‹ Un janséniste en exilChapitre 53 sur 146 · PA FR · texte numérisé non relu

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Père a fait. Cette critique cependant est imprimée à

tobre 1688.

Paris, avec privilège du roi.

Nous avons lu le factum du cardinal de Furstenberg. En vérité, il démontre la nullité de la prétendue élec tion du prince Clément. Elle fourmille de nullités, et il faut une grande plénitude de puissance pour la rendre bonne ct valide.

Quesnel à du Vaucel, à Rome

19 novembre 1688.

Vous aurez appris, Monsieur, la prise de Philips- N. bourg !, qui, avec ce que le roi a pris dans le Palatinat, | lui donne moyen de faire subsister son armée sans qu'il lui en coûte rien tout l'hiver, de mettre sous contribution tout le pays et d’attèndre ses ennemis au printemps sur leur pailler.

Je ne sais de quelle manière on regarde cette guerre à Rome, quoique je ne doute point qu'on ne l'y voie d'un œil allemand et avec un cœur autrichien. Mais cest cela même qui devrait porter les ministres du Saint-Siège à chercher les moyens de faire une bonne paix, quand la qualité de père des chrétiens que porte î le pape ne l’obligerait pas de faire son possible pour éteindre une guerre à laquelle il a donné occasion et pour empêcher que le sang chrétien ne se répande d’une manière si cruelle. Get air gai et content, qu'on lui a vu au dernier consistoire, n’est guère d’un père qui voit ses enfants s’égorger l’un l’autre; le sac, la cendre et les larmes, dans une telle conjoncture, lui siéraient bien mieux. On lui fait peut-être entendre que la ligue de l'Empire sera si forte et si puissante que le

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+ Philipsbourg fut pris après dix-neuf jours de siège, le 29 oc-

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roi de France sera infailliblement humilié et contraint

de plier. Cela peut arriver, car cela n’est pas du nombre

des choses impossibles. Cependant ce ne sera pas sans peine. Un roi qui a toutes ses frontières bien fortifiées, qui a des armées nombreuses sur pied, qui peut faire fond tous les ans sur 120, 130, 140 millions, qui par le moyen de ses magasins peut entrer en campagne quand il veut, un tel roi n’est pas si aisé à humilier, à considérer les choses humainement. Deux ou trois campagnes épuiseront toutes les finances d'Allemagne; il faudra, malgré eux, faire la paix, et trop heureux peut-être de se contenter qu’on leur rende leur pays ruiné, désolé et demantelé. Mais les avantages que

peuvent remporter les princes de l’Empire, presque

tous protestants, peuvent-ils être regardés par le pape et par l’empereur comme de véritables avantages? Est-il avantageux à l’empereur que les princes protestants deviennent si puissants, qu'ils soient ligués avec une puissante république protestante et avec les Suisses, par le moyen de quoi ils peuvent donner la loi à l’empereur, dont les armées, dorénavant, vont être fort éloignées de l’Empire? Le pape peut-il ne pas regarder avec frayeur un parti si terrible qui se forme dans le protestantisme ? La seule nouvelle de la flotte du prince d'Orange a mis la terreur dans l'Angleterre. Si ce prince réussissait, quel courage cela ne donncrait-il point aux hérétiques, qui triomphent déjà et qui s'attendent à se rétablir partout où il leur plaira? Car le pape est mal informé et ses ministres peu éclairés, s'ils ne voient pas que c'est ici une guerre de religion du côté du prince d'Orange, de la Hollande et des protestants d'Allemagne. Les gazetiers de Hollande ne s'en taisent pas, ni les manifestes du prince d'Orange. On ne voit donc pas ce qu'il ÿ aura à gagner, ni pour le pape ni pour l’empereur.

Je ne sais si on considère assez à Rome que ce serait

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une chose terriblement à craindre qu’un conclave dans cette confusion, qu'il y a tout à craindre pour un schisme qui peut aisément se former, si le roi, encore irrité, faisait avancer ses troupes vers Rome, que le collège se trouvàt partagé et que le roi fit à Rome ce qu'il fait à Cologne. C'est cette affaire de Cologne, la plus injuste qui fut jamais du côté du pape, qui parait la plus difficile à accommoder, parce que le droit du cardinal parait indubitable et les engagements de la cour de Rome et du prince Clément irrémédiables. Voilà les fruits de la prétention, erronée et schismalique, du plein pouvoir. On est bien aveugle si avec cela on se tient en sûreté de conscience, et on a été bien mal conseillé et bien abandonné de la lumière de Dieu, quand, pour avoir le plaisir de faire une démarche fière, on a fait délivrer la confirmation au prince Clément, au lieu de temporiser comme tous les sages l’espéraient, afin de voir si durant l'hiver il ne se pourrait point trouver quelque voie d'accommodement. Il sied bien à un successeur de saint Pierre et à un vicaire de Jésus-Christ de disputer de la fierté et du quant à moi avec les princes séculiers, et tout cela principalement parce qu’on entame les droits de la puissance temporelle dans les quartiers. Car, pour le reste, qui concerne l'Eglise, c'est de quoi ils ne se meltent guère en peine. Dieu veuille bien les éclairer et les convertir. aussi bien que ceux qui leur font de la peine! Car Dieu me garde d’ approuver une guerre qui va désoler la chrétienté et qu'on nent pas quand on voudra! Je ne sais comment je me suis jeté d’abord sur la politique; mais c'est que j'ai le cœur plein et pénétré

de douleur de voir une guerre s'allumer qui va désoler

l'Europe, remplir l'enfer et faire triompher les hérétiques. :

Quesnel à M de Fontpertus

6 décembre 1688.

Notre cher solitaire m'apprend que le bruit, mais un ci) bruit sourd, courait dans la province quele P. Quesnel ? pi de l’Oratoire, étant sorti de cette congrégation, s'était retiré en Hollande et s'était fait protestant. Si cette méchante nouvelle était véritable, j'en serais plus fâché et plus affligé qu’un autre; car il n'y à guère de P L2 Ro) L2 ? ! 7 L personne que j'aimasse aussi tendrement que lui; mais je veux espérer que c'est un faux bruit que les huguenots font courir pour se satisfaire.

Quesnel à du Vaucel, à Rome

17 décembre 1688.

Les nouvelles d'Angleterre sont très mauvaises. Le roi est presque abandonné de tout le monde. Le duc de Grafton, fils naturel du feu roi, et le prince de Danemark se sont rendus auprès du prince d'Orange, et le roi n’est pas trop sûr de ce qui lui reste de troupes sur terre et sur mer. Nous lûmes hier une déclaration du roi d'Angleterre, du 16 novembre, contre l’entreprise du prince d'Orange qui attaque la naissance du prince de Galles !. On dit que la reine est grosse de trois mois. Il serait bien à souhaiter que les princes catholiques fissent une bonne paix entre eux pour faire une forte ligue contre les Hollandais, qui sont liés avec tous les protestants d'Allemagne. On mande de Vienne que la France demande la paix à l'Empire avec plus d’empressement que le Turc (ce ne peut être que dans cette

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