‹ Un janséniste en exilChapitre 9 sur 146 · EME VA · texte numérisé non relu

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ou pélagienne que janséniste. Et cependant que nos Pères se croyaient en assurance sur cette parole, nos adversaires ont trouvé moyen de faire renvoyer l'affaire au roi. On ne sait point si Sa Majesté l’a fait examiner de nouveau à Paris: mais enfin on lui a fait entendre que cette thèse était pleine de jansénisme, et on à rendu un arrêt au Conseil, par lequel le professeur, nommé le P. Archaimbaud!, est intérdit par tout le royaume et relégué à Montmorency, « pour avoir, dit larrèt, renouvelé et soutenu dans cette thèse toutes les cinq propositions de Jansénius ».

On croit qu'il n’est plus temps de dissimuler et que l’Oratoire doit demander justice au roi, comme on pourrait faire par une requête qui exposât l’état des choses, l'injustice et la mauvaise foi de nos adversaires, et le dessein qu'ils ont de ruiner notre congrégation.

Faites-nous, s’il vous plait, cette grâce, Monseigneur, de nous dire ce que nous pouvons faire, quelles mesures nous pouvons prendre et quels secours on peut attendre de Nosseigneurs les évêques.

Quesnel à Etienne Le Camus

Décembre 1676.

MoxsEIGNEURr.

Je ne suis point surpris d'apprendre, par la lettre dont Votre Grandeur m’a honoré, qu'on parle en mauvaise part de notre congrégation en plusieurs endroits

1. Nous avons sous les yeux une lettre manuscrite de ce P. Archaimbaud à Quesnel(3 octobre 1616). 1 voudrait obtenir quelques approbations à sa thèse « pour censurer la censure de ceux qui l'ont censuré »: puis il ajoute : « Nous ne faisons que commencer à souffrir, nous devons bien nous attendre à autre chose, puisqu'on commence à envoyer nos Pères hors de nos maisons, » (Archives d'Amersfoort.)

du royaume et qu'on s'efforce de rendre notre doctrine suspecte auprès de Nosseigneurs les évêques. Il y a longtemps que nos ennemis déclarés emploient toutes sortes d'artifices pour nous décrier dans leur esprit, et qu'ils tâchent même de nous faire passer auprès des puissances pour des personnes remplies d'erreurs et mal intentionnées pour le bien de l'Etat. Mais leur animosité et leur malignité contre nous s’est tellement augmentée, depuis quatre à cinq ans, que, s’il suffit d'être accusé pour être criminel, nous devons passer pour coupables des plus grandes hérésies dans l'esprit de beaucoup de personnes.

Quesnel à M. Vialart!, évéque de Chälons

Novembre 1618.

Je me suis donné l’honneur de vous écrire, il y a environ trois semaines. Je vous mandai alors, Monsei-

gneur, ce qui s'était fait dans une misérable assemblée

où j'avais le bonheur de n'être pas?. Quelque désir que j'aie d'en pouvoir ensevelir et enterrer la mémoire, je crois vous devoir envoyer ce que l’on en a imprimé. Vous y verrez un exemple déplorable d’une domination terrible dans un prélat, et, d’un autre côté, d’une faiblesse inconcevable et d’une crainte qui a empêché

1. Félix Vialart de Herse, évêque de Châälons-sur-Marne (1640-1680), un des prélats les plus pieux et les plus éclairés du clergé de France, avait approuvé, en 1671, la première édition du livre du P. Quesnel, Abrégé de la morale de l'Evangile, ou Pensées chrétiennes sur le texte des quatre évangélistes. Ce simple ouvrage était destiné à un retentissement considérable et tout à fait inattendu.

2. Fameuse assemblée où M. de Harlay, archevêque de Paris, fait un premier essai pour altérer l'esprit de l’Oratoire et « purger de jansénisme » la congrégation,

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ces pauvres gens de discerner même ce qu'on leur demandait d'avec ce qu'on ne leur demandait pas, et qui les a fait aller plus loin qu'on ne les voulait pousser. Il est vrai que le P. Thomassin! a été l’âme de toute cette cabale et qu'il s’est servi de la faveur de son protecteur pour établir ses sentiments. À quoi le bon P. de Mouchy a beaucoup servi, ayant intimidé tout le monde par sa crainte, que l’on a trouvée d'autant mieux fondée qu’on sait qu'il approche M. le Chancelier et que ce magistrat a beaucoup de confiance en lui. Enfin, l'abandon où on s’est trouvé en toutes occasions, où l’on n’a trouvé ni évêques, ni docteurs qui voulussent rendre témoignage aux propositions Îles plus catholiques, quand une fois elles étaient accusées devant les puissances, a fait que les autres ont lâché le pied sans rien examiner, s'étant contentés de se persuader que l’on sauvait la prédestination gratuite et la grâce efficace, — ce qui n'est pas, à mon avis. La Letire au roi à été dictée par Mf' l'archevêque, et le reste dressé par ses ordres et selon ses idées. Il y a sujet de craindre qu'on ne fasse recevoir ce nouveau formulaire par toutes les communautés, car Le prélat a déjà envoyé quérir les assistants de Sainte-Geneviève et leur a dit de venir demander aux nôtres copie de ces papiers et de s'y conformer. [ls se sont arrètés à saint Thomas, et ils ont bien fait. Mais je ne sais si on se contentera de cela.

