vous en aviez besoin. Ce n’est pas par le nombre des lettres que vous devez juger de mon respect pour vous, et que Je dois m'assurer de votre bonté pour moi. L'un et l’autre a un meilleur fondement, c’est sur quoi je me repose. Je vous écris ce petit mot seulement pour vous dire ce queje vous ai déjà dit, que, si la robe de chambre n’est point encore partie, la description que vous m'en faites mé persuade qu'elle ne vaut pas le port, et qu'il la faut laisser à Paris ; et, comme le reste n’était que par occasion, 1l Y peut aussi demeurer, sans qu'il me fasse faute. Pour l'argent, il faut attendre qu'il y en ait quelque chose de plus, car on doit toucher quelque chose au commencement de cette année.
LÉ = mr ut
J'ai bien de la Joie, Monsieur, de ce que vous me mandez de la santé de M. de Lisola | Duquet|. Comme c'est un effet de vos soins, c’est une nouvelle obligation qu'il faut encore mettre sur mon compte. Il grossit tous les jours ; mais que faire à cela? Quelque insolvable que je puisse être, je prendrai plutôt le parti de m'abandonner à votre miséricorde que de faire banqueroute. Quand M. Lisola vous ira voir, je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien lui faire mes conjouiss ances sur sa santé. Quelque amitié que j'aie pour lui, je veux bien qu'il sache que ce n’est pas tant pour lui que je suis bien aise qu'il se porte mieux (car qui sait ce qui est meilleur pour lui, la santé ou l’infirmité? ou plutôt qui ne sait pas qu'ordinairement la dernière est préférable à l’autre pour le salut et pour la sanctification ?), mais je regarde l'Eglise qu'il pourrait servir, si Dieu lui ouvrait
une porte en lui donnant des forces.
Je vous souhaite à tous, par avance, une bonne, heureuse et sainte année, et je vous donne une procuration générale pour tous mes amis de delà que vous connaissez. Je prends beaucoup de part à tous les événements de votre famille, vous n'en doutez pas, Won-
sieur, Sachant avec combien de respect et d’attache-
ment je suis à vous, Monsieur, pour toutes choses.
Je ne prétends pas que M. de Béthincourt | Nicole}, M. Boile [Boileau|, M. le Doyen |Pontchdteau], soient dans la foule des amis.
J'apprends que M. de Fresnes [Guillaume Quesnel! m'a acheté une belle robe de chambre. Je ne l'en avais pas prié, non plus que de m'acheter de la musique. Cela est ridicule, ne lui en déplaise. J'aurais scrupule d'acheter de la musique.
Quesnel à M" de Fontpertuis
6 février 1686.
Ce que l’on me mande des trois maisons que l’on menace de faire raser, s'ils ne font abjuration, est bien surprenant, et ce qui est étrange, c'est qu'on dit que leur évèqué leur défend, sous peine d'excommunication, de faire cette abjuration. Cependant Je ne suis plus surpris de rien, et je m'attends tellement à tout depuis quelque temps que je suis assez préparé à tous les événements dont nous pourrons avoir le spectacle. (Quand les hommes se remuent, ce sont des mouches qui volent, qui bourdonnent aux oreilles et qui piquent quelquefois. Il n'en faut pas avoir peur; un peu de patience en viendra à bout. La grande chaleur passera; la nuit viendra bientôt; ces mouches se retireront et ne piqueront plus, et nous demeurerons, s'il plaît à Dieu, en repos. Cependant, pendant que le soleil est très ardent, il y a plus à souffrir pour ceux qui y sont exposés, et ils sont plus à plaindre que ceux qui sont à
l'ombre ; mais il y a une autre ombre où les uns et les
autres sont parfaitement à l'abri, non seulement des piqûres des mouches, mais des morsures des serpents et du fiel des dragons : c'est l'ombre des ailes du Seigneur. Je le supplie de tout ron cœur qu'il vous daigne cacher, mon très cher Monsieur, non seulement sous ses ailes, mais dans le secret de sa face, dans son sein, dans son cœur, et qu'il vous y nourrisse des fruits de son esprit qui sont la paix et la Joie, et de l'espérance vive des biens que vous attendez, et de la douceur de la charité dont vous vivez, et des délices de la vérité que vous aimez.
