Jean Racine
M. de Tourville est à Brest, où il presse furieusement le radoubement des vaisseaux endommagés. On espère en avoir plus de soixante-dix à la fin du mois. Les ennemis n’ont encore rien entrepris depuis leur victoire. On m'a mandé que son vaisseau avait reçu plus de
760 coups à eau et 3.000 à bois, et que, de son bord, on avait tiré 17.000 coups et jusqu’à la dernière livre de poudre.
Voilà les quatre évêques morts!, et morts en odeur de sainteté. C’est quelque chose qui mérite bien d’être pesé à Rome dans l'affaire du formulaire, et qui doit faire bien de la honte aux jésuites et à M. de Paris, qui ont persécuté ce qu’il y avait de plus saint dans lépiscopat. Et si on faisait revivre le formulaire, en l’étendant même à des lieux où il n'a jamais été connu, ce serait bien déshonorer la mémoire de ces saints, au lieu de reconnaitre l'obligation que leur a l'Eglise d’avoir tenu ferme contre la nouvelle hérésie que les Jésuites voulaient introduire à la faveur de ce formulaire.
Quesnel au P. du Breuil?
Bruxelles, 9 juillet 1692.
Puisque vous voilà, mon très cher Père, à votre septième station, vous avez droit à l’indulgence plénière. Celle que vous avez gagnée à Rome ne vous a jamais tant coûté. Mais, si les hommes ne se peuvent résoudre à vous l’accorder, Dieu vous rendra justice
1. Les quatre évèques engagés dans la cause de Port-Royal, au xvur° siècle : MM.Pavillon,évèque d’Aleth ; Henri Arnauld, évêque d'Angers ; de Buzanval, évêque de Beauvais, et de Caulet, évèque de Pamiers.
2. Cette lettre a été citée par Sainte-Beuve dans son Port-Royal, t. IV, p. 10, et nous en avons eu une copie dans les papiers de Quesnel, à Amersfoort:
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d'une manière qui vous dédommagera bien de toutes vos pertes.
Cependant on nous flatte toujours de l'espérance d'une indulgence réelle. Quelle joie si cela arrivait bientôt ! Il arriverait sans doute si le voile qu'on a mis sur les yeux de notre conquérant venait à être arçaché par cette main invisible qui peut tout. Namur, qui vient de tomber devant lui, ne serait pas une conquête si glorieuse pour son nom que la chute de ce voile qui lui cache tout le bien que Dieu a mis en vous et l'innocence de votre conduite.
Vous voilà au moins un peu rapproché du monde et des habitants de la terre. Je ne sais si, pour cela, on pourra avoir plus de communication avec vous, non pour vous entretenir beaucoup de ce qui s’y passe; car, hélas ! que se passe-t-il qui mérite qu'on s'en entretienne ? Vous avez connu le monde: il estencore aujour- d’hui tel que vous l’avez laissé il y a dix ans: la terre toujours le théâtre des passions des hommes, toujours couverte des funestes effets de ces passions ; toujours des guerres entre les princes, toujours des disputes entre les savants, toujours des procès entre les enfants d'Adam, toujours des contéstations même entre Les personnes qui semblent les plus dépourvues de tout ce qui fait naître la division etles dissensionsentre les hommes. Oui, les religieux de la Trappe, qui font profession de la plus étroite pauvreté et du plus parfait renoncement, ne laissent pas de plaider, au moins leur abbé pour eux. [Il ne s’agit ni de leurs privilèges, ni de leurs exemptions, n1 de la mesure de leur capuchon, ni du domaine et de l'usage de leur pain etde leurs légumes. Il est question de la nourriture de l'esprit, qui est la science.
Les cordeliers, comme on sait, voulaient bien autrefois avoir l'usage de leur pain et de leur vin, mais ils n'en voulaient avoir ni la propriété ni le domaine.
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L'abbé de la Trappe, qui aspire à une plus grande pauvreté spirituelle que les moines à l’égard de leur pauvreté matérielle, ne veut avoir ni la propriété, ni le domaine, ni l'usage même de la science; etil a fait un grand livre contre le P. Mabillon, qui est l’avocat de l’adverse partie, pour prouver que les moines non seulement n'en doivent point faire, mais ne doivent pas être en état d'en faire, étant obligés de s’interdire l’étude et la science, hors celle de l’Ecriture!. Le P. Mabillon. à ce qu'on dit, va faire paraître une réfulation du livre de l’abbé de la Trappe, qui lui-même à réfuté celui de ce Père, Des Etudes monastiques. Et cet abbé, déjà auteur de cinq grands volumes in-quarto, outre les petits, fera tant par ses livres que, dans le monde, on aura peine àse persuader qu'il soit si ennemi de la science qu'il semble le vouloir être. Après cela, vous ne vous étonnerez pas qu’il vait des disputes entre les Jansénistes et les molinistes sur la grâce, entre les antiquaires et les médaillistes sur les médailles et les inscriptions anciennes, entre les historiens et les critiques sur les livres et les auteurs.
