‹ Un janséniste en exilChapitre 89 sur 146 · SE PP EE · texte numérisé non relu

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en produisant leurs signatures, leurs lettres. Ces théologiens se sont bien justifiés; mais enfin la puissance de leurs adversaires a prévalu, et on a exilé cinq ou six de ces messieurs. Vous voyez par là que la paix n'est pas encore dans le monde entre les théologiens.

. Quesnel à M°° de Fontpertuis

3 juin 1692.

On vous aura dit la maladie de notre bon P. Ernest van Ruth d’Ans.Il nous a fait tout à fait peur et, depuis dix jours qu'il est malade (car ce fut le jour de la Pentecôte qu'il le devint), il n’a point été hors de danger; mais nous croyons aujourd'hui qu’il n’y en a plus ; j'en attends néanmoins la confirmation de la bouche des oracles. Je n'ai pas voulu vous laisser languir plus longtemps dans la crainte. Vous savez que, dans l’élat où sont maintenant les affaires de l’abbaye, 1l nous eût fait grande faute et que nous eussions été dans un étrange embarras. Mais Dieu ne nous en a donné que la peur, comme nous l’espérons.

Je ne doute point que l’on n’en ait donné avis à nos bonnes dames de la Viémur [Religieuses de Port-Royal! afin qu'elles levassent les mains au ciel. Je prie Dieu qu'il ait soin, d’un autre côté, de conserver ce que vous avez de plus cher au monde au milieu des plus grands périls. Votre sollicitude est grande sans doute à l'heure qu'il est, et J'ai bien pensé à vous, quand j'ai oui parler d’un combat de mer donné le 29 et pour le succès duquel on a bien tiré du canon en ce pays. L'on dit que quatre vaisseaux français onf sauté en l’air!.

1. Combat naval de la Hogue, où quatorze vaisseaux français furent détruits.

6 juin 1692.

La situation du P. de Noris est un peu incommode; mais, habile homme comme il est, il se tirera bien d'affaire, et il devrait entretenir le pape sur l'excès des prétentions des canonistes en faveur de la cour de Rome et lui faire connaître qu'on ne doit point s'amuser à contester avec les théologiens français sur les prérogatives du Saint-Siège, parce que ces contestations ne servent qu'à réveiller les esprits et à mettre les écrivains en humeur; mais que le capital est de bien soutenir la primauté du Saint-Siège contre les hérétiques quila combattent et la traiter d’une manière fort honnête et fort modérée, qui les persuade de la vérité sans les irriter contre ceux qui les combattent.

Les desseins du pape sont fort louables. Je voudrais qu'il fût bien persuadé que les Rouliers | ?ésuites] sont le plus grand fléau de l'Eglise et qu'il n’y a point de bonne œuvre pareille à celle de les humilier et de les mettre en état de ne pas détruire tout le bien, comme ils font. Vous verrez par le placard des grands vicaires de Tournay, qui est de leur façon, comment ils poussent toujours leur pointe à décrier tout ce qu'il y a de meilleurs ouvriers dans les diocèses.

Vous aurez su que les galères se sont rendues maîtres d'Oneglia!.

Le comte d’Estrées est passé à Brest, puisque M°° de Fontpertuis, qui était fort en peine de son fils, a reçu nouvelle qu'il était à Brest. Les vents ont fait un grand préjudice au dessein du roi d'Angleterre. Car, si

1. Ville d'Italie, enclavée dans l'Etat de Gênes, bombardée en 1692 par l’armée de Catinat.

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