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serait seulement quelques bâtiments qui auraient fait descente pour piller. Ce serait assez pour déclarer la guerre, s'ils étaient avoués. Je ne doute point que les Etats n'accordassent avec joie la permission à M. D. [Arnauld| de demeurer chez eux; mais voilà done, dès lors, son séjour déclaré et parmi les ennemis du roi de France et parmi ceux de l'Eglise, et dans un pays dont l'air n’est pas bon à cette personne. L’empressement du P. de Saint-Quentin | Casoni| pour le voir aller en ce pays-là m'est fort suspect, et je crois qu'il a plus en vue de l’éloigner de l’université voisine que toute autre chose. Le détour qu’on témoigne vouloir prendre, en allant au gouverneur de ce pays par le moyen de l’ambassadeur plutôt que par le canal du ministre ecclésiastique, est un trait de la politique romaine, qui ne veut point du tout paraitre avoir le moindre égard pour M. D. [Arnauld| ni employer directement ses ministres en sa faveur. [Il faudrait que J'eusse bien affaire de ces gens-là pour avoir recours à eux. Toute leur conduite n'est qu'artifice, et jamais ils ne font la moindre démarche qui ne soit mesurée sur les intérêts
de leurs injustes et ambitieuses prétentions.
SOna/recurdu prince E:..1 la copie de la lettre au cardinal d’Estrées et de celle de M. de Lavardin, mais sans le moindre mot de sa part. Son pays est maintenant un pays de guerre; les gazettes disent qu'on offre aux princes de ces quartiers-là la neutralité de la part de la France et qu’on l’a offerte au prince, à cause de sa for-
teresse du Rhinsfels. Apparemment il l'aura acceptée.
Nous n'avions point la lettre de M. de Lavardin. La situation de ce pauvre ambassadeur ambigu est bien à plaindre. Celle de M. le cardinal nonce Ranuzzi? n'est
* {. Ernest de Hesse-Rhinfels, landgrave de Hesse-Cassel, embrassa Ia religion catholique avec sa femme, en 1652.
2. En même temps que Louis XIV s'emparait du Comtat et d’Avignon, il s’assurait à Paris de la personne du nonce Ranuzzi.
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pas trop agréable. Les gazettes ont dit que le roi lui a donné un gentilhomme pour l’accompagner partout et que c’est M. de Saint-Olon (apparemment celui qui élait résident à Gênes avant le bombardement). Ce gentilhomme, devenu son domestique malgré Son Eminence, lui proposa, le mercredi 13 du mois, d'aller à la promenade. Les Tuileries, le palais d'Orléans, le Luxembourg furent présentés, mais rejetés à cause du grand monde. On prit le parti d'aller faire le tour des remparts, depuis la porte Saint-Antoine jusqu'à la porte Saint-Denis, où, étant arrivés, le nonce témoigna vouloir voir la maison de Saint-Lazare. On l'y mena. Il vit la maison et les jardins, et ensuite il dit à M. Joli, général, de lui faire préparer une chambre et à souper, parce quil voulait demeurer chez lui. Le général s’en excusa sur ce qu'il fallait permission du roi. M. de Saint-Olon parla de même. Le nonce leur dit de faire comme ils l’entendraient, mais qu'il ne sorirait point de là, à moins qu'on ne l'en tirât par force. On envoya un courrier au roi (qui était à Fontainebleau), et, le courrier étant revenu le vendredi suivant, M. le nonce demeura chez les missionnaires. Ainsi M. de Saint-Olon fera retraite, malgré lui.
Nous savions bien que le cardinal de Furstenberg avait offert sa démission de Strasbourg, mais nous ne savions pas que l’évêque de Meaux eût été proposé pour lui succéder. S'il était bien conseillé, il ne donnerait Jamais dans aucun changement. La partialité du pape dans le bref au prince Clément est trop visible, aussi bien que son entêtement, ou plutôt son peu de iète, dans le refus de l'envoyer. Il ne s’en lavera jamais, et la plaie en saignera longtemps. L'empereur aurait fait une injustice visible de refuser au cardinal une investiture qu'il ne refuse pas aux hérétiques, et la refusant en haine de la France, comme le comte de Caunitz l’a témoigné dans son discours au chapitre de
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Cologne. Jugez si ce n’est pas rompre la trève et vouloir la guerre que d’agir ainsi.
