‹ Un janséniste en exilChapitre 56 sur 146 · Sorte de navires corsaires · texte numérisé non relu

Sorte de navires corsaires

2. Ce sont les cinq articles présentés au pape Alexandre VIII. Ces cinq articles, qui furent envoyés à Rome comme tentative d'accommodement en 1662, furent surtout l’œuvre de Nicole et « une réduction, dit Sainte-Beuve, du jansénisme et de l’angustinianisme au thomisme ». Le P. Quesnel, dans la deuxième partie de son Hixplication apologétique, dit que c’est à la demande du cardinal d'Aguire qu'il fit paraître ce livre, à La fin de 1689. (Voir Explicalion apologétique, pp. 66-61.)

affaiblir son autorité ct empècher les bons effets qui peuvent arriver de l'approbation entière qu’il y donnera.

Quesnel à M°° de Fontpertuis juin 46089!

Un mot seulement, ma très chère sœur, pour vous dire une espèce d'adieu. Car il n’y a plus guère moyen de s’entretenir, au milieu de tant de bruit et au travers d’un chaos que la guerre va former entre vous et nous. Il faudra pourtant tâcher toujours d’avoir du pain, et j'espère que celui qui nous à mis ici nous y nourrira et nous conduira toujours et nous couvrira de ses ailes, jusqu’à ce que l’iniquité soit passée; mais, hélas! elle ne fait encore que commencer, et il y a bien sujet de craindre qu’elle ne se consomme pas si tôt. J’ai bien considéré tout cela et que la porte qui est encore ouverte serait peut-être fermée pour longtemps dans la suite, que la prudence et la raison voulaient qu'on se servit de la commodité présente pour se ürer du milieu du tumulte; mais de le faire seul, je n’en ai pas eu le courage, quoique Je sois bien persuadé que je ne suis ici d'aucune utilité. La résolution en est prise sans grande délibération, cet j'espère que Dieu daignera l’approuver.

Quesnel à M*° de Fontpertuis 23 iuin 1689.

Notre révérend Père abbé [Arnauld] est en bonne santé. 11 a déjà refusé les offres obligeantes qu'on lui a fait de le recevoir en sa maison profession !, où je

1. En France. (Voir, sur le même sujet, une lettre du 21 janvier 1690.)

ne doute point qu'il ne fût bien reçu; mais, comme il se trouve bien dans celle-ci, qu'il y est aimé et qu'encore que le monastère soit exposé aux courses des soldats on a obtenu de bonnes sauvegardes qui le mettront à couvert, je vois quil est résolu de n’en point sortir. Je lui en ai parlé plusieurs fois avant la guerre, mais je vois bien qu’il a pris pour toujours la résolution de demeurer en ce lieu. $’il retournait dans sa maison de profession, il serait obligé à des civilités du monde auxquelles il a renoncé, disant qu’un bon religieux ne doit faire la cour à personne. Son ancien abbé exigerait aussi de lui des choses qui seraient contraires à son inclination; il faudrait aller à tous les offices du chœur, on le ferait chanter, et il aime mieux étudier, ayant commencé certaines études et de bons écrits de théologie qu'il veut mettre à leur perfection.

Je crois bien que, s'il était assuré de retourner dans sa maison de profession, en sorte que personne ne le sût, et que par ce moyen il pût être inconnu à la plupart de ceux de sa connaissance, il ne s’en éloignerait pas quelque jour; mais, comme il ne peut espérer cela maintenant, 1l Juge que son mieux est de demeurer où la Providence l’a conduit. Vous le connaissez, il aime sa liberté, et rien ne le chagrine tant que d’être en lieu où il soit obligé d'aller faire la révérence à Monsieur et à Madame, comme son abbé l’obligerait de faire. Je l’ai entretenu seul avant de vous écrire, et Je n'ai pu tirer de lui que ce que j'en avais tiré, il y a six mois.

Quesnel au P. du. Breuil

Juillet 1689.

