JEAN SAUVE LE CAPORAL
Jean reprend ses sens. Il ne souffre pas. La nuit est noire. Il appelle Noiraud. Un gémissement lui répond.
Quelle heure peut-il bien être? Le canon tonne. Les détonations sont sourdes. Le passage des gros obus déchire l’air. A l’horizon, des lueurs pourpres vacillent. Des mitrailleuses sont en action et font tac, tac, tac.
Jean perçoit le bruit des balles qui sifflent à ses oreilles.
Au loin montent les fusées éclairantes blanches, les signaux rouges et verts de l’artillerie.
Jean veut se lever, car au-dessus de sa tête il aperçoit une énorme masse noire. Cela ressemble à une hutte. Des balles entrent dedans avec un tsic , tsic, tsic très spécial. Jean rampe, promène sa main là-dessus: c’est de la paille. Il sourit: ce sont des meules de paille. Il tâtonne et saisit des vêtements: il y a là des corps. Des gens qui dorment peut-être. Il a la pensée de les réveiller pour leur demander à boire et à manger.
Alors il touche les hommes qui sont près de lui. Autour de leur taille, une ceinture: ce sont des camarades, des légionnaires ! Blessés peut-être? Il appelle à voix sourde:
«Eh les gars! Légion!»
Pas de réponse. Il est parmi des morts ! . . . La fusillade et la canonnade avaient cessé. La contre-attaque avait été repoussée.
5 Jean remarqua alors que le ciel pâlissait. C’était l’aube. . . .
L’enfant se dressa, et, suivi par Noiraud, revint vers les lignes françaises.
A peine avaient-ils franchi une centaine de 10 mètres que Noiraud bondit et disparut dans un système de défenses à demi comblé.
— Il a trouvé un blessé! pensa Jean.
Quelques secondes après, le griffon, agitant la queue, les oreilles droites, se montrait sur 15 le parapet.
— Que se passe-t-il, mon Noiraud?
Trois aboiements que Jean traduisit par: «Viens! Viens! Viens!» lui répondirent aussitôt.
20 Jean sauta dans la tranchée.
Noiraud attendait devant un abri. Son attitude disait:
— Avance ! Avance !