L'affaire de M. de Lavardin
leur censure'!. On est si peu touché de la vérité, au pays où vous êtes, qu'il n’en faut rien attendre en sa faveur. Ce serait beaucoup si on pouvait s'assurer qu’on n’y ferait rien contre elle, et qu’elle n’eût à se défendre que de ses ennemis déclarés. Quand ils font quelque chose de ce côté-là qui lui est utile, c'est ou par un intérêt qui gâte tout devant Dieu, ou par une espèce de hasard, s’il y en avait quelqu'un dans l'ordre de la Providence. Les jésuites de Louvain ont fait, depuis peu, deux méchants libelles latins contre M. Huygens?. C'est à dessein de faire un vacarme contre ce docteur et d’exciter Rome à achever de l’accabler. Ils seront peutètre assez abandonnés de Dieu pour y réussir. Je ne vois guère d'injustice plus criante que celle-là, ni de conduite plus diabolique. Je ne crains point de le dire, parce qu'il n’y a rien de plus opposé à l'esprit de Dieu que de faire passer la piété et la vérité dans un docteur pour erreur et péché, de le décrier comme un hérétique, de l'empêcher d’être utile à l'Eglise en l’ôtant de place et le diffamant comme un homme dangereux, et cela de la part du siège de saint Pierre et durant le pontificat d’un pape qui est homme de bien. Cela marque un jugement terrible sur cette cour dont la conduite, à cet égard et dans l'affaire du vicariat et dans toutes les autres, est des plus étranges. Il n’en faut plus rien attendre, et il faut faire le bien comme on pourra, sans penser à elle, et s’estimer heureux d’en être maltraïité.
Dans l’un de ces deux libelles d'Erasmus, il se sert
1. Arnauld, dès 1684, se plaint amërement de la tyrannie et de l'injustice de l'internonce vis-à-vis de l'Université de Louvain, qu'il croit être, « de toutes les Universités catholiques, la plus pure dans la doctrine, la plus réglée dans la discipline et la plus exemplaire dans la piété ».
2. Gommare Huygens, docteur de la Faculté de Louvain, avait déjà indisposé la cour de Rome en refusant d'écrire contre les quatre articles de 1682. C'était un homme d'un zèle ardent et de mœurs très pures, grand ami d’Arnauld et de Quesnel,
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fort d’un grand passage de M. Habert, évêque de Vabres!, tiré de sa Défense de la foi, où il maltraite fort la censure qu'il appelle Baïana censura. Cela me fait souvenir en gros de certaines circonstances de sa conduite dans son diocèse et de sa mort, qui ne sont pas trop favorables et dont il serait bon que la mémoire ne se perdit pas. C’est pourquoi, si vous en savez quelque chose d’assuré, ayez la bonté de nous le mander.
Quesnel à du Vaucel, à Rome
28 mai 1688.
J'ai oui dire qu’on imprime en Hollande une A4pologie de la Censure? et qu'il y a déjà environ Île tiers imprimé; car cela ira presque à vingt feuilles, quoique ce ne soit qu'une apologie historique. On demande pour cela un secret inviolable, cela étant de grande conséquence. Si J'en puis avoir, Je vous en enverral; Mails, après en avoir envoyé un par la poste, je ne sais pas où en envoyer d’autres, car la voie de Ja mer m'impatiente.
Vous savez les ordonnances contre les versions. Le libraire de l’Abréqgé de la Morale sur le Nouveau Testament, en trois volumes, a eu une alarme; on le menace d'arrêter le débit de ce livre. La raison qu’on en dit est que les évêques y sont trop maltraités, c’est-à-dire qu'on leur dit leurs vérités trop fortement. Ils prendront apparemment un autre prétexte que celui-là, s'ils
1. M. Habert, ancien théologal de Notre-Dame de Paris, fut le premier qui ait tonné en chaire contre le livre de Jansénius, qu'il appelle « un Calvin rebouilli ».
2. Apologie historique de deux Censures de l'Université de Douai (Cologne, 1688), réfutation, par le P. Quesnel, du livre du P. Tellier, Défense des nouveaux chrétiens, L'Apologie fut censurée, en 1690, par l’'Univer: sité de Douai et condamné par Innocent XII, le 8 mai 1697, .
8 11 est ducnlion dés famteutes Hdfedions moralés du P, Queanel
en viennent là, et J'ai peine à croire qu'ils y viennent autrement qu'en supprimant toutes les autres versions qui ne sont pas autorisées du nom des évêques. Ils savent bien que le premier volume a celui de Monseioneur de Châlons en tête; mais le reste, non.
16 juillet 1688.
Vous avez reçu maintenant, Monsieur, et le livre et la dernière feuille de l’Apologie des Censures.
Je ne sais comment il est arrivé qu'une feuille en blanc de ce livre est tombée entre les mains de M. l’internonce, le livre étant déjà achevé, mais à peine y en ayant-1l de reliés. Il l’a portée au gouverneur général et à fait mettre en campagne et chancelier et procureur général, pour découvrir où ce livre s’imprimait. Le premier a été chez les libraires ou imprimeurs, cette feuille à la main; mais il n a pu, jusqu’à présent, rien découvrir. On disait même que le procureur général s'était transporté pour cela à Anvers. J’en doute, cela n’étant pas nécessaire pour s'informer du fait. Enfin, voilà grand bruit. Peut-être que cette feuille sera tombée premièrement entre les mains des Pères jésuites, qui auront été mettre le feu sous le ventre à M. l’internonce; car, pour lui, je ne vois pas qu'il ait tant d'intérêt pour le Saint-Siège de se donner tant de mouvement.
Il est vrai que la feuille en question contient un des endroits où il est parlé de ces Pères, par rapport au pape, d’une manière qui ne leur est pas la plus avantageuse. Ce bruit ne servira qu'à fare davantage rechercher le livre sur lequel j'attends, Monsieur; votre jugemerit frane et sincère: