‹ Un jeune legionnaireChapitre 6 sur 43 · FÊTES DE NOËL · texte numérisé non relu

FÊTES DE NOËL

Alors il s’agenouillait et priait. Il demandait à Dieu de protéger ses parents, le caporal Saigne, le sergent Nicolas, les officiers et les soldats du bataillon, et tous les combattants.

Mais deux jours avant Noël, 1914, Jean nés put résister au désir de rejoindre son bataillon et monta aux tranchées avec les soldats qui étaient venus chercher les lettres et les colis au bureau du commandant.

Quelle joie! Tous ses amis étaient vivants. 10 Il leur apportait une bonne nouvelle: on passerait la Noël à Bouzy qui est une des plus agréables petites villes de la Champagne.

Les hommes sont contents! Plus que vingtquatre heures avant la relève! Mais la pluie 15 se met à tomber. Une pluie telle que personne ne sort des abris. Les boyaux et les tranchées sont transformés en véritables ruisseaux de boue. L’interminable journée! Comme des tranchées à Bouzy il y a trente-cinq kilomètres, 20 on essaye de dormir pour se préparer à cette longue marche.

A minuit, un craquement lugubre et des cris se font entendre. Une partie de l’abri s’effondre, ensevelissant Jean et huit hommes 125 pas moyen de remuer. Par une telle obscu-

rite, sous une telle averse, il n’est pas facile de les dégager. Mais la lampe électrique du lieutenant simplifie la besogne. Tout le monde est sauvé. Rien de cassé. Simplement quel- 5ques douleurs de nuque; quelques bourdonnements d’oreilles. Personne ne cherche à le nier; on a eu peur.

Le lendemain la relève se fait sous la pluie.

Etre en plein air, avec l’espace libre devant 10 et derrière soi, à sa droite comme à sa gauche, après trois semaines de circulation dans la boue, sous la mitraille, quelle joie!

Le bruit du canon diminue peu à peu. Bientôt, c’est le silence de la campagne. La route 15 est longue. Les hommes chantent en marchant :

((C’est nous la Légion,

Baïonnette au canon,

Qui venons combattre pour la France.»

20 Enfin c’est Bouzy.

Les soldats dorment dans des lits, mangent à des tables, assis sur des chaises, et se lavent dans des lavabos où l’eau abonde. Et le lendemain se promenaient dans les rues de Bouzy 25 des légionnaires en uniformes propres, barbes rasées, moustaches taillées et souliers cirés.

Jean, Noiraud, le caporal Saigne et le ser-

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