Le pape, assiégé des partisans de la maison d’Autriche, est entré dans la passion de l’empereur et lui a donné le flambeau pour allumer la guerre. Il paraît, par les dates de la lettre au cardinal d’Estrées et du mémoire ou manileste contre l’empereur, que le roi avait attendu la réponse de Rome sur cette lettre avant que de se déclarer sur la guerre, pour voir si la vue du péril ne ferait point faire au pape quelques réflexions de prudence, qui demandent quelquefois que l’on plie pour éviter des maux irrémédiables dans la suite.
Je suis bien éloigné d'approuver ce qui se fait de l’autre côté; mais la conduite ecclésiastique est plus blämable que la séculière, quand on la voit insensible aux maux et de l’Europe et de toute l'Eglise. Il vaudrait mieux que jamais ils n’eussent eu de puissance temporelle ou qu'ils l’eussent perdue entièrement que d’être l’occasion de tant de maux. Dieu sait avec quelle fureur il punira un jour ces évêques temporels et tout absorbés dans la temporalité. S'il prévoyait que l’empereur n'aurait point donné l'investiture, il n'avait qu'à le laisser faire, et si cela empèchait le cardinal d’être électeur, à la bonne heure; sans irriter le roi de France, il aurait eu ce qu'il désirait par une autre voie. Le roi soutient, contre la cabale de l’Empire et contre l'oppression des Romains, un homme qu'on persécute à son occasion et en haine de sa couronne, et sans aucun fondement, ce qui n’est qu’une suite du refus injuste de la confirmation de l'élection, très canonique et tout d’une voix, pour la coadjutorerie. On ne peut pas dire que la partialité du pape n'ait point paru. Je veux que le sujet ne soit pas bon; mais il ne faut pas faire des injustices pour l’exclure ; il y a d'autres voies. Et, s’il n’y en a point, il faut faire ce qu'on a toujours fait dans l'Eglise, qui est de prendre patience. Je me
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moque de la congrégation consistoriale. Jamais cela ne me persuadera que le droit autorise une dispense d’âge de cette nature, d'un enfant pour un archevêché et pour plusieurs autres églises, un enfant qu’on sait qui n'a nul penchant pour l’état ecclésiastique et qui n'a nul talent pour l'Eglise. Cela est abominable, outre les brigues et les simonies qui sont intervenues. Quand on donne une dispense, la première chose qu'il faut envisager, c’est la dignité du sujet. Le violement du droit est visible en cette rencontre et n’est fondé que sur cette prétention hérétique, que le pape est maître de tous les bénéfices de l'Eglise, supérieur aux canons, et qu'il est un Dicu visible sur la terre ou au moins un demi-Dieu. Le bref étant nul, parce que le pape a passé son pouvoir et a attenté contre le droit divin qui ne souffre pas qu’un enfant soit promu à l’épiscopat, et moins encore à quatre ou cinq, la postulation l'aurait emporté et la division n'aurait pas été dans le chapitre, et ce pauvre diocèse exposé maintenant en proie aux amis et aux ennemis, aux Catholiques et aux hérétiques, n1 la guerre allumée partout.
L'envoi de Champlé était une ouverture de paix. Il ne faut pas considérer ni ce qu'il avait à dire, ni ce qu'on lui aurait répondu, mais simplement son envoi. et l’entêtement des Romains à ne lui pas faire avoir audience du pape, qui la donne à des gens de la plus basse étoffe qui n'ont que des indulgences à lui demander. Je suis fâché que vous vouliez défendre une conduite si imprudente et si insoutenable.
