Guillaume d'Orange
2. La mére du duc de Chartres elle-même approuvait cette première campagne du jeune homme : « Si mon fils, écrivait-elle, ne faisait pas campagne tous les ans, à l’âge où il est, il se ferait mépriser affreusement et perdrait toute considération. » (Correspondance de Madame la duchesse d'Orléans, éd. Jaéglé, I, 115.)
terie et un grand nombre d'officiers, plus que ne dit la lettre du roi. L'avantage ne serait pas si grand si l’armée du roi avait été l’agresseur. Mais c’est une victoire d’une grande conséquence, en ce qu’on n’a rien laissé aux alliés qui pût balancer l'honneur de la campagne et que le héros s’en retourne, chargé de honte autant que les Français sont chargés de lauriers. Ceux qui disent sans façon que l’ambassadeur du roi à été empoisonné à Belgrade en sont aussi bien informés que moi, qui n'en sais rien du tout; et je m'étonne que vous ne fassiez point de scrupule de dire que cela n’est pas honorable à la France, car c’est supposer qu'elle en est coupable, de quoi il n’y a pas la moindre apparence. L'affaire de Grandval ! est un mystère que nous ne connaissons point, ni vous, ni moi. Tout ce qui en résulterait, à la rigueur, est que M. de Louvois, ayant été certainement empoisonné?, son fils aurait cru pouvoir se venger de celui quil croit premier auteur du meurtre de son père. Ce serait la faute d’un particulier qui, seul, en demeurerait chargé: mais, que le roi Jacques y soit entré, c’est ce que Je ne croirai Jamais d’un prince très religieux. C'est une chose assez étrange que trois ou quatre affidés du prince d'Orange aient connu seuls de toute cette affaire dans un conseil de guerre. Qui peut répondre de ce qu'ils ont fourré dans les procédures à l’insu du criminel ? On nous a envoyé depuis peu, je ne sais pourquoi,
1. En 1691, sous le ministère de Louvois, un capitaine, nommé Grandval, s'offrit pour assassiner Guillaume d'Orange. Un livre intitulé : Récit véritable de l'horrible conspiration tramée contre la vie de sa sacrée Majesté Guillaume II, nous apprend qu'il s’aboucha avec la cour de Saint-Germain. Lorsqu'il fut jugé, le 12 août 1692, il déclara la part que le roi Jacques, Louvois et Barbezieux avaient eue à l'affaire. L'historien Macaulay établit nettement qu'il n'y à aucun doute sur la connivence du roi détrôné et de l'officier. Notre Quesnel semble donc se faire des illusions sur ce « prince très religieux »,
2, L'empoisonnement de Louvois, attribué alors aux Orangistes, est absolument controuvé ; sa mort fut des plus naturelles.
une Dissertation latine de M. Thoynard, sur les années de l’empereur Commode. Affaire de médailles, qui est la curiosité qui règne maintenant parmi les savants. Cette Dissertation est imprimée de 1690. Je ne suis pas tenté de la lire. C’est une étude bien sèche et bien peu utile. Mais que voulez-vous? On aime l’extraordinaire, et on y donne d’autant plus aisément que l’on a plus de moyens de se distinguer par cet endroit. Quand cette science sera devenue commune, comme elle l’est déjà, on se jettera sur quelque autre chose qui le sera moins. C’est ainsi que l’on perd un temps que l’on pourrait employer plus utilement.
Quesnel à du Vauce, à Rome
17 octobre 1692.
Je crois que le P. Daniel! est habitant du collège de Paris. Il à fait un livre intitulé : /e Voyage du monde de Descartes *, où, en faisant promener l'esprit de ce philosophe par tout le monde, il tâche de faire l’histoire de sa philosophie et de ses intrigues.
Le pauvre petit docteur [Du Pin| est entre le marteau et l’enclume. On continue à poursuivre une censure contre lui. Peut-être s’y porte-t-on un peu trop chaudement, et peut-être aussi a-t-il eu trop de fierté. Il devait ménager M. de Meaux, et il l’a piqué, en entreprenant un dessein sur la Bible dont ce prélat était en possession. Dieu le punit d'avoir abandonné saint Augustin, auquel il était fort attaché avant que de prendre les degrés.
1. Le P. Daniel, jésuite et bibliothécaire de la maison professe de Paris, auteur d’une Histoire de France assez connue, fut un des membres de la cabale des Normands, ainsi que lesPP. Tellieret Doucin, et ardem-
ment mêlé aux controverses avec les jansénistes. 2. 1690, in-12.