1. Louis Thomassin, né en 1629, entra à l'Oratoire à l'âge de quatorze ans. Il était professeur à Saint-Magloire depuis 1654. D'un caractère très timide et grand travailleur, il fut toujours épouvanté de tout ce qui pouvait déranger l’uniformité de sa vie. M. de Pontchâteau, dans son Journal (Sainte-Beuve, Port-Royal, V, 333), dit, comme Quesnel, que le P. Thomassin a été le promoteur de tout ce qui s’est passé à l’assemblée de 16178 : « Cet homme a été autrefois très attaché à la doctrine de saint Augustin; la crainte d'être persécuté et d’être obligé de quitter le séjour de Paris et ses livres lui donna la pensée de changer de sentiment. Et, comme on le décriait sur tout, il changea aussi à l'égard de tout, » ;

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Quesnel à un Père de l'Oratoire

24 juillet 1619.

Je ne sais si vous savez l’histoire du sermon de Reims, à Saint-Pierre-aux-Nonnes:; cela mériterait bien que M. l'archevêque en fût informé. Le recteur des jésuites d'ici, qui est plein de l’idée d’un certain paradis qu'il a fabriqué, où il prétend qu'il y aura des violons et des festins, et tout ce qui sert aujourd’hui à faire les parties de divertissement, prèêchant une de ces pauvres nonnes, après avoir fait sa description en lui donnant des yeux de Vénus, le sein d’une Danaëé, etc., et avoir donné à son époux la beauté d’un Adonis, dit enfin que, pour ces belles noces, 11 ne manquait que les violons, mais qu'après tout ils n'y manqueraient pas, parce que le corps-de la novice était un véritable violon qui devait servir à cette harmonie, ou plutôt un orgue composé de soixante et je ne sais combien de tuyaux. J'ai vu la lettre d’un bénédictin de Reims, de la congrégation de Saint-Maur, qui dit qu'il fut bien un quart d'heure à jouer sur ce violon, et l’on ajoute que Île regret du prêtre qui était en fonction fut de n'avoir pas quitté la chasuble à l’offertoire et laissé là la messe, parce qu'il fut obligé de l’achever dans un combat perpétuel des imaginations dont ce beau sermon l'avait rempli. [l faudra pourtant bien s'assurer si c'est au vrai le recteur, nommé le P. Comisin le vieux. Je sais bien qu'il était à Reims en ce temps-là. Le bénédictin en fait une telle description que c’est lui-même, et toute la ville dit ici que c’est lui. Il y retourne demain ou après, je ne sais pourquoi.

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Quesnel à Antoine Arnauld\ 5 décembre 1619.

Je m'étais, Monsieur, mon très cher et très honoré oncle, donné l'honneur de vous écrire deux lettres, depuis la dernière que vous avez reçue de moi; mais, ayant trouvé un homme qui a un petit commerce, qui m'a dit que vous étiez allé en voyage, je ne vous les ai point envoyées. Elles m'ont servi à allumer mon feu, ce qui est toujours de quelque sorte d'usage.

Mon petit cousin? m'a mandé que vous vous portiez bien, ce dont, mon cher de j'ai bien de la joie, je vous en assure; et c’est, ue la seule que Je puisse avoir, n'ayant pas ie d’être auprès de vous. J'étudie toujours, mais avec mes études j'étudie le monde, qui est un grand et beau lieu, et où il y a bien des choses à apprendre. M. Ie duc d’York est viceroi d'Écosse, où il est à présent. On l’a fait aussi viceroi d'Irlande. M. d'Albon#, qui était un grand dévot, est mort. M. Picoté, prètre de Saint-Sulpice, qui était un grand directeur, est mort aussi. Le mariage de M. de La Roche-Guyon et de M"° de Louvois' s’est fait le jeudi 22 de novembre, en plein midi, à Saint-Roch, paroisse de la demoiselle. Il y eut un très grand souper et une illumination chez M. de Louvois. Vous autres

1. Antoine Arnauld, qui fut, dit Sainte-Beuve, traqué et caché trentequatre ans sur cinquante, quitta secrètement la France, le 17 juin 1679, pour n’y plus rentrer. Cette lettre lui est adressée à Valenciennes.

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