Le Coram, voir note du 24 avril
vous en envoie dans huitaine. Ils l'ont renvoyé tel qu'on l'avait envoyé, sans y rien changer. Quoiqu’ ils le trouvent bien, j'ai peur que la paresse et la crainte
qu'on ne vit de leur écriture n’y aient un peu de part.
M. D. [Arnauld]|!' ne veut point absolument écrire au sieur de Saint-Martin |/e pape]. Il paraïtrait, dit-il, vouloir faire le chef de parti et se vouloir faire de fête auprès de ce prélat à cause de son crédit. Comme je le vois très roide sur cela, supposez qu'il ne le fera pas et voyez si celte lettre peut être suppléée. J’ai bien proposé qu'il souscrivit au moins les articles, après les signatures des deux théologiens qui y seront, et il ne m'a pas paru éloigné de cela. On pourrait, ce me semble, faire pressentir de sa part ces articles à ce prélat, en lui disant que la crainte de faire une chose, qui peut-être ne lui agréerait pas, l’a empêché de lui écrire ; que l'état où il est d'homme caché, éloigné de son pays, désagréable à la cour, lui a fait craindre aussi que cette démarche ne le fit passer auprès du roi pour un homme qui sintrigue et qui pourrait donner des avis contraires à ses intérêts. Je verrai si je le pourrai faire entrer dans la résolution d'écrire au cardinal de Bouillon. En cas que non, ce serait à vous de trouver quelque canal pour aller où vous voulez qu'on aille.
La fermeté qu'a le pape sur les différends avec la France est louable, en supposant, comme il est à propos de le faire, que cette fermeté vient de l'amour de la justice et de l'Eglise.
Je souhaiterais qu'il s’appliquât à procurer en même temps une plus grande liberté à l'Eglise de France et à l’affranchir de la domination des ordres temporels. Car n'est-ce pas une honte qu'une église d'Agde soit
sans évêque, il y a près de trente ans, et qu'on envoie
1. Arnauld écrit lui-même à du Vaucel, le 30 décembre 1689 : « Je n'ai point d'inclination d'écrire au restaurateur du népotisme. Cela serait encore moins à propos, se brouillant avec la France. »
promener son évêque! d’exil en exil, sans aucune raison? Car était-ce une raison que la disgräce de son frère? Etait-il moins en état de cabaler dans un autre diocèse que dans un aussi petit diocèse que celui d'Agde? N’estil pas notoire qu’il n’y a que la haine des Jésuites qui le tienne ainsi dans l'oppression, pendant que les enfants mêmes de M. Fouquet ont toute liberté et sont dans Paris et à la cour? Un pape n’aurait-il pas droit de se plaindre d’une telle vexation faite à l'Eglise en la personne de ses évêques?
C'est encore une chose inouïe qu’un monastère tel que celui de Port-Royal soit empêché de recevoir des novices et des pensionnaires depuis dix ans, non par l’ordre de ses supérieurs ecclésiastiques, mais par un ordre du roi porté par l'archevêque, leur supérieur. Il me semble que, si les choses s’accommodent, il serait aisé d’y faire entrer ces sortes de choses. Je souhaïiteraisque M. le cardinal Le Camus allât à Rome; il pourrait y être utile dans ces conjonctures et dans cette crise. Il aurait occasion de faire envisager la domination de la société et de la cour pour la doctrine, en parlant de ce qu'il a vu dans son diocèse au sujet de l'écrit des Pères de l’Oratoire. L'écrit latin lui donnerait occasion d’engager le pape à supprimer les signatures, qui ne sont « aux Jésuites que ce qu'est une épée dans la main d’un furieux, et à faire cesser les accusations vagues de jansénisme et d'hérésie. Il y ferait connaître les Pères, et il trouverait peut-être assez de correspondance dans l'esprit du pape pour le porter à les rabaisser.
Quesnel à M°° de Fontpertuis
Bruxelles, 21 janvier 1690.
Tout se porte bien dans notre abbaye. Dom lAncien 4
(Arnauld\ vieillit toujours. Il ne demanderait pas