Il y a encore une autre querelle entre M. Du Pin, qui a fait imprimer une nouvelle Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, et un bénédictin de la congrégation de Saint-Vanne. M. de Meaux n’est pas non plus content de ce docteur à qui il prétend faire corriger beaucoup de choses, et surtout ce qu'ila dit de saint Un. qu'il ne ONE pas avec le respect qu'il devrait.
Vous aurez peut-être aussi entendu parler de lhistoire du faux Arnauld et de tous les écrits faits contre lui, et qui ont succédé à ceux du Péché philosophique. Vous voyez donc, mon cher Père, comment le monde est encore livré à la dispute et aux contestations, et
1. L'abbé de Rancé déclarait « que les moines n'ont point été destinés pour l'étude, mais pour la pénitence ».
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que c'estun des sujets qui vous doit faire estimer la retraite et l'éloignement qui vous met en élat de ne prendre aucune part aux différends des hommes et de jouir tout à votre aise de la paix de Dieu, dans la prière et dans la méditation de sa loi.
Votre illustre ami [Arnauld] est, Dieu merci, en bonne santé et bien content de son état, sans empressement pour aucun changement particulier, n'en voulant point qu'avec le reste de safamille et de ses amis.
Le P.Quesnel est toujours je ne sais où ; mais, quelque part qu'il soit, je suis assuré qu'il vous honore toujours et plus que jamais. On a imprimé à Paris /es Réflexions sur le Nouveau Testament, qui sont augmentées sur les Evangiles. Elles ont été bien reçues
Je ne sais si vous avez entendu parler des cinq te publiés de nouveau sous le pontificat d'Alexandre VIII, et qui sont un exposé des sentiments des disciples de saint Augustin sur la matière des cinq propositions. On a fait beaucoup décrits contre, mais on en a condamné à Rome quelques-uns, etles cinq articles sont demeurés sains et saufs. Les dominicains se sont hautement déclarés pour ces articles, et ils sont hors d’alteinte et approuvés au moins tacitement. Peut-être un jour le seront-ils positivement. Un P. Massoulié, dominicain de la province de Toulouse, a fait imprimer à Romeun Traité de la gräce qui va paraître, dédié peut-être au pape, etoù les cinq articles seront même insérés et défendus. Ce Père est à Rome.
Quesnel à Nicole 10 juillet 4692.
Je vous rends grâces, Monsieur, de vos deux dernières lettres, qui me sont toujours, comme tout ce qui me vient de vous, très précieuses, et je le dis très sincèrement.
Vous auriez pu savoir qu’on va faire une nouvelle édition du livre que vous aimez trop. Le libraire m'a surpris. Je me disposais à revoir à loisir età petits pas l'ouvrage, et j'avais commencé. Maintenant il faut courir à grands pas, et tout ce que je puis faire est de chercher les phrases renversées, et je vous puis assurer que, tant que j'en trouve, je fais main basse dessus.
Je suis bien loin de mon compte, Monsieur, à l'égard de votre mal; car, comme 1ly avait longtemps que je n’en avais oui parler, Je m'étais flatté de la pensée qu'il vous avait quitté sans dire mot etque vous n'’aviez pas couru après. Mais je vois, par ce que vous me mandez de la trop assidue compagnie qu’il vous a faite cet hiver, qu'il est plus aisé de se défaire d’une rente sur les Incurables que d’empècher de s’érigeren incurable un mal qui aentrepris de se faire donner ce titre d'honneur. Voilà comme l'ambition se fourre partout, et que, désespérant de pouvoir loger chez le malade, elle ne dédaigne pas de s'attacher à la maladie.
Plût à Dieu qu’elle ne s’attachât point aussi quelquefois à la pauvreté mème et qu’elle ne se fourrât jamais dans le froc des moines? Leurs imaginations ne seraient pas sans retour, ni leurs différends si échauffés. Nous ne prenons pas grande part à celui des Éudes monastiques, tout moines que nous sommes. Le livre est depuis fort peu de temps dans notre monastère. Notre abbé, qui a pris aujourd’hui médecine, en fait sa lecture d’infirmerie. Îl y trouve de fort belles choses et fort raisonnables ; mais je ne dis pas qu'elles soient toutes décisives contre son adversaire. Il a aussi, de son côté, des raisons et des autorités. Quand je serais en état de me mêler de les accommoder, je n'aurais garde de m'y engager. Je suis sûr que j y perdrais ma peine.
