‹ Un janséniste en exilChapitre 95 sur 146 · REP EN · texte numérisé non relu

REP EN

qu’il y fut jamais. Ses parents ont pour lui beaucoup de dureté.

Quesnel à M. Vuillart, à Paris!

Bruxelles, 25 septembre 1692.

C'a été pour nous un vrai régal que le récit de la conversation que vous avez eue avec le prisonnier délivré?, comme sa délivrance, que nous savions déjà, nous a été un grand sujet de joie. J’en bénis Dieu de tout mon cœur et de toutes les grâces qu'il lui a faites, dedans et dehors.

J'ai peur que le travail de la composition d’une grammaire ne soit trop appliquant, je veux dire la méthode de lire sans points. Tant de gens consommés ont écrit là-dessus, et le fruit en est si borné et si mince que je ne puis ne pas souhaiter qu'il s'appliquât à quelque chose dont l'utilité fût plus étendue et le travail moins casse-tête.

Je crois aussi qu'on lui doit faire entendre doucement qu'il sera bon de s'interdire entièrement la composition en vers. Elle lui a fait autrefois beaucoup de tort. Je le plains beaucoup de l’incommodité dont Dieu l’exerce. Mais, puisque c'est Dieu, qu'y a-t-il à dire ?

Nous avons aussieu notre part du tremblementdeterre. Je ne m'en serais pas aperçu si une sœur du couvent n'avait crié, à l’entrée du jardin où j'étais avecle P. Dav. [Arnauld] et un autre : «Voilà une cheminée qui va tomber », la voyant aller de côté et d’autre. Elle tomba en effet, et cet autre dit en même temps: « C’est un tremblement de terre. » Je sentis ma tête un peu étonnée; mais Je crois que le bruit de la cheminée qui tombait sur des tuiles, des gens qui criaient et le mot de trem-

4, Bibl. Nat., ms, 19,735, 1 Lothénie de Brienne (Voir la lettre prévcédente:)

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blement de terre, y eurent bonne part; car je ne sentis point de mouvement, ni le P. Dav. non plus. Il est vrai que ceux qui sont sur le plancher des vaches le doivent moins sentir que ceux qui sont dans une maison, et moins encore ceux-ci que ceux qui sont, outre cela, dans un lit. Car ces derniers ont trois mouvements : celui de la terre, celui de la maison et celui du lit, et peut-être encore celui des maisons voisines, qui tiennent à celle oùilest. Il a été bien plus violent à Mons et en Hollande.

Je salue toute la chère petite église et suis à elle de très bon cœur.

Quesnel à du Vaucel, à Rome

26 septembre 1692.

Grenoble ne craint plus rien. L’Altesse de Savoie a repris le chemin de ses montagnes, plus chargé de vérole que de lauriers et remportant avec lui tous les mousquets dont il prétendait armer les protestants. Il eùt mieux fait de reprendre Pignerol, ou Casal, ou Suze, que de faire tuer son monde à prendre une place qu'il ne peut garder et à faire des ravages qui ne lui profitent point. Que s'ils ne sont pas assez forts pour faire des entreprises utiles, que ne font-ils donc la paix ? M. de Catinat commencera apparemment sa campagne quand les autres la finiront. Ils n’ont pas seulement osé attaquer Briançon.

On avait nommé un M. Tournély!, docteur de Sorbonne, pour succéder à M. Delaleu; mais 1l à eu depuis une chaire de Sorbonne. Celle de M. Rivette à

1. Honoré Tournély, très protégé par les jésuites à la suite de sa complaisance dans l'intrigue du « faux Arnauld », passa de Douai à un canonicat à la Sainte-Chapelle de Paris, puis obtint, en 1692, une chaire en Sorbonne. Il jouera un grand rôle dans les querelles de la bulle Unigenilus.

été donnée à un nommé Delcourt, que l'évèque de Namur avait reçu des jésuites. C’est un misérable, emporté au-delà de tout ce qu’on peut s’imaginer contre le prétendu jansénisme. J'ai copie d’une lettre de lui où il en donne les marques. Il y parle d'un ouvrage qu'il avait fait contre Jansénius.

Il est Espagnol outré ; il a dit que ce qui le chagrinait était de venir sous la domination du pilleur, du bràleur et du saccageur de l'Europe. Tout cela n'est rien, pourvu qu'on soit antijanséniste, et, si M. Gilbert venait à mourir, il aurait sa dépouille.

On a senti le tremblement de terre à Paris, à Amsterdam, même à Middelbourg, en Zélande.

Quesnel à du Vaucel 3 octobre 1692.