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Quesnel à M°®° de Fontpertuis
5 mars 1686.
Je vas vous prendre au mot sur-le-champ pour une petile chose dont je ne pourrais pas me reposer sur un autre. J'ai lu ici les relations des missionnaires de la Cochinchine et de Siam, où ils exposent les grandes
dépenses qu'ils sont obligés de faire et pour la subsis-
tance et pour les présents qui servent à gagner les rois de ces pays-là et leurs officiers. Ils nomment les montres entre les bijoux qui y peuvent servir, et cela m'a fait souvenir que je vous en ai laissé une d’or, qui occupe la terre inutilement et qui pourrait servir à quelque chose entre les mains de ces ouvriers évangéliques. C’est moins que les deux mailles de la bonne veuve, qui mérita d’être louée de la bouche même de Jésus-Christ, etil s’en faut bien que je donne de mon indigence. C'est au moins quelque chose de superflu que je ferais scrupule de garder plus longtemps. S'il y avait quelque besoin plus pressant que celui-là, vous pourriez, Monsieur, lappliquer à ce besoin, et je m'en repose entièrement sur vous. Je crois que vous ne manquez pas de correspondance pour le séminaire des Missions étrangères. Au pis-aller, je
sais que M”° de Sainte-Preuve y en a; mais il serait,
comme vous savez, fort inutile et contre l'ordre évangélique de me nommeràelle ni à d'autres, cf cela n'en vaut pas la peine.
Les nouvelles touchant le P. du Breuil ont un très
bon air dans le peu que vous m'en dites; mais je n'ai
garde de m'assurer de rien. J'aime mieux trouver mes espérances surpassées que de les voir trompées.
Pur NE PENSER
Je suis bien aise que M. Duguet! remarque mon silence, et je serais fâché qu'il lui fût indifférent. Il me prêcha si fort la dernière fois de me réduire au nécessaire, de ne point exposer mes amis par trop de commerce, de diminuer mes relations et autres choses semblables, que j'ai cru lui faire plaisir de me tenir coi et ne me pas presser de lui écrire. Si je puis néanmoins le faire aujourd’hui, je le ferai.
Quesnel à M. Fromentin?
Je fais réponse, Monsieur, à votre lettre du 17 mars, aussitôt que je l'ai reçue, et vous devez juger par là que je lai reçue bien tard. Il y a un peu de ma faute; mais elle est sans remède. Vous m'avez bien fait plaisir de me mander l’histoire du P. Q. (P. Quesnel). Cela est bien fâcheux qu'il ait été obligé de faire ainsi le plongeon et que ses amis ne puissent savoir de ses nouvelles. [l n’y a pas d'apparence, néanmoins, que les poissons l’aient mangé ni qu’une baleine se soit trouvée prête à le gober, quand il s’est jeté dans la mer pour apaiser l'orage et la tempête qui s’élevaient à son occasion. Mais, après tout, puisqu'on a bien enfin eu des nouvelles de Jonas, il faut espérer que nous en aurons aussi quelque jour des siennes. De l’humeur que je le connais, je ne le plains pas beaucoup, et je lui ai souvent oui dire qu’un petit trou, où l’on puisse être à couvert de l'embarras du monde et attendre en paix le jugement de Dieu en s’occupant de ses vérités saintes,
1. Duguet, par une sorte de terreur maladive et de misanthropie un peu à fleur de peau, ne demandait que l'oubli : {Qu'on me compte pour mort et même pour enseveli, écrit-il à l'abbé Boileau, et qu'on m'’efface de la mémoire des vivants! Les billets de deux lignes sont interdits dans l’autre monde, aussi bien que les longues lettres, »