VUE GÉNÉRALE DE LA MER DES GRISES
Sorte de dépression immense entourée d'une région montagneuse.
Vallée des Apennins et vallée de Schrœter.
Certaines configurations lunaires font croire qu'il existe sur la Lune des lits desséchés d'anciennes rivières.
.rées a une relation évidente avec le pas- Ce savant s'était déjà montré fort
sage de la Lune au méridien puisque la inférieur dan6 une discussion de physimaree, comme la Lune dans le ciel, re- que avec Torricelli et il s'appelait... Galilée !
Puisque la Lune exerce une action sur les océans,, c'est-à-dire sur l'enveloppe liquide du globe, on pouvait croire a priori qu'en étudiant les grandes lois de l'atmosphère on y découvrirait une marée analogue à celle que su bit la couche liquide.
Le problème est intéressant, puisqu'il peut nous conduire à des résultats pratiques au point de vue de la Météorologie.
Une marée atmosphérique,, pensait-on, ne saurait avoir lieu sans amener des troubles de quelque étendue et plus d'un bâtisseur d'hypothè6es avait déjà entrevu une relation possible entre les phases de la Lune et les changements de temps.
Ce problème simple en apparence est cependant l'un des plus complexes que les 6avant3 aient à résoudre. Aussi l 'ontils attaqué de plusieurs côtés à la fois. Dans certaines contrées, l'expérience le démontre, il pleut davantage au moment de la lune croissante qu'au tempsde son décours. Le nord de la France et de l'Allemagne est nettement dans ce cas et le tableau que nous donnons ici, met le fait en évidence.
Il ne faudrait pas s'exagérer cependant La valeur du rapport entre les jours pluvieux de la première période et ceux de la deuxième : la différence est extrêmement faible.
Mais dans le sud de la France, la loi ne subsiste plus; elle est même renversée. D'ailleurs, théoriquement, il est facile d'établir par le calcul la valeur de cette marée atmosphérique lunaire : elle se traduit par des dixièmes de millimètres au maximum et rentre dans les erreurs d'observation; c'est dire qu'elle n'affecte pas sensiblement nos baromètres.
tarde chaque iour de trois quarts d'heure environ.
Il est vrai qu'en fait, cependant, s'il se produit deux périodes de flux et de reflux en un jour lunaire, le moment de la haute mer n'a lieu qu'après le passage de la Lune au méridien du lieu et qu'il faut tenir compte de la position des points où l'on observe et de la configuration des côtes.
C'est Kepler qui le premier soupçonna la véritable cause et attribua la marée à une action de la Lune, mais il était dit que ce génie remarquable n'aurait de son vivant aucune chance de voir réussir ses théories.
Un de ses contemporains, en 1631, le traita à ce propos de visionnaire, et comme son contradicteur était un savant, j'allais dire, officiel, le pauvre Kepler n'eut qu'à baisser la tête.
Et cependant celui qui prenait ainsi à partie l'illustre Kepler n'était pas précisément inféodé aux doctrines d'Aristote, il se réclamait sans cesse du droit de liberté pour penser et si je ne vous disais son nom, vous seriez incapable de le deviner.
L'explication est peut-être à côté.
Nous savons que les oscillations barométriques, surtout les baisses sensibles, ne sont pas liées essentielle- • ment aux changements de * temps. B
La France et l'Europe oc- ■ cidentale sont dans une posi- ftion quasi exceptionnelle pour y profiter des indications du I baromètre. f
Les régions du Midi sont | beaucoup moins soumises que f, la région septentrionale aux l influences du Gulf-Stream et |l telles conditions amenant un ' régime pluvieux en un endroit ne produisent pas le même effet sur d'autres régions.
Quel météorologiste peut se flatter aujourd'hui de connaître à fond le mécanisme de la pluie ?
La Lune pourrait donc fort bien, par -sa présence au-dessus de l'horizon — effets chimiques, effets électriques ou «d'ionisation, effets mécaniques faibles — jouer un certain rôle dans les chutes de pluie.
Il est donc fort prudent d'attendre -avant de se prononcer, et notre devoir est surtout de ne pas nier les faits sous prétexte que nous n'en voyons pas l'explication.
La croyance populaire pourrait bien ici, comme en d