SCENE IV
DARDARD.
PONTBICHET.
DARDARD.
J'ai pensé que vous aviez dû fermer la porte... et nous autres enfants de la Gironde, quand on nous ferme la porte, nous sautons par la croisée... (Il saute sur la scène.) Eh ! donc !
PONTBICHET.
Mais qu'est-ce qui vous ramène ?
DARDARD.
Une idée. En sortant j'ai lu votre enseigne... Pontbichet fabricant de gants, et je me suis écrié : J'ai besoin de gants !...
PONTBICHET.
Monsieur, je vous préviens que je ne tiens pas le détail, ainsi...
DARDARD.
Et moi, je n'achète qu'en gros. J'en veux... voyons... j'en veux quarante mille paires !
PONTBICHET.
Quarante ?
dardard, s'asseyant.
Vous allez me les essayer, Pontbichet!
PONTBICHET.
Comment?
Dépêchez-vous, je suis un jeune homme pressé.
PONTBICHET.
Voyons, monsieur, parlez-vous sérieusement ?
DARDARD.
En affaires je suis sérieux comme un hibou.
PONTBICHET.
Et vous êtes solvable ?...
DABDARD.
Comme un jaunet, je paie comptant.
pontbichet, à Dardard, qui est assis.
Prenez donc la peine de vous asseoir.
DARDARD.
C'est fait.
pontbichet, à part.
Mais c'est une excellente affaire quarante mille... je vais lui couler tout mon fond de boutique. (Haut.) Monsieur, voulez-vous me permettre de passer mon pet-en-1'air?
DARDARD.
A quoi bon?
PONTBICHET.
Je sais trop ce que je dois à un client de votre importance... Je suis a vous dans la minute. (/{ se relire derrière les rideaux.)
dardard, tirant son calepin.
Nous disons quarante mille paires de gants à... (A Pontbichet.) Combien vos gants?
pontbichet, derrière les rideaux.
Vingt-neuf sous.
DARDARD.
Trop cher!
pontbichet, de même.
Je yous les passerai à un franc
dardard, calculant.
C'est vendu! c'est une très -bonne opération.
pontbichet, sortant habillé.
Là, me voici... Dites donc, est-ce heureux que vous soyez allé au théâtre de monsieur Dormeuil?
DARDARD.
Oui ; il pleuvait, je suis entré pour faire mes comptes... je me croyais au café de Foy... je demande une groseille, on me sert un vaudeville.
PONTBICHET.
Vous aimez les vaudevilles ?
DARDARD.
Oh! Dieu! je les ai en horreur!... c'est toujours la même chose ; le vaudeville est l'art de faire dire oui au papa de la demoiselle qui disait non... Voici l'ordre et la marche: on lève le rideau...
Air : Vaudeville de Préville et Taconnet.
Salut d'abord, salon délicieux !
Mais par la gauche entre, en toussant, un père... La fille pleure avec son amoureux, Petit monsieur bien mis, qui tous les soirs vient plaire... On lui dit non, mais cela veut dir' oui. Au bout d'une bcur', grâce à son éloquence, Chacun s'embrasse et l'ouvrage est fini!
PONB1CHET.
Mais le public?
DARDARD.
Chut! c'est là qu'il commence ; Quelquefois même il se met en avance!
Tenez, dans ce moment nous en jouons un vaudeville... Vous dites non ; eh bien! vous direz oui... à la fin.
PONTBICHET.
Oh! ça!...
DARDARD.
Comme les autres... j'en suis tellement sûr, que je viens de louer l'appartement au-dessus.
PONTBICHET.
Pourquoi faire?