Le livre de la Défense des nouveaux chrétiens, du P. Tellier, a eu un sort qui est encore un peu douteux. Si les choses s'étaient passées avec ordre et sans cabale,
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il aurait été condamné hautement, et 1l l’a été autrefois; car, après le rapport de celui qui en était chargé au Saint-Office, et qui était tout à fait contraire à ce livre, tout le monde allait à la condamnation. Le cardinal d’Estrées fit tant qu'il obtint qu'on nommerait un second rapporteur, et ce deuxième rapporteur ne fut pas plus favorable au livre. Ce cardinal témoignait une extrème impatience durant ce rapport et interrompait
l'abbé Palas gel à tout moment, avec une véhémence
qui choquait tout le monde.
Il eut, par ses clameurs et ses emportements dattes le moyen d’avoir un troisième rapporteur, qui était assez pauvre et fort propre à ses desseins. C'était un renard. Enfin les sollicitations et les mouvements de cette Eminence ont empêché qu'il n'ait été mis absolument parmi les livres défendus. On a donné cinq mois à l’auteur pour venir à Rome et apporter ce livre corrigé, ou l’y corriger. On verra s’il se servira de ce passe-droit. Il y en a qui disent qu'il se fera défendre d'y alleret qu'on obtiendra que ce qu’il y a à corriger lui soit communiqué, comme il l’a déjà tenté.
Quesnel à du Vaucel, à Rome
Bruxelles, 11 juillet 1692,
Le cher P. du Breuil est arrivé à sa septième prison, à Alais. Voici ce qu'il en écrit, du 23 juin:
J'arrivai hier au soir dans ce fort et j'y entrai comme dans la septième station du pèlerinage auquel m'oblige ma détention. Que je serais heureux, si j'y vivais bien dans l'esprit et dans la disposition d’un véritable pèlerin sur la terre, qui ne doit soupirer que pour devenir citoyen de la Jérusalem céleste. »
Je ne sais si, maintenant que voilà les quatre évêques
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morts, il ne serait pas bon de donner au publie un petit abrégé de leur vie ; tout ensemble cela pourrait faire un bon effet.
Comme, à Rome, ils verraient dans ces quatre évêques une si grande piété et une réputation de sainteté si bien établie, peut-être jugeraient-ils qu'il leur serait plus honorable de dire que les jésuites ont surpris le pape Alexandre VIT dans une chose où il était très capable d’être surpris, que de s'obstiner à vouloir jusfier ce qu'il a fait et écrit contre de si grands hommes.
25 juillet 1692.
Il n’est que trop vrai que le siège est levé de devant Namur et que le roi est de retour à Versailles; mais vous savez maintenant comment cela s’est vérifié. M. D. [Arnauld] rit de bon cœur, quand vous nous dites de ces sortes de nouvelles quinze jours après que nous savons ce qui en est. C'eût été une campagne bien glorieuse et tout à fait décisive si le malheur ne fût point arrivé à la flotte. L'affaire d'Angleterre était 1mmanquable. Dieu ne l’a pas voulu. Si le vent n'eût point changé ou que M. de Tourville eût été joint par les autres escadres !, l'affaire était faite. Dieu veut en avoir l'honneur de rétablir lui-même le roi d’Angleterre sur le trône de ses ancêtres. La perte qu'on a faite sur mer est grande; cependant les deux flottes ennemies n’ont encore rien fait. Ils disent qu'ils feront une descente. Il n’y a point eu de prisonnier de conséquence au siège, ni à l'armée de M. de Luxembourg. Les alliés ont perdu beaucoup de monde.
1. L’escadre du comte d’Estrées arrivait du port de Toulon avec trente vaisseaux ; le vent changea, et il ne put joindre Tourville.
Le fils d'un comte de Lemos, grand d'Espagne, âgé de vingt-deux ans, y a été tué. Les dames n’ont point donné sujet à la raillerie. M"° de Montespan n'est plus de rien. Elle n’a pas même été aux noces de sa fille; mais M"° de Maintenon est de tout. Elle était du voyage et tient partout un grand rang de considération et de confiance. Il n’est pas vrai, ne vous en déplaise, que la flotte du comte d’Estrées ait été presque toute brisée et fracassée. Deux vaisseaux seulement ont été brisés sur les rochers de la Ceuta, dans l’un desquels M. de Fontpertuis était. Si le vaisseau eût échoué, il serait demeuré prisonnier. Le roi n’a pas prétendu l'emporter sur les éléments. Il faut bien céder au plus fort. Le héros des protestants a encore vu cette année comment le roi prend les places. Tout fourmille de vers contre lui. En voici cinq qu’on m'a envoyés :
César vint, 1l vit, 1l vainquit.