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Les Lettres Mstoriques de Hollande prétendent qu'il y à une grande liaison d'amitié entre le cardinal de Janson et le pape, formée lorsque ce dernier était nonce en Pologne et que le premier y était ambassadeur, et que celui-ci à beaucoup contribué à le faire pape et que c'est pour cela que le cardinal est chargé de tout du côté de France.
IL tombait de la neige à force, l’onze du courant à Paris, où l’on dit qu'il y a des maisons qui ont souffert du tremblement de terre.
Quesnel à du Vaucel, à Rome
24 octobre 1692.
Je vous ai envoyé des thèses de Paris, les plus audacieuses qu on puisse soutenir. Les dominicains laissent passer tout cela sans dire mot, et plus ils paraissent craindre les Jésuites, plus ceux-ci s'élèvent au-dessus d'eux. C’est un méchant parti que celui de se tenir simplement sur la défensive. Il faut attaquer si l’on veut vaincre, et, si les dominicains étaient bien conseillés, ils travailleraient tout de bon à les attaquer de la bonne manière et se mettraient sur le pied de ne leur pardonner rien.
Il est vrai qu’au commencement des {{lusions! il y a quelque chose qui n’est pas net. Je l’avais vu, et cependant cela est demeuré. Je crois que vous serez aussi content de la fin que du commencement. On n'y a guère de ménagement. Il ne sert de rien. L'auteur ne compte pas d'aller se chauffer au feu du prélat. On est bien partout, et je sais qu'il n’a nul empressement de retourner au pays où il n'y a rien à faire.
1. Les Illusions de la Relalion sommaire de ce qui s'est passé dans l'affaire de quelques théologiens de Douai, par le P. Quesnel, in-12 de 117 pages. °
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M. le maréchal de Lorges a repris, en Allemagne, ce que les Allemands ont pris dans le Dauphiné, et au delà. Les gazettes de Hollande mème marquent que cela n’est pas imaginable, le butin qu'ils ont fait dans le Wurtemberg. Ils en ont enlevé tous les grains et tous les bestiaux, et on me mande de Paris qu'on a enlevé 3.000 chevaux. Avec cela, avoir défait une partie de leurs armées, pris des villes, fait lever le siège d'Ebernbourg!, renvoyé, au-delà le Rhin, qui voulait hiverner en deçà, et rendre inutile toute leur campagne, c'est quelque chose qui fait honneur au neveu de M. de Turenne. La flotte d’Espagne n'a rien fait. Elle s’est présentée à Antibes et a été repoussée par la tempête.
On me mande qu'un jeune savant de Paris, nommé l’abbé Couet ?, a été choisi par le prince de Salm pour accompagner son fils dans le voyage qu'il va faire dans toutes Les cours de l’Europe. Cet abbé a bien du mérite, et 1l est connu de tous les honnêtes gens.
Le P. Thomassin est tombé en enfance, à ce quon me mande.
14 novembre 1692.
Vraiment j'ai lu avec bien du plaisir ce que vous me mandez de ce bon pape, au sujet des pauvres qu'il fait renfermer et de son tombeau. S'il taxe les maisons et les collèges des jésuites, je n'aurai point pitié d’eux, et Je crois que cette saignée leur sera salutaire.
On s'attend bien que tout le mal qui arrivera au genre humain sera mis sur le compte des Francais. Ces gazeliers, qui leur attribuent la levée du siège de
1, Le 8 octobre.
2. L'abbé Bernard Couet, plus tardgrand-vicaire de Rouen et, en1718, du cardinal de Noailles.
la Canée, se rendent bien ridicules. Quand quelques Français auraient déserté et donné des avis à ceux de la place, il est encore ridicule d’en charger le roi ou la nation. Ce seraient les alliés qui en seraient responsables, parce qu'ils envoient aux Vénitiens tous les déserteurs français, en leur donnant passage et passeport pour aller servir la république. Or il ne faut pas s'étonner que ceux qui n’ont pas été fidèles à leur roi ni à leur patrie ne le soient pas à des étrangers.
L'’évèque d’Acqs! |Dax| a été sacré à Saint-Magloire, et on dit qu'il ny avait personne. C'est un gentilhomme de ces quartiers-là, qui a demeuré autrefois à Saint-Magloire et qui y a reçu tous les ordres. Il fut fait depuis curé de la principale paroisse et grandvicaire du diocèse. On dit qu'il fit fort bien dans le temps de la réunion des nouveaux catholiques et que l’intendant, qui en fut fort content, en rendit bon témoignage au roi. L'évêché élant venu à vaquer, et le roi et le P. de La Chaise cherchant un sujet, le roi dit : « Il y a un curé de ce pays-là dont on m'a dit beaucoup de bien. Quel inconvénient y aurait-il de lui donner l'évêché ? » Le Père n’ayant rien à dire contre, cela fut fait. Sans le serment de fidélité, il ne serait pas venu à Paris. Il est venu descendre à Saint-Magloire. On dit qu'il paraît être en de bonnes dispositions.