Présentement, je suis obligé de relire les quatre volumes du Nouveau Testament avec des Réflexions, parce qu'il s'y trouve bien des fautes, ce qui arrive toujours quand on est loin de l’imprimeur.

Il est vrai que l’on à imprimé sur le brouillon de l’auteur, qui avait rempli les marges d’un exemplaire et les feuillets blancs que l’on avait fait mettre entre les imprimés. Outre cela, J'ai pris de cette nécessité de le revoir l’occasion de faire quelques changements dans beaucoup d’endroits, où, sous prétexte d’abréger, il y a beaucoup de phrases imparfaites et comme estropiées. On m'a mandé que plusieurs dames en étaient choquées, et il faut avoir égard à leur goût. En effet, il y a de certaines choses qui étaient supportables quand les notes étaient en forme de titres sommaires au-dessus du texte; mais, maintenant que ce sont des réflexions détachées et à côté, cela demande une autre forme, et J'ai tâché de la donner aux quatre Evangiles,

dont j'achèverai bientôt saint Jean. On a déjà réimprimé, en Hollande, saint Matthieu et saint Marc, corrigés des anciennes fautes et remplis de nouvelles. On imprime saint Luc, à Bruxelles, et saint Jean suivra.

J'admire que vous appeliez conquêtes les opérations du duc de Savoie. Il n’a rien conquis ni acquis, puisqu'il ne lui reste rien.

Il à pris une ville qui n'avait de défense qu’une simple muraille et qui l’a arrêté douze ou quinze jours, et il est entré dans une villote ouverte et abandonnée, où 1l a ravagé, pillé, brûlé, nonobstant la belle réponse qu on vous a fait accroire qu'il avait faite. Ce pauvre petit prince est bien mal conseillé. Il faudra, tôt ou tard, qu'il vienne à jubé, et on lui fera payer bien cher les pots cassés. Ne voit-il pas bien que, la ligue une fois dissipée, il sera à la discrétion de la France? On me mande de Paris que M. de Catinat se prépare à entrer en Îtalie avec une armée de 40.000 hommes, et qu'aussitôt qu'il y paraitra les princes d'Italie, ligués pour chasser les Allemands de chez eux, se joindront à lui.

On me mande encore que, cent vingt dragons de

l’armée de Savoie s'étant écartés pour brûler le village

de Vantabout, dans le Dauphiné, les paysans les avaient tous tués et écartelé à quatre chevaux le commandant, réfugié français. À

Les deux tiers de l'impression du dernier livre du P. Mabillon contre l’abbé de la Trappe sont déjà débités; le livre est fort estimé. On trouve, à la cour, que cet abbé a un style de déclamateur.

Le nouvel évêque de Tournay! est allé à son dio-

‘cése. On verra ce qu'il y fera. On dit que le roi le

1. Caillebot de la Salle, évèque de Tournay, de 1690 à 1705, époque à laquelle il se démit de ses fonctions. Nous voyons, dans la Table des Nouvelles ecclésiastiques, qu'il «perpétua, dans son diocèse, le bien considérable fait par son prédécesseur, M. de Choiseul ».

nomma à l'évêché mnotu proprio, un jour de la Pentecôte, frappé de sa modestie et piété, qu'il avait remarquées durant la messe.

Quesnel à du Vaucel, à Rome

10 octobre 1692 Ë

Je ne sais comment vous me disiez dans votre lettre que le héros de la ligue! avait fait prudemment de ne se pas commettre dans le combat de Steinkerque. Ses gens ne sont pas de ce sentiment, puisqu'ils ont écrit et fait imprimer une lettre aux Etats, où ils ne croient pouvoir sauver son honneur qu’en disant que ce héros était partout, quoiqu'il soit très faux et que tous les élrangers en aient murmuré tout haut. Ce sont de pla:ïsants politiques que vos Romains, qui croient que M. de Luxembourg aurait mieux fait de laisser plier et mettre en déroute les régiments d'infanterie. On ne peut s’empècher de rire. Pour ce qui est des princes du sang, il fit tout ce qu'il put pour se dispenser de permettre à M. de Chartres? de se mettrecomme les autres dans le combat, et il aurait mieux fait de ne pas céder à ses importunités; mais, pour les autres, cela serait bien plaisant qu'ils allassent chercher les occasions de se signaler en Hongrie et chez les Vénitiens, et qu’ils se tinssent les bras croisés quand il est question de repousser l’ennemi qui attaque l’armée de leur roi et de leur patrie. Vos Romains diront ce qu'il leur plaira; mais il sera tou- Jours vrai que les alliés ont perdu leur meilleure infan-

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