Vous devez bien croire, mon cher Père, que ce n’est ni la volonté ni l’inclination qui me manquent, quand vous êtes longtemps sans recevoir de mes nouvelles.

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Je prévois que j'aurai dorénavant encore plus de peine de vous en donner que par le passé. C'est pourquoi je le fais maintenant, pendant que j'en ai encore le moyen.

Quoique vous soyez dans une solitude aussi profonde que celle de la Trappe, je ne doute pas que vous n'ayez appris l’élat de l’Europe et que, vous représentant tous ces amas d'hommes quis’assemblent de toutes parts pour s'égorger, ce spectacle funeste ne vous fasse plus estimer que Jamais la retraite que Dieu vous a choisie et qui, vous séparant du reste du monde, vous fait trouver dans votre cellule un petit monde où règne la

paix, pendant que la guerre règne dans celui que vous

avez quitté.

Je prie Dieu de vous conserver cette paix et qu'il continue de vous soutenir et de vous consoler dans toutes les infirmités dont 1l permet que vous soyez toujours exercé. Je ne vous mande point de nouvelles. Je crois que d’autres, mieux informés que moi, vous en informent avec soin vous-même.

On n'aura pas manqué de vous envoyer la tragédie d'Esther, qui vous aura beaucoup plu. Je l'ai lue avec grand plaisir. Tous les sentiments de la piété chrétienne et les maximes d’un cœur vraiment royal y sont si heureusement exprimés qu'on ne peut qu'on n’en soit touché. Si on s'était contenté de la mettre sur le papier, j'en serais encore plus content.

1. Les jansénistes, moralistes sévères, répugnaient à la forme théatrale, et l'abbé Duguet écrit, dans le même sens, à M° d'Epernon, qui lui avait envoyé la tragédie d’Esther : « Je l'ai trouvée parfaitement belle. Je ne voudrais pas néanmoins y avoir assisté, de peur d'autoriser les spectacles, dont les plus innocents ne le sont jamais assez. Les grandes assemblées sont toujours dangereuses. La curiosité n’est jamais une vertu, et le plaisir des sens ne peut devenir spirituel ni chrétien. Je ne pense ceci que pour moi, car je n'aime à juger ni à condamner personne. » (Lettre inédite de Duguet, 9 avril 1689. — Bibl. de M. Gazier.)

Es 9

Quesnel à 6 janvier 1690.

Je voudrais pouvoir attraper le livre d’un Jésuite toulousain, nommé, ce me semble, Gisbert!. Je ne sais pas le titre du livre, car l’on s’en est saisi pour retrancher certaines circonstances qu'il avait imaginées des amours et de la jalousie de saint Jean et de saint Luc pour la Vierge.

Un P. Galimard, jésuite, à fait imprimer deux livres : l'Art de former l'esprit et le cœur d'un prince, et l’autre, /a Véritable phalosophie?. Tout cela est pour M. le duc de Bourgogne. Vous voyez que la guerre n’empêche pas les écrivains de répandre de l'encre. On me mande de Paris que, si ce qu'on dit est véritable, nous entendrons le bruit des bombes. On écrit, en effet, d’ailleurs, que le roi doit venir le mois prochain avec une puissante armée. Je n'aime point tout cela, et Je crains en effet que, s'ils veulent faire quelque chose, ce ne soit de la bombardie sur Bruxelles, pour se venger du gouverneur,qu'ils croient cause de la guerre de Flandre et de l'interdit du commerce. |

Quesnel à du Vaucel

Bruxelles, 13 janvier 1690,

L’écritlatin? revint hier de Paris; je vas incessamment le faire imprimer, et il ne tiendra pas à moi que je ne

1. Le P. Blaise Gisbert, jésuite, qui prêcha avec succès. Il mourut à Montpellier, en 1731.

2. L'Art d'élever un prince, par le P. Marc-Antoine de Foix, publié après sa mort par le P. Galimard (1687, in-4°), et réimprimé, l’année suivante, sous le titre indiqué par Quesnel.

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