On ne peut pas traiter plus injurieusement un prince que l’a fait le pape. Il a de grands griefs de son côté, cela est vrai; mais l’un n’excuse pas l’autre. Il ne faut pas qu'un pape compte à la rigueur avec les rois; il doit les ménager et se souvenir de l’Angleterre.
On nous a envoyé ce qui s’est fait dans les assemblées du chapitre de Notre-Dame de Paris, des curés
et des supérieurs des communautés. Ils témoignent tous être disposés à adhérer à l’appel au concile, louant
Je roi et M. de Paris sans bornes. On ne peut voir sans rire que le prieur de Saint-Germain des Prés, dom
Claude Bretagne, dise de M. l'archevêque, et à son nez, que ses conseils valent presque un concile et que sa
science est üne Sorbonne entière. Le roi est appelé Ze
centre de toutes les vertus.
Je voudrais bien, Monsieur, pouvoir recevoir votre correction sans réplique au sujet de la page 49. Si on
n'a point encore passé ces endroits dans une seconde
édition que l’on a commencée à Paris de ce volume, je ferai faire le changement. Mais au moins on le fera dans l’in-4°, que l’on commencera aussitôt que le premier volume sera un peu étendu. On y travaille. Saint Matthieu est fait, comme tout de nouveau. Il est nécessaire de ne parler de cela à qui que ce soit, car c'est un miracle comme ce livre à passé. On à fort parlé de le supprimer. M. de Montausier a fait merveille pour l'empêcher; mais on ne se rend guère, quand on a bien envie de faire du mal. Il est vrai que. présentement on a bien d’autres affaires et que la défense des versions aura un peu ralenti le zèle des antiversionnaires.
5 novembre 1688.
Je vous mandai, Monsieur, il y a huit jours, que le
4 ballot était en nos mains et que tout s’y était trouvé.
Il ne sera point nécessaire de faire d'autre copie du manuscrit thomiste ; elle paraît fort bonne. On ne tou-
chera point à la thomistiquerie; on laissera tout en l’état qu'il est. À moins qu'il ne se trouvât quelques
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faits historiques à réformer et qui fussent sans conséquence.
Je ne sais si vous avez su que le P. du Breuil a résigné sa cure. Tant qu'on lui en a parlé comme d’un moyen pour obtenir sa liberté, il n'y a point voulu entendre, pour ne paraître pas l’acheter au prix des âmes qui lui avaient été confiées et de la charge pastorale. Mais, après deux ans au moins d'intervalle, il a considéré, de son propre mouvement, qu’étant fort âgé (car il n'a guère moins de quatre-vingts ans), fort infirme, hors d'espérance d’être jamais rétabli et dans l'impuissance de servir son peuple quand on le rétablirait, et de plus apprenant que sa paroisse allait mal, faute d’un pasteur, il a consulté ses amis, et ceux qui lui avaient conseillé auparavant de ne point résioner lui ont conseillé maintenant de le faire. Il a choisi lui-même son successeur, qui est un P. Pollet, de l’Oratoire, natif de Dieppe, qui est fort bien intentionné et a beaucoup de piété et de zèle. Ce n’est pas un P. du Breuil pour le reste; mais il faut qu'il n'ait pas cru, ou en trouver un meilleur ou avoir la liberté de le choisir. Bref, l'affaire a été finie, il y a peut-être six mois, ce sujet ayant été agréé. Cependant on ne parle plus de la liberté du prisonnier ; cela justifie sa conduite et fait voir que sa liberté ni sa cure ne sont point entrées dans le négoce.
On dit que M. l'archevêque a fait dire à M. Nicole et à M. du Bois [de Brigode] que le P. de La Chaise avait donné avis au roi qu'ils tenaient chez eux des académies préjudiciables au service de Sa Majesté. Il semble qu’on cherche à leur faire une querelle d’Allemand. Je ne sais si leur crime n’est point qu’on les soupçonne d’avoir eu part ou donné des mémoires pour un petit livre qu'on a fait contre le P. Bouhours sans le nommer, et où on e rend ridicule par une critique fort ingénieuse d'un Art de bien penser dans les ouvrages d'esprit, que ce
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