SCENE Vil
PONTBICHET.
Comment I sur des gants à vingt sous ?
DARDARD.
J'ai marchand à queutante-deux... en Angleterre.
En Angleterre! mais, malheureux, vous vous égarez...
DARDARD.
Mon compte est fait.
PONTBICHET.
Et la douane anglaise qui perçoit un franc de droit par paire !
DARDARD,
Non, non, je ne paye pas ça moi.
PONTBICHET.
Comment î
DARDARD.
Vous allez me faire deux ballots; dans l'un vous mettrez tous les gants de la main droite, et dans l'autre tous ceux de la main gauche.
PONTBICHET.
Oui.
DARDARD.
Vous expédierez le premier ballot sur Liverpool et le second sur Edimbourg.
PONTBICHET.
Oui, mais ça n'empêchera par la douane de les saisir.
DARDARD.
Tant mieux ! c'est ce que je demande.
Ah ! bah !
DAÏIDARD.
Parce qu'alors je ne paye pas le port... c'est une économie.
PONTBICHET.
Oui, mais vous perdez vos gants 1
DaRDARD.
Allons donc 1 jeune brebis !... Fontbichet, quel est l'usage de la douane quand elle saisit des marchandises.
PONTBICHET.
Elle les fait vendre sur place, c'est connu.
DARDARD.
Eh bien ! moi, je les rachète... au tas! le prix que je veux... cinq francs le mille... des gants dépareillés, ça n'a pas de valeur. Je ne crains pas la concurrence.
PONTBICHET.
Cependant...
DARDARD.
A moins que la ville d'Edimbourg ne renferme quarante mille manchots... de la main gauche, ce qui est inadmissible. A Liver-
pool, môme jeu, je rapproche les deux mains et le tour est fait! pontbichet, au comble de l'admiration.
Oh ! oh ! oh ! tenez, je m'agenouille, je me prosterne... vous êtes le génie de l'industrie !
DARDARD.
Eh ! non ! je suis de Bordeaux. (A part) Je lui ai mis la tête sous l'aile.
PONTBICHET.
Monsieur, je ne veux pas d'autre mari que vous, et ma fille n'aura pas d'autre gendre... c'est-à-dire... enfin, j'ai votre engagement signé... je vous autorise à faire votre cour...
DARDARD.
Tout de suite... où est-elle ?
pontbichet, indiquant la chambre, à gauche. Ici... mais plus tard... quand elle sera levée.
DARDARD.
Au point où nous en sommes *
pontbichet.
Avant il serait peut-être convenable de faire la demande à sa mère.
dardard, d^un air de doute.
Oh !... (Résigné.) Allons, j'y vais.
PONTBICHET.
Je vous conseille d1élever la voix, attendu qu'elle est un peu...
DARDARD.
Soyez tranquille, je vais lui beugler ma demande.
PONTBICHET.
Oui, ce sera plus honnête ; allez je vous rejoins. ENSEMBLE.
Air : Quadrille de Paris la nuit.
DARDARD.
A bientôt, Je reviens, et tantôt
De sa fille
Si gentille Je saurai bien toucher le cœur En lui parlant de son bonheur.
PONTBICHET.
A bientôt Son retour, et tantôt
De ma fille
Si gentille Il saura bien toucher le cœur En lui parlant de son bonheur.
DARDARD.
Je veux d'une nourrice Choisir... l'amour intéressé.
* Dardard, Ponbichet.