Quesnel à du Vaucel, à Rome
291 novembre 1692.
Des choses dites en l’air, comme l’empoisonnement de l’ambassadeur d'Angleterre, ne méritent pas d’être
1. Bernard d'Abbadie d’Arbocave, futur appelant de la bulle Unigenilus, « naturellement doux, ami de la paix et de la tranquillité »: (Nouvelles ecclésinstiques du 80 juin 1729.)
relevées. Ce sont des contes de gazetiers de Hollande, encore des plus malhonnèêtes gens et qui disent tout sans jugement. Vos ramasseurs de nouvelles les ont pris là. Mais M. de Louvois est mort d’une mort violente presque et subite, incontinent après son dîner, en criant qu'il brûlait, et avec tous les symptômes d'un homme empoisonné. On l’a ouvert, on a trouvé tous les signes d’empoisonnement!; le grand-vicaire de M. de Reims nous l’a mandé dans le temps positivement, comme une chose certaine. On a même arrêté des gens pour ce sujet. Et d’ailleurs on sait qu'on lui en voulait de tous côtés. Votre comparaison n'est donc pas juste. Les deux ambassadeurs d'Angleterre sont morts dans les formes. Est-il fort aisé, à votre avis, aux Français de faire ce métier à Belgrade? Je ne sais comment des ecclésiastiques peuvent froidement former de tels soupçons sur des ministres qui passent pour gens d'honneur et de conscience. Je parle de ceux qui vous le rapportent.
Le sieur Tournély fit, le 13 de ce mois, sa harangue d'entrée dans la charge de professeur. Il y avait un grand concours de toute sorte de personnes. On y remarqua l'abbé de Louvois, qui entre en théologie, les PP. Deschamps, de la Baume et autres jésuites. Il commença son discours par des remerciements à ceux à qui il avait obligation : le roi, M5" l’archevèque; il ajouta e{ omnium suffraqiis, qui fut relevé par presque toute l’assemblée, qui dit à demi-haut que cela était
1. La princesse palatine écrivait, le 22 juillet 1691 : « Il s’est trouvé mal de son habitude de boire de l'eau. Tous les médecins et chirurgiens qui l’ont ouvert ont affirmé, et affirmé par écrit, qu'il était mort d'un horrible poison. » Une note de Voltaire {Siècle de Louis XIV) dit que La Ligerie, chirurgien de M. de Louvois, l'avait souvent averti qu'il risquait sa vie, s’il travaillait en prenant des eaux (de Balaruc) que Séron, son médecin, lui avait ordonnées, Il mourut subitement, en effet, du chagrin de sa disgrâce et d’un excès de travail.
aux. On dit que ce nouveau professeur a été autrefois
réduit à décrotter les souliers d’un oncle qu'il avait,
chapelain ou habitué à Saint-Germain-de-l’Auxerrois, et qui lui a laissé depuis peu une fort grosse succession avec une fort belle bibliothèque. Ceux qui ont vu le sieur Tournély étudier en théologie disent qu'il paraissait comme un vrai cuistre. En parlant du grand crédit de M. de Paris, il dit qu'il ne s’en servait jamais pour faire du mal à personne, mais pour faire du bien à tous,
28 novembre 1692.
M”° des Gordes [M"®° de Vertus] est allée à Dieu, le 21 de ce mois, par une grosse fluxion sur la poitrine !. Dans la dernière lettre qu'elle m'écrivait, elle me disait qu’elle avait soixante-quinze ans. Son médecin (M. Dodart), qui était aussi son ami et dont elle avait fait son exécuteur testamentaire, me mandait, le.18, qu’il y avait deux jours qu'on attendait l’agonie de quart d'heure en quart d'heure. « Quelle perte pour les pauvres, ajoute-t-il, pour ses amis, et J'oserais même dire, pour l'Eglise. Dieu sait ce qu'il veut faire des bonnes œuvres qu’elle soutenait par ses aumônes, par ses conseils et son exemple. »
L'évêque d'Angers? fut sacré, il y eut dimanche huit jours. On fut édifié de sa modestie. Sa soutane était de laine. Il y a un écrit de deux feuilles imprimées contre le psautier de M. Du Pin. On dit qu'il est de M. de
1. M de Vertus fut, dit Sainte-Beuve, « la dernière à Port-Royal des hôtesses de distinction à qui l’on permit ce désert ». Elle y mourut
le 21 novembre 1692.
2. Michel II Le Peletier, fils du ministre d'Etat Claude Le Peletier.