SCENE IV
DARDARD.
l'.li bien ! pour m'y installer avec votre fille.
PONTBICHET.
Vraiment ! (A part.) Une fois l'affaire conclue, comme je le flanquerai à la porte! (Ifaut, ouvrant un carton.) Si vous désirez voir les échantillons.
dardard, examinant.
Volontiers... (Passant son doigt dans Je gant et le déchirant.) C'est mal cousu...
PONTBICHET.
C'est fait exprès... pour donner de l'air aux mains.
DARDARD.
Au fait, dans les pays chauds... pour l'exportation ça suffira.
PONTBICHET.
Ah 1 monsieur fait l'exportation?
DAKDARD.
Je fais tout, monsieur, jVxpoi te, j'importe et je colporte.
PONTBICHEI,
Tiens! tiens! tiens! et vous gagnez de l'argent?
DARDARD.
Comme ça... Il y a deux ans, j'avais tout juste un zéro dans chaque poche.
PONTBICHET.
Et aujourd'hui ?
DARDARD.
J'ai deux cent mille francs.
PONTBICHET.
Oh! ohl ohl en deux ans?...
DARDARD.
Ah! je suis de Bordeaux, moi! Vousn'auriezpas besoin d'indigo?
Pourquoi faire ?
DARDARD.
J'en ai à céder.
PONTBICHET.
Vous vendez aussi l'indigo?... oh! oh! oh! (A part.) lime fait l'effet de Mercure... en bourgeois. C'est un marron.
DARDARD.
Eh bien ! clans mon existence il y a une chose qui me taquine... qui me pèse là... sur resiomac.
PONTBICHET.
Des choux?
DARDARD.
Non, un remords. Pontbichet, je dois ma fortune h une petite gredinerie.
pontbichet, gahnent.
Eh bien ! je m'en doutais. Contez-moi ça.
DARDARD.
Au fait, avec son beau-père...
PONTBICHET.
Mais permettez...
DARDARD.
Puisque vous direz oui... c'est convenu. Il y a deux ans j'étais simple commis chez un banquier de Bordeaux, lin jour, un riche armateur dont j'avais la confiance vint me trouver et me tint à peu près ce langage : Pitchoun... ça veut dire petit, je vais me marier en Amérique; n'ayant pas eu d'enfants dans ce monde, j'ai des chances pour en avoir dans l'autre. Or, je possède un neveu, un imbécile qui m'envoie deux fois par an ses fautes d'orthographe au jour de l'an et à ma fête. Avant de partir je veux faire quelque chose pour cet animal-là. Voici quarante mille francs que tu lui remettras avec ma bénédiction... et une grammaire française.
PONTBICHET.
Et vous vous êtes empressé de lui porter...
DARDARD.
Voilà où commence la petite gredinerie. J'allais partir, lorsqu'à la porte des Messageries Laffitte et Caillard, j'avise une affiche. Vins à vendre sur pied.
PONTBICHET.
Comment ! des vins sur pied ?
DARDARD.
Oui, la récolte. Il s'agissait du meilleur crû des environs de Bordeaux... le crû de... neuf étoiles. Une affaire d'or !... Alors je me dis : Bah ! ce neveu est riche... il attendra bien six mois. Je lui porterai ça plus tard. Je rumine mon opération, je consulte un ami, un jeune homme de Bergerac ; il m'approuve, et je pars. Pontbichet, ne contez jamais vos affaires à un jeune homme de Bergerac !
PONTBICHET.
Pourquoi ça?
DARDARD.
J'arrive chez le vendeur... qu'est-ce que je trouve? le petit gueux qui venait de me souffler...
Le crû de neuf étoiles ?
DARDARD.
Juste !
PONTBICHET.
Oh ! un crû si étoile que ça !
DARDARD.
A ma place qu'eussiez-vous fait ?