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CHAPITRE III

Oiseau- Mouche et Porthos

— Où nous conduisez- vous? demanda le Préfet de police, en abordant le Chef de la sûreté.

— Si vous le voulez, nous visiterons d'abord les caboulots aussi illustrés que peu illustres, situés en plein cœur de Paris, à quelques pas de Notre-Dame, et à cinq minutes de votre hôtel et du Palais de Justice.

— Je pensais que vous alliez nous mener dans les quartiers excentriques, aux barrières.

— Inutile d'aller si loin, pour étudier les mœurs de la lie parisienne. Nous trouverons dans le fouilli des ruelles qui avoisinent la place Maubert de quoi employer notre soirée.

— Vous êtes seul. Ne craignez-vous point une mauvaise rencontre ? Si on vous reconnaît, vous pouvez être l'objet d'une vengeance.

— Soyez sans inquiétude ; j'ai pris mes pré-

cautions. Regardez ce petit homme en redingote noire, près de cette voiture à deux chevaux, place Saint-André-des-Arts : c'est un de vos agents.

— Mais, dit le Secrétaire particulier, vous nous avez recommandé une tenue simple, et vous habillez votre agent comme s'il allait à la noce.

— Cet employé devait se rendre ce soir au concert qui précédera la tombola au profit des pauvres ; il n'a pas eu le temps de retourner chez lui pour changer de tenue. Seulement, ne vous préoccupez pas de son costume ; il ne nous gênera pas beaucoup. Oiseau-Mouche^ sobriquet de cet agent, emporte toujours, sous ses vêtements un léger assortiment d'effets de rechange, et se métamorphose à volonté. Sa transformation s'opère dans une voiture, sous une porte cochère, dans une vespasienne, ou même dans la rue. Tout en marchant, il endosse, sans se faire remarquer, une blouse et un tablier de tonnelier ; son chapeau mécanique disparaîtra sous la blouse, pour faire place à une casquette de soie qui prend toutes les formes et toutes les dimensions particulières aux professions qu'il représente. Enlin, une barbe postiche et deux fausses dents, de devant, très saillantes, le rendront méconnaissable pour les yeux les plus exercés.

— Alors, le Protée de la fable antique n'est qu'un petit garçon à côté de lui, dit M. René, en riant.

— Pourquoi votre Oiseau-Mouche ne vient-il pas nous rejoindre ? demanda le Préfet.

— Il a pour consigne de ne s'approcher que sur un signe de moi, à moins d'un incident imprévu, qui nécessiterait son intervention immédiate ; dans ce cas, il serait promptement à nos côtés.

Son rôle, pour ce soir, est absolument muet. Il a entre les mains un petit carton sur lequel sont inscrits les endroits où il doit faire stationner la voiture qui est là à notre disposition.

Si nous passons à côté du véhicule, sans y monter, il indiquera au cocher son nouveau stationnement.

— Cette voiture est au service de l'administration?

— Nullement. Elle appartient à la Compagnie générale.

— Mais vous connaissez le cocher qui la conduit? ♦

— En aucune façon.

— Et si, dans un cas difiicile, cet homme allait se tourner contre nous?

— Nous pouvons avoir pleine confiance en lui. M. Bixio, Tintelligent directeur de la Compagnie générale, ne confie ces sorte? de voitures qu'à des cochers ayant donné de nombreuses preuves de leur bonne conduite, de leur probité et de leur régularité. Il n'y a rien à craindre de ce côté.

— Oiseau-Mouche sera seul à nous accompagner? demanda M. René.

— Il a un collègue avec lui.

— Je ne le vois pas, reprit le préfet.

— C'est l'homme placé en ce moment au dé-

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bouché modifié de la rue de l'Hirondelle, près de la station des omnibus.

— Ce grand et gros gaillard qui flâne, en fumant tranquillement sa pipe?

— C'est cela.

— Quel contraste physique entre lui et Oiseau-Mouche !

— Ce contraste, aussi frappant au moral qu'au physique, fait leur force à tous deux : ils se complètent l'un par l'autre et se quittent le moins possible. Fortïios est le sobriquet de ce deuxième agent.

— Pour en avoir fait vos aides-de-camp, ils doivent posséder des qualités spéciales ?