Nassau vient et voit tout de même.
C'est un vrai César en petit.
De trois choses que César fit,
Il n’a manqué que la troisième ?,
L'abbé Nicaise, s’en retournant à Dijon avec une rétenüon d'urine, n’a pas laissé de m'écrire sur la route. Il me copie une grande lettre presque entière que M. Orose [P. de Noris] lui a écrite, en réponse à son compliment. Il témoigne un grand dégoût de son nouvel emploi et ne respire que de retourner à son
4. M'e de Blois, mariée avec le duc de Chartres. 2. On fit aussi nombre de chansons sur le désastre de la flotte. En voici une assez amusante :
Grand roi, par ce revers sinistre
Tu vois qu'il te faut un ministre; À Saint-Cyr laisse Maintenon,
Mets Peletier à la cuisine ;
Que Barbezieux reste à Meudon,
Et prends quelqu'un pour la marine.
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atelier; que c'est pour cela qu'il n’a point voulu se mettre en prélature, mais garder son habit de moine. Sa lettre est agréable tout à fait. Il refuse le titre d'illustrissime que son ami lui avait donné. Il plaint fort la perte de son loisir et les huit heures qu’il donnait tous les matins à l'étude. Il ne faut pas témoigner que l’on me communique ses lettres; cela pourrait le rendre plus réservé.
Le P. Tellier vient de faire paraître une réponse ou une sommation sur ce qui le touche dans les Remarques sur la lettre du P. de Waudripont. Qu'il est impertinent! Il affecte d'écrire : le P./e Tellier, etleP. Bouhours aussi.
Quesnel à du Vaucel, à Rome
26 juillet 1692:
Non, je ne vous insulterai point sur la créance de la nouvelle de la levée du siège de Namur et de la défaite des armées du roi. Quand tout Rome dit une chose, la tentation est plus qu'humaine. Si vous aviez été hier à Bruxelles, vous auriez cru, comme les autres, que Namur était rassiégé par les alliés; car tout le monde le disait et le croyait; néanmoins, dès le soir, il n’en était plus rien. |
Vous nommerez comme il vous plaira quarantequatre vaisseaux qui ont combattu contre quatre-vingtsept ou quatre-vingt-huit anglais et hollandais; c'est, si vous voulez, une flotte, mais c'est une flotte de quarante-quatre vaisseaux, qui a attaqué etcombattu et battu l’autre, sans rien perdre dans le combat même, sans avoir aucun vaisseau démâté, ni pris, ni coulé à fond. On prétend que les ennemis en ont perdu quelqu'un, et ils en ont eu de démâtés. Le reste n'a été
qu'un malheur causé par les vents contraires, par les courants et les défauts de marées et de ports en Normandie.
On dit que le prince d'Orange est brave, c'est-à-dire que c’est un brave soldat; mais un brave capitaine ne laisse point prendre deux villes fortes comme Namur et Mons sans tirer l'épée, comme s’en plaint l'électeur de Bavière ; un brave capitaine ne se signale pas si souvent en levant le siège de devant des villes, comme il a fait devant Maestricht, Charleroi, etc. Il donna bataille à Saint-Omer ; mais il gagna aussi le taillis. Il la donna à Mons en trahison, ayant la paix dans sa poche, et y perdit autant des siens que de notre côté, sans autre fruit que la mort de sept à huit mille hommes. Saint Louis était brave et, de toutes manières, 1l s’exposait; c'était la mode de ce temps-là. Le péril était moins grand, n’y ayant pas d'armes à feu. Enfin ce roi n’a point son pareil. Je n’ai point vu sa Vie qu'a composée l'abbé de Choisy !. C'est un abbé qui à fait le voyage de Siam, et qui, je crois, y a été fait prêtre, et dit sa première messe sur mer en revenant. Il à fait le journal de son voyage, qui est fort agréablement écrit.
Le sicur Mauroy est jugé, atteint et convaincu à l’officialité d’avoir fait des imprimés excessifs, injustes et de mauvaise foi, pour mauvais usage de débauches consommées avec des personnes de l’autre sexe, etc. IL est dégradé pour toujours de ses ordres, enfermé durant dix ans en prison à Saint-Lazare, et le reste de sa vie sera enfermé dans la maison, jeunera durant dix ans, les mercredis et vendredis de chaque semaine, in pane
1. L'abbé Francois Timoléon de Choisy, auteur de Mémoires souvent
réimprimés dans la collection desMémoires relatifs à l'histoire de France.
