‹ Un janséniste en exilChapitre 54 sur 146 · Né à Londres, le 20 juin de la même année · texte numérisé non relu

Né à Londres, le 20 juin de la même année

vue), et on mande aussi de France qu’on y parle de paix. Plüt à Dieu que les esprits se disposassent à une si bonne chose ! On croit qu'on abandonnerait le prince de Furstenberg. Les Français se retirent du pays de Liège, après avoir reçu la contribution. Ce serait une chose bien honorable au pape, si, après avoir formé une ligue contre le Turc qui a eu un si heureux succès, il venait encore à faire une seconde ligue en faveur des catholiques. Car ce ne sont pas seulement ceux d'Angleterre qui souffriront, si le prince d'Orange réussit dans son entreprise. Ceux d'Allemagne, de Hollande et de France auraient leur tour, le dessein de ce prince, en assujetüissant l’Angleterre, étant en partie de se venger de la France, contre laquelle il est outré, et de remettre sur pied le parti huguenot, dont le maréchal de Schomberg! pourrait se rendre le chef.

On me confirme qu'il y a eu arrêt au parlement contre le P. Deschamps * et qu'on espère me l’envoyer, quoiqu'on ne l'ait pas rendu publie. On dit que son livre ne sera point supprimé (on ne me le confirme pas néanmoins), mais qu'on fera des cartons aux endroits qui déplaisent. On me marque celui de la page 381 de sa prétendue Tradition, où, parlant de l'autorité souveraine des conciles généraux et entièrement inviolable, à laquelle on ne peut résister sans se déclarer ouvertement hérétique, il ajoute que tous les conciles, et même les généraux, ne la possèdent jamais que le Saint-Siège n'ait confirmé et comme scellé leurs arrêts. Cela est bien hardi et bien effronté d’avoir mis cela dans un livre,

1. Le maréchal de Schomberg était issu d’une ancienne famille d’Allemagne, qui servait la France depuis trois générations. Il avait obtenu, après de brillants faits d'armes en Espagne, et quoique protestant, le bâton de maréchal de France en 1615. Mais il dut quitter le service du roi à la révocation de l'Edit de Nantes et commanda en Irlande les troupes de Guillaume d'Orange.

2. Etienne-Edgard Deschamps, provincial des jésuites de Paris.

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pour l’impression duquel il faut demander au roi même permission, et dans ce même temps qu'on est si animé contre Rome. C’est bien se moquer du roi, et il le souffre. Si c'eût été un pauvre Père de l'Oratoire, la Bastille n'aurait pu lui manquer; mais un jésuite, supérieur de Saint-Louis, peut tout faire.

M. le cardinal Le Camus doit bien se garder de se déplacer. M. d’Aleth et M. de Pamiers n'ont Jamais pensé à se séparer de leurs ouailles. C’est au milieu de son peuple qu'il faut attendre l'épreuve par laquelle Dieu voudra l'exercer. Il ne faut pas fuir, mais mettre sa confiance en Dieu, qui le délivrera partout et qui partout saura bien le trouver, s'il le veut exercer, comme il a fait tous les grands évêques qui n’ont pas voulu être de ceux qui in tempore tentalionis recedunt. Sion lui demande quelque chose contre la conscience, il doit tenir ferme pour la vérité et rendre témoignage à celle qu'il croit qu'on veut violer.

Les nouvelles de Paris sont encore plus mauvaises pour l’Angleterre; mais je crois que ce sont de faux bruits, car on disait que Londres était tout en feu et que le roi la bombardait de la tour où il s'était retiré. Ce serait un terrible coup de désespoir. Il faut prier beaucoup, car 1l n'y a que Dieu qui puisse donner un puissant et suffisant secours au pauvre. prince. On dit que le roi veut attaquer la Hollande du côté de la mer et peut-être par l’écluse.

Quesnel à du Vaucel, à Rome

Ce dernier jour de l’an 1688.