— On ne pourrait être mieux doués qu'eux; mais les qualités d'Oiseau-Mouche sont l'antithèse de celles de son collègue Porthos.

Son surnom d'Oiseau-Mouche est bien approprié à sa personne. Comme ce volatile des Indes, il est petit, agile et défiant à l'extrême. Ses yeux perçants, toujours aux aguets, lui font voir €t deviner les hommes et les choses qu'il faut chercher ou éviter. Doué d'une imagination très vive, d'une grande intelligence, déùî^oiiillard àdins toutes les circonstances, il possède une hardiesse remarquable dans les opérations difficiles. Avec €ela, beaucoup de cœur, la passion de son métier et, malgré sa vivacité naturelle, la patience d'un pêcheur à la ligne, quand le service l'exige. Il est admirablement doué et possède la bosse de la police, et sent l'arrivée ou la présence de la canaille.

A l'âge de douze ans, à l'usine où son père

était surveillant, il fut soupçonné d'un vol de 500 francs ; la paie du contre-maître avait disparu.

Furieux des injustes soupçons dont il était l'objet, il se promit de découvrir lui-même ce coupable. Tout en continuant, selon sa coutume, à jouer dans l'usine, il s'attaclia aux pas d'un apprenti sur lequel il avait conçu des doutes, et il le surprit au moment où il déterrait, dans une cave, la somme volée.

Emerveillés, les ouvriers se cotisèrent pour lui offrir une montre d'argent.

C'était son premier succès et sa première récompense.

Autant Oiseau-Moucbe est pétulant, vif, emporté, toujours prêt à cogner ^ autant Porthos est calme, réfléchi et... muet. Doué d'une force herculéenne, il considère comme une lâcheté de l'employer sans nécessité absolue. Si un malfaiteur qu'il arrête veut lui résister, il l'étreint... en douceur, et l'enlève comme une plume sans la moindre violence. Dans une bagarre, sa présence suffit pour ramoner la paix. Il sépare placidement, écarte d'un revers de main les combattants, et ramasse dans le tas celui qu'il cherche. Il ne frappe jamais ; il sait, il comprend qu'il ne doit pas faire sentir la double force dont il dispose comme agent et comme homme et, sous sa physionomie bon enfant, vous auriez lieu de remarquer ses yeux fins et exercés. Il n'est pas crédule, et c'est une précieuse qualité.

Malgré sa constitution, qui nécessite une

nourriture abondante, il supporte patiemment la faim et la soif, quand les circonstances l'exigent. C'est le seul côté, du reste, par lequel il ressemble à Oiseau-Mouche, également très sobre.

L'un comme l'autre ne sont point en peine pour passer plusieurs nuits à la belle étoile, couchés sur le sol humide, guettant leur gibier. Tous les deux, très disciplinés, obéissent sans jamais discuter un ordre, si dur qu'il puisse leur paraître.

Porthos se grime rarement : sa stature s'y oppose. Sous n'importe quel costume, il serait facilement reconnu.

Plusieurs curés de Paris lui ont fait des offres de service... Ne souriez pas, monsieur René, j'ai dû employer toute mon influence pour empêcher Porthos d'endosser l'habit galonné du suisse d'église.

— Il est certain, qu'il aurait produit un effet superbe, avec son tricorne, sa culotte écarlate, ses bas blancs, la canne à pomme d'argent d'une main et la hallebarde de l'autre. Les bonnes dévotes auraient raffolé de lui.

— Quelle profession exerçait Porthos avant d'entrer à l'administration ? demanda le Préfet.

— Il était employé chez son cousin, marchand de curiosités, incapable de distinguer le vieux du moderne, mais cherchant, par des prix exorbitants, à donner une valeur artistique aux objets de bric-à-brac qui encombraient son magasin.

Ancien chineur, le cousin de Porthos avait la

prétention de passer pour un homme érudit ; il s'intitulait volontiers et très modestement le maître des antiquaires.

Sans connaissances spéciales sur la provenance et la fabrication des objets d'art et des meubles anciens, il avait trouvé pour satisfaire sa clientèle, et surtout son amour-propre, cette phrase typique : a Ça... c'est de r époque. » Et il la répétait à tout propos.

