FRET
Quesnel à du Vaucel, à Rome
30 juillet 1688.
Vous trouverez les notes sur l'Evangile assez sèches et peu fréquentes. On veut que l’auteur les étende et les égale au reste. C’est ce qu'il tâche de faire. On dit que l’on gronde encore contre celles de saint Paul; que M. de Paris et le P. de La Chaise sont raccommodés et que le fruit de cette réconciliation pourrait bien être la défense de ce livre; que M. de Montausier à parlé fortement au prélat sur ce sujet, et qu’on ne sait encore ce qui en arrivera.
Monseigneur l’évêque de Meaux a fait imprimer un bel ouvrage, l'Histoire des variations des hérétiques, en deux volumes. Il parle, dès la deuxième page, de la rélormation de l'Eglise 2n capite et in membris, et il fait voir ailleurs que la supériorité du pape sur les conciles n’a jamais été reçue comme partie de la doctrine de l'Eglise.
Un M. Marcellis, ci-devant curé de Louvain, et qui s'est avisé, tout vieux qu'il est, de se faire docteur, a soutenu, dans un acte pour le doctorat, que la doctrine de l’infaillibilité est un article de foi.
Il est vrai que les études philosophiques, après un certain âge, ne sont guère de la profession d’un ecclésiastique. Il y a tant de choses et à étudier et à faire pour l'Eglise que l’on doit avoir scrupule de donner à des études toutes humaines le temps qu’on doit à l’épouse de Jésus-Christ. Ce n'est pas qu'il ne soit nécessaire qu'il y ait dans l'Eglise des gens bien versés dans la philosophie ancienne et moderne, et qui aient joint à cette science la connaissance de celle de l'Eglise. S'il n'y en avait point, la vérité serait quelquefois en proie aux philosophes. Le P. Malebranche s'en serait beau-
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coup plus fait accroire, et aux autres aussi bien qu'à lui ; mais 1l a trouvé un homme qui à fait voir qu'il était son maître, aussi bien en philosophie qu’en théologie.
À ne vous en point mentir, nous sommes tous fort scandalisés de la conduite du pape ! au sujet de la dispense donnée au prince Clément, enfant de quinze ans, revêtu déjà de deux évêchés, pour en pouvoir avoir encore d’autres, quoiqu'il n'ait aucune inclination à l’état ecclésiastique. [Il n’y a pu avoir que des raisons politiques qui aient pu faire prendre ce parti à Sa Sainteté, et c’est ce qui est déplorable de voir traiter ainsi les affaires de l'Eglise par les maximes du siècle. Je voudrais bien savoir sur quoi est fondé ce prétendu droit de renverser toutes les règles, pour rendre éligible qui on voudra et pour mettre sur un siège épiscopal un misérable sujet.
On à cru que c'était faire une bonne œuvre que d’exclure le cardinal Furstenberg; mais on pouvait l’exclure en ordonnant, selon les canons, de ne choisir personne qui füt déjà évèque. Mais, à regarder les choses politiquement, je ne sais s’il y a eu de la prudence de se montrer partial en cette occasion (car la partialité du pape crève les yeux), d'exposer ce pays-là à une guerre qui suivra peut-être de cette élection?, d'aigrir le roi de France, qui ne peut pas ne pas voir qu’on a fait cela en dépit de lui, et de jeter la semence d’une division qui pourrait donner de grands avantages
A. Il s'agissait de la succession à l'archevèché et à l'électorat de Cologne. Louis XIV se déclarait pour le prince Egon de Furstenberg, évêque de Strasbourg; mais Innocent XI, peu désireux de satisfaire la France, rejeta la postulation de M. de Furstenberg et lui préféra le prince Joseph-Clément de Bavière, frère de l'électeur Maximilien, alors âgé, non de quinze, mais de dix-sept ans.
2. C'est, en effet, avec l'affaire des franchises, une des causes qui rallumèérent la guerre et amenèrent l'envahissement du Palatinat, réclamé par Louis XIV au nom de la princesse Palatine, sa belle-sœur.