Vous savez bien, Monsieur, que, quand les papes parlent pour eux-mêmes et se donnent de l’autorité au long et au large, au préjudice de lautorité des coneiles,

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on n'y a aucun égard ; et cela est de l'équité naturelle, que personne ne soil juge dans sa propre cause. Ce que M. de Marca dit de la nouveauté de ce procédé est vrai ; mais, Si On na pu trouver ce remède dans l'antiquité, c'est qu'on n'y à point aussi trouvé le mal. La nouvelle jurisprudence, que la cour romaine a introduite dans l'Eglise, ne se trouve point non plus dans l’antiquité, et les nouvelles vexations qu'ils ont inventées contre les Eglises etles Etats a obligé de recourir à des remèdes nouveaux. Ce qu'on fait par l’appel au concile est quelque chose encore de plus doux et de plus

respectueux que ce que nous voyons dans la lettre des

évèques d'Afrique au pape Célestin, qui est dans le code de l’Eglise romaine (tant les Romains d’autrefois y allaient bonnement). Ils déclarèrent, en bon français, pour ainsi dire, à ce pape qu'il ne doit pas s’aviser une autre fois d'envoyer en Afrique de ses officiers, qu'ils sauront bien gouverner eux-mêmes leurs églises sans qu'ils s’en mêlent, qu'il ne doit point recevoir les clercs qu'eux-mêmes aurontexcommuniés,

cela étant contre le concile de Nicée (c'est là comme

en appeler du pape aux conciles), qu'il ne faut pas croire que chaque église ne recçoive pas dans les occasions le Saint-Esprit aussi bien que celle de Rome, pour connaître la justice des causes et les décider avec équité, sans que le pape envoie ses exécuteurs, ce qu'il doit éviter.

Il y a eu des appellations au concile futur, et de la part de l’empereur Charles-Quint, et de la part de la France, sans que jamais il y ait eu ombre de schisme, et on en fait de fort légitimes «a futuro gravamine dans les occasions. C’est faire service aux papes qui, se mettant par des procédures à leur mode dans des engagements fâcheux, ne peuvent après en sortir avec honneur. S'il y avait eu un appel qui eût empêché le pape d'aujourd'hui de donner au prince Clément la

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‘plus injuste confirmation qui fut jamais et la plus imprudemment précipitée, l'affaire de Cologne ne serait pas quasi irrémédiable comme on l’arendue. Quiconque a donné ce conseil au pape est un franc étourdi; car, au contraire, le droit et le devoir était de temporiser et de se garder une porte pour sortir honnêtement d’un si mauvais pas, et pour pouvoir rendre une paix aussi nécessaire que serait aujourd'hui celle d’Allemagne. Je ne dis pas cela par prévention en faveur de Furstenberg. Je crois son droit bon, et sa personne, je l’abandonne, si on veut. Le droit du prince Clément ne vaut rien; sa personne nest peut-être pas si odieuse.

J'ai bien de la Joie de ce que vous me mandez du P. Massoulié! et de sa Théologie, où il doit traiter de la censure. Il leur est important de la soutenir, et il est important à la vérité même. Il est bon qu'il éerive d’une manière où il n'entre rien de la politique d’aujourd’hui, c’est-à-dire que la crainte de passer pour janséniste ne l'emporte point ni à dauber Jansénius, ni à se déclarer sur le fait contre lui, ni à embrasser les grâces suffisantes données à tout le monde indifféremment, ni à donner dans cette opinion où plusieurs nouveaux thomistes ont donné, que la grâce est nécessaire afin que le péché puisse être imputé. Je ne vous dis rien d’un petit ouvrage qui paraîtra bientôt, dont les thomistes seront bien aises, parce que je crois que M. David [Arnauld] vous en parla dernièrement. On a imprimé un petit livre de huit feuilles, en forme de Retraite sur le bonheur de la mort chrétienne. M. de Fresnes [Quesnel|, qui en est l’auteur, à ce qu'on dit, en a envoyé un couple en Hollande pour vous, de ceux qu'on lui a envoyés de Paris. On l’a réimprimé ici. Je

1. Antonin Massoulié, dominicain, assistant du général de son ordre, en 1686. Son principal ouvrage est une Apologie de saint Thomas, en deux volumes. Il réfuta aussi les quiétistes, en 1699.

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