Il avait accompagné l'ambassade envoyée au Siam en 1685. L'ouvrage
dont parle Quesnel est la Vie de saint Louis, bientôt suivie de celles de Philippe de Valois el du roi Jean, de Charles V et de Charles VI. L'abbé de Choisy mourut en 1724, doyen de l’Académie française.
doloris et aqud angustiæ, et dira les sept psaumes tous les jours, nu-tête et à genoux. Pour la discussion de ses biens, renvoyé devant juge compétent.
Quesnel à du Vaucel le août 1692.
Vos politiques, qui attendent que la France soit domptée pour avoir la paix, ont la mine d'attendre longtemps. Ils se nourrissent de chimères.
Les alliés vont faire, à ce qu'on dit, une grande entreprise. Si ce n'est pas Namur, je m'imagine que ce sera Dunkerque, étant les maîtres de la mer.
Quesnel à du Vaucel
15 août 1692.
Vous savez maintenant que les ennemis n’ont osé entreprendre Pignerol en Piémont, ni Namur en Flandre. [ls ont pris le village où est la maison de plaisance de l’archevèque d'Embrun!, et ils sont allés du côté des côtes de France pour y faire une descente.
Les noms des vaisseaux sont leurs vrais noms?. Vous y trouvez bien de l’orgueil? Vous avez la conscience bien délicate. Je ne crois pas que ce soit par rapport aux vents ni aux flots, mais par rapport aux ennemis. Et puis, qui est-ce qui baptise les vaisseaux? Le roi a
1. Le duc de Savoie reprend l'offensive, ravage le Dauphiné, occupe
Embrun, le 171 août, et Gap ensuite. L'armée de Catinat, se trouvant diminuée, n'était plus en état de l'arrêter; mais une maladie, survenue au duc de Savoie, le force à retourner en arrière.
9. Voici les noms des vaisseaux détruits à la bataille de la Hogue, le 24 mai 1692 : Le Soleil royal, l'Ambilieux, le Merveilleux, le Saint- Philippe, le Foudroyant, le Magnifique, le Fier, le Tonnant, le Terrible, le Triomphant, le Gaillard, le Bourbon, le Saint-Louis, le Fort.
consolé M. de Tourville, en lui promettant qu'il commanderait l’année prochaine une flotte plus puissante que celle de cette année. On dit qu'il a donné ordre de faire revivre les vaisseaux brûlés, c’est-à-dire d’en faire bâtir de tout semblables et qui auront les mêmes noms. Il ne faudra pas d'impôts ni de maltôtes pour cela. On n’en a mis aucuns depuis la guerre. On a créé de nouvelles charges, qui ont fait sortir l’argent des bourses très volontairement. Et puis les contributions que Namur fera donner fourniront beaucoup. M. de Sainte-Colombe {Le Camus] met le carème bien haut, quand il parle de trente millions. Tous les agrès et tout le canon a été conservé. Il ne faut que des corps de vaisseaux. Nous n'avons point oui dire que l’amiral Russel! ait été gagné, et cela à bien l'air d’une fable, n’en déplaise à M. de Sainte-Colombe.
On mande de Paris que le P. Deschamps, rendant, il y a quelques jours, visite au P. de Roncherolles, de l’Oratoire, lui dit qu'on savait bien que M. Arnauld ne faisait plus rien, que la plume lui était tombée de caducité, et que c'était le P. Quesnel qui faisait tout ce qui paraissait. Cela est aussi probable que la catholicité du prince d'Orange.
Je crois que ce P. Deschamps a été faire information de vie et mœurs contre le P. Quesnel, en cas de besoin. Comme le bruit est peut-être à Paris du retour de M. Arnauld, ils veulent le rendre moins coupable, afin d’avoir moins à lui pardonner. Nous ne savons rien de ce retour, sinon que des personnes y pensent, que ce docteur s’est déclaré fort vigoureusement sur certaines mesures qu'il n’approuvait pas et qu'il les a fait rompre ; qu'il sera fort difficile d’en trouver qui contentent tout
1. Russel, qui commandait la flotte anglaise, avait, en effet, une correspondance secrète avec le roi Jacques ; mais il avait recommandé d'éviter que la flotte française n'attaquât la sienne, étant incapable de sacrifier l'honneur du pavillon britannique:
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