Par ordre, Porthos se faisait l'ombre et l'écho de son cousin. L'écho seul lui est resté. Dans toutes les circonstances, où il est appelé à agir ou à parler, il ne peut s'empêcher de conclure par ces mots : C'est de r époque.

— C'est vous-même qui recrutez les agents ? demanda encore le Préfet.

— Hélas ! non. Je ne suis même pas consulté sur les aptitudes et les qualités de mes futurs collaborateurs. Lorsque par hasard le garçon de bureau en amène un, pour être soi-disant examiné, le candidat est nommé d'avance ; car on ne peut rien refuser au protecteur dont le nom figure sur la note épinglée en tête du dossier.

— Faut-il donc des qualités spéciales, pour faire un agent de la sûreté ?

— Elles sont indispensables, parce que son champ d'exploration est la voie publique, et que sa mission consiste, sans affectation, à tout voir sans être vu.

Un bon agent de la sûreté, doit aimer sa profession, connaître Paris à fond, être dévoué à ses chefs et à l'administration, posséder une bonne instruction primaire pour exprimer clai-

rement sa pensée dans un rapport et rendre compte de ce qu'il a fait.

Au point de vue physique, l'agent doit avoir une taille moyenne, plutôt petit que grand, afin d'être moins remarqué, et une constitution solide pour résister aux fatigues de l'emploi.

Les Adonis seraient, à la Sûreté, plus nuisibles qu'utiles, cependant il faut avoir un physique agréable, sans difformité, cicatrice ou signe particulier par trop apparent. De bons yeux, les cheveux coupés ras et la barbe courte. La barbe trop longue donne à certaines figures des airs de Capitaine Fracasse et, sur d'autres, elle fait revivre le type du vieux recors resté légendaire dans les drames de M. d'Ennery. En cas de rébellion, de lutte, les cheveux ras et la barbe courte échappent aux malfaiteurs, toujours disposés à y porter les mains.

Sa tenue doit être propre, modeste, peu voyante et les vêtements de couleur sombre sont préférables. Peu ou point de bijoux, et la canne ne doit sortir que dans les expéditions de nuit pour éloigner les chiens trop pressés de faire connaissance avec les mollets des agents: autrement elle est encombrante et inutile.

Des qualités morales sont également indispensables. La vie privée d'un agent doit être régulière, pour ne point succomber aux tentations de toute nature qui lui sont offertes ; heureux, lorsqu'il peut avoir sa liberté d'action dans l'accomplissement de ses devoirs, en conservant son entière indépendance à l'égard des personnes étrangères à l'administration !

Il faut que l'agent de la sûreté soit très consciencieux et foncièrement honnête. Il ne doit jamais mentir dans ses rapports écrits et dans ses témoignages, qui font foi en justice. Une affaire dans laquelle la vérité serait altérée peut avoir des conséquences graves pour un inculpé. Mentir, dans ces circonstances, est toujours une lâcheté, une infamie et souvent même un crime.

Enfin, il doit avoir ce que nous appelons : « le courage de la nuit. »

— Mais ce sont des candidats au prix Montyon, que vous demandez là; et je me déclare incapable d'assurer le recrutement de votre personnel, dans les conditions que vous indiquez.

— Il est difficile, je le sais, de rencontrer tant de qualités et de vertus en un seul homme ; mais je demande beaucoup pour avoir un peu.

— A quel âge préférez-vous recevoir les candidats ?

— Entre vingt-cinq et trente ans.

Nommé plus tôt, l'agent est trop jeune, sans

expérience aucune, et aime à s'amuser ; plus tard, il a contracté des habitudes qu'il est difficile de lui faire perdre.

Généralement, les meilleurs sujets sont ceux qui sortent du service militaire, où ils ont acquis le sentiment du devoir, l'habitude de la discipline, de l'obéissance passive aux ordres des chefs, qualités que l'on rencontre rarement dans l'élément civil.

— Je me suis déjà rendu compte, de la modicité des salaires accordés aux agents de la Police

municipale ; je comprends que, pour leur recrutement, les chefs soient obligés de glisser sur certaines imperfections.

Les fonctions d'agent sont parfois délicates, souvent difficiles et dangereuses, toujours pénibles à remplir, tout n'est pas couleur de rose dans la carrière ; mais nous ferons le possible pour rendre leur situation meilleure, et pour vous assurer en même temps un excellent personnel.

— C'est le point essentiel. Les bons candidats ne manquent pas, croyez-le ; mais la Police municipale qui les choisit, subit trop l'influence extérieure. Tous les agents sont nommés par protection, et celui qui se recommande par luimême, si méritant qu'il soit, postule indéfiniment, puis se décourage, et réclame ses papiers pour se créer une autre position.

— C'est possible ; mais on ne peut pas toujours refuser le protégé qui vous est envoyé par un ami intime ou un personnage influent, qui vous répond de lui...

— Sans l'avoir jamais vu, ajouta le Chef de la sûreté ; car ce candidat est souvent, non son protégé, mais celui de son valet de pied, de la femme de chambre de sa femme, ou bien encore celui de sa maîtresse, et c'est surtout dans ce dernier cas que, coûte que coûte, il faut enlever la nomination. On encombre ainsi les services d'ivrognes incorrigibles, que l'on est obligé de révoquer plus tard, lorsqu'ils ont compromis l'administration par une de ces bévues qui, de temps à autre, soulèvent dans la presse un joli

scandale ; on peuple la Préfecture de Police (comme les autres administrations, du reste) de fruits secs et de crétins prétentieux qu'il faut g-arder vingt-cinq à trente ans, sans aucun profit. Ils exigent Tavancement qui leur revient par droit d'ancienneté, et paralysent ainsi celui des jeunes employés intelligents, obligés de travailler pour deux.

Aussi, qu'arrive-t-il ?

Lorsqu'un agent, qui a conscience de sa valeur et de son mérite, voit l'avancement obstrué par une nullité, il so décourage et quitte le service, dès qu'il en trouve l'occasion.

Par un préjugé stupide, la société, dont il est le fidèle défenseur, tient un médiocre compte à l'agent de la sûreté des sacrifices qu'il s'impose ; tandis que, dans le commerce et l'industrie, tout en gagnant davantage, il est moins sujet à compromettre sa santé et sa vie.

— Mais comment distinguer par ava nce les bons candidats? Il faut les juger sur les apparences, et vous savez, comme moi, combien elles sont souvent trompeuses.

— Je voudrais.pour eux, un temps d'épreuves variant de six mois à un an ; ils seraient employés à titre d'auxiliaires, avec le même traitement que les titulaires.

Le chef de service, pendant cette période d'essai, pourrait alors apprécier leur valeur ou leur insuffisance. Il fournirait sur eux un rapport détaillé, soumis ensuite à une commission d'examen chargée de statuer définitivement sur l'admission définitive des candidats.

De cette façon, on n'embrigaderait plus aucun agent, sans qu'il ait subi un examen sérieux.

Cette création permettrait de ne recruter que d-e bons sujets ; on ne perdrait pas cinq, et quelquefois dix années, pour leur faire acquérir le tact, la prudence, le flair et la rapidité de coup d'œil nécessaires pour le succès d'un grand nombre d'opérations.

Cette conversation avait permis au Chef de la sûi'eté de faire parcourir au Préfet et à son secrétaire les rues du Chat-qui-pèche, de la Huchette, Zacharie, Saint-Sé vérin, delaParcheminerie, Boutebrie, et Saint-Jacques.

A l'entrée de la rue Galande, tous les trois s'arrêtèrent un instant.

— Que de ruelles ! dit le Préfet. En avonsnous encore ?

— Oui, dans les rues Saint-Julien-le-Pauvre, de la Bùcherie, du Fouarre, de l'Hôtel-Colbert, Jacinthe, des Trois-Portes, du Haut-Pavé, des Anglais et l'impasse des Lavandières : toutes vieilles et vénérables voies, dont l'aspect ancien forme un contraste frappant avec les élégautes et confortables habitations des boulevards Saint- Michel et Saint-Germain, qui les enclavent à i'ouest et au sud.

La promenade continua à travers les rues indiquées.

Des pochards y nombreux^ titubant et trouvant la rue trop étroite, venaient se heurter, de temps à autre, contre les trois observateurs en demandant d'une voix éraillée un pardon mélancolique.

Des filles nu tête, un ruban rouge dans les cheveux, arrêtées devant des portes basses, mettaient la bouche en cœur, à leur approche et murmuraient leur refrain monotone : joli garçon... beau blond... mon bijou,., viens chez moi je serai gentille^ et.,.^ mais ces nombreuses provocations à la débauche faites sans conviction, étaient plutôt le résultat de la force d'habitude que de l'espoir. Les traînées de ces bas-fonds devinaient, à la tenue et aux allures des trois noctambules, des touristes et non des amateurs de beautés flétries.

Glissant le long- des murs, des figures louches et sinistres apparaissaient et disparaissaient comme des ombres.

Les appels des filles et les entrechats des ivrognes, amusaient beaucoup M. René. Le jeune homme, laissant causer son oncle et le Chef de la sûreté, les suivait à plusieurs pas de distance et prenait plaisir à gaminer un peu.

Quelques pâles voyous lui ayant coulé en passant des regards moins tendres que ceux de leurs femelles, une certaine inquiétude s'empara de lui : il avait beau se retourner, nulle part il ne voyait poindre Oiseau-Mouche, Porthos et la voiture requise.

Dans la rue du Fouarre, son inquiétude augmenta : un grand nombre de rôdeurs fourmillaient dans ce coin. Jamais, il ne se serait cru à cent mètres du boulevard Saint-Germain.

Se rapprochant du Chef de la sûreté, il lui dit vivement :

— Vos deux agents d'élite sont des farceurs.

— Pourquoi?

— Parce qu'au lieu de nous suivre de près, ils nous ont abandonnés ?

— Yous croyez?...

— Regardez vous-même.

Le Chef de la sûreté ébaucha un sourire, et souleva légèrement son chapeau, sans que ce mouvement fût remarqué.

Dix secondes s'étaient à peine écoulées, que Porthos et Oiseau-Mouche, ce dernier transformé en marchand de tonneaux, étaient devant eux, immobiles, silencieux, attendant des ordres.

M. René resta ébahi, et leur serra énergiquement la main à tous deux, comme pour leur demander pardon de ses injustes soupçons.

Le Préfet lui-même était intrigué de l'apparition soudaine des deux agents, juste au moment où ils étaient désirés.

— Quel signal leur avez-vous donc donné, pour qu'ils soient accourus?

Avant de répondre, le Chef de la sûreté ôta son chapeau, et le plaça un instant devant sa bouche. Aussitôt, Oiseau-Mouche et Porthos s'éloignèrent.

— Je commence à comprendre , reprit le Préfet, qui se rappela le premier mouvement du chapeau.

— Les femmes, dit le Chef de la sûreté, font parler les fleurs dont elles ornent leurs robes. L'éventail et le mouchoir jouent un rôle important dans la vie galante et mondaine, en donnant, acceptant ou refusant un rendez-vous

dont le mari est toujours exempt. Moi, qui n'ai jamais porté ni arme, ni canne, j'ai choisi le chapeau mécanique en mérinos noir, pour donner un signal, envoyer un ordre, que je ne veux ou ne puis exprimer de vive voix.

Vous m'avez vu lever mon chapeau, mes hommes sont arrivés; je l'ai placé devant ma houche, ils se sont éloignés. En le pliant, le fermant ou l'ouvrant, en le plaçant à droite ou à gauche, je donne un ordre différent, aussitôt compris et exécuté. Chaque mouvement indique la chose à faire, et la plupart des cas sont prévus.

C'est, vous le voyez, mon principal auxiliaire, mon porte-voix, mon syllahaire policier. Il me sert à la fois de télégraphe et de téléphone.

Discret et sur, mon système est peu connu et pratiqué seulement par quelques agents. Son jeu est facile, et je puis le varier à l'infmi. 11 ne s'agit, pour mes hommes, que d'avoir de l'attention et de bons yeux.

— C'est en effet d'une simplicité ingénieuse.

— Vous aurez l'occasion d'en juger, et d'apprécier si ma correspondance conventionnelle, abréviative, est rapide, assurée ; elle ne subit, en tout cas, aucune influence atmosphérique.

La police doit pouvoir, à l'occasion, correspondre par signaux muets, peu apparents et seulement connus d'elle.

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