‹ Un janséniste en exilChapitre 80 sur 146 · Insigne des chevaliers du Saint-Esprit · texte numérisé non relu

Insigne des chevaliers du Saint-Esprit

même trop sage pour aspirer à cette distinction si chère. Voilà donc M. de Tourreil! de l’Académie française. Je crois qu'il est fort content, car je lui ai vu autrefois un grand goût pour tout ce qui est du bel esprit. J’ai été jadis fort de ses cousins.

Quesnel à du Vaucel, à Rome

22 février 41692.

Je n’entends plus parler du P. Bouhours. Les gazettes et les faiseurs de nouvelles historiques de Hollande en ont parlé. S'il ne se fût point avisé de charser les jansénistes de cette affaire, nises amis de faire des fables pour le justifier, on en aurait encore moins parlé.

Je vois bien la sotte affectation des Pères de vouloir que le P. Tellier soit de la famille de M. le chancelier défunt. C’est pour cela qu'ils affectent de mettre dans leurs Mémoires le nom de baptême de ce Père, qui est Michel, aussi bien que celui de M. le chancelier; mais on à toujours écrit le P. Tellier, et non Le Tellier. Vous pouvez dire hardiment que c’est une fausseté ?. On le fera savoir au prélat. C’est une grande pitié que l'affaire de ce Père soit entre les mains d’un pauvre homme, comme vous le marquez ; mais, apparemment, les cardinaux qui sont bien informés de l’affaire le relèveront s'ils lui voient faire des faux pas.

Nous sommes édifiés de ce qu'on a dit au Saint-Office

1. Jacques de Tourreil, littérateur, traducteur de Démosthène, élu à l’Académie française, en 1692, au fauteuil de Michel Le Clerc.

2. Lors de sa première entrevue avec le roi, celui-ci lui demanda s’il était parent de MM. Le Tellier (le chancelier et ses fils) : « Moi, Sire, répondit le jésuite en s'anéantissant, je suis un pauvre paysan de la basse Normandie, où mon père était un fermier. »

touchant l’Ecriture en langue vulgaire!. Les Jésuites ne s’y opposeront pas, s'ils ont dessein de donner le Nouveau Testament du P. Bouhours.

On conte toujours, dit-on, d’étranges histoires de l’official Chéron. Un magistrat a dit qu'il avait vu son contrat de mariage. Quelqu'un a dit depuis qu'il était antérieur à sa prêtrise. On convient qu'il a été le principal conseil de M. l'archevêque, dans toutes Les grandes affaires de la Régale, de l'Enfance, etc. Le sieur Mauroy est toujours bien traité à l’officialité. Il a liberté de voir tous ses amis. On lui a fait boiser une chambre; M. l'archevêque lui envoie des mets de sa table. Ceux qui ont vu ses interrogatoires par M. le lieutenant civil disent qu'il a avoué devoir plus de 100.000 livres, quoiqu'il n'ait que 8.000 en tout de fonde pour tout bien; 2° qu'il a donné 30.000 livres à une demoiselle pour la marier à un conseiller de ses amis; 3° qu'il a donné pour 12.000 livres d’ornements à Saint-Lazare; 4° un carrosse et trois beaux chevaux à son général, M. Joli, et que, depuis sa fuite, il était revenu à Paris, d’où il avait emmené à Saint-Denis deux femmes débauchées.

Quesnel à du Vaucel, à Rome

Bruxelles, 29 février 1692.

On nous envoya hier une thèse des jésuites de Paris, soutenue le 26 février. S'il y avait d'avoir justice en France, il y aurait lieu sur cela de la demander; mais qui la fera? Les jésuites sont les maîtres et, si les Romains n'y prennent garde, quand ils voudront les bumilier, ils ne le pourront plus. Il est temps de prendre de bonnes mesures pour cela, car ils prennent

- & J'ai bien de la joie, écrit Arnauld le même jour, de ce qu'a dit |

le Haea à Casanate pour empêcher qu'on ne renouvelât les défenses de lire lEcriture en langue vulgaire. »

acte (ces Pères) de la tolérance qu'on a pour leurs erreurs et pour leurs insolences.

Mon zèle ne va pas Jusqu'à désirer que l’on nous vienne déloger d'ici; mais, comme ce serait un très grand malheur pour la religion que le prince d'Orange eût d'heureux succès, et que les protestants ligués avec lui en deviendraient fiers, insolents et assez puissants pour opprimer l'Eglise partout où ils sont, j'ai de la joie quand ils sont humiliés et ceux des catholiques qui sont unis avec les ennemis de l’Église en faveur d’un usurpateur. Et je crois que tous ceux qui aiment la religion doivent être dans ces sentiments. L'armée du roi est maintenant l’armée des catholiques, et la seule purement catholique. ;

M. Du Pin, qui est laborieux à toute outrance, veut donner toute la Bible avec des notes latines et en donner en même temps une version.

La fable apologétique du Cygne et des Canards sauvages à été traduite en latin par divers poètes. On dit qu'on l’attribue au P. Fouquier, jésuite. Celui qui est recteur du collège de Louis-le-Grand est un P. Ayrauld, fils d’un jurisconsulte d'Angers, qui a été confesseur de la dernière reine d’Espagne.

Quesnel à du Vaucel, à Rome

Bruxelles, 1 mars 1692.

Voici un.extrait du discours de M. Charpentier, doyen de l’Académie française, à la réception de M. Pavillon, du 17 décembre 1691 :

« Il ne faut point chercher hors de vous-même les « choses qui vous rendent estimable. Cependant, Mon- « sieur, Je ne puis m'empêcher de réfléchir sur la « mémoire d'un saint évêque avec qui vous avez été si « étroitement uni par les liens du sang. L'éclat de sa

« piété et de ses autres vertus rejaillira éternellement « sur vous, et tout le clergé de France, qui l’a regardé « comme une de ses plus vives lumières, le diocèse « d’Aleth, qui a été l'héritage que le Seigneur lui avait « donné à cultiver, en un mot le royaume entier, qui «a si souvent profité de ses instructions et de ses « exemples, auront toujours une singulière vénération « pour lui et une estime très sincère pour tout ce qui « porte son nom. »

On m'’écrit que le magasin de toutes les pièces que

les J. J. jésuites] composent depuis quelque temps contre leurs adversaires est dans le collège de Louisle-Grand. C’est là que les libraires en vont prendre. ‘ Hélas! voilà le pauvre chevalier de Tourreil disgracié et obligé de sortir de chez M. de Pontchartrain. On dit que c’est à cause des louanges qu'il a données à ce ministre dans son mémoire à l’Académie, sur lesquelles on prétend qu'il s'étendit beaucoup; ce qui a si fort fâché ce ministre qu'il lui fit dire de sortir et de ne se présenter jamais devant lui. On ajoute qu'il a été inexorable aux prières de ses meilleurs amis. On prétend que c’est la raison qu’on produit au dehors, mais qu’il y en à d'autres. On dit qu'un académicien, nommé l'abbé Régnier des Marais, tout jésuite, ne lui voulait pas du bien; d’autres, qu'il a des parents embarrassés dans l'affaire de l'Enfance, et on pourrait bien avoir dit au maitre qu'il était dangereux qu'il eût comme un espion de ces gens-là chez lui.

On dit que c'est un P. Benier qui est auteur de l'Avertissement qu'on a réfuté par la Bourrade, c'est-àdire par l'écrit intitulé : le P. Bouhours convaincu de nouveau, etc. Le roi a donné au chevalier de Pomponne! le régiment de Bourgogne; c'est un présent de 40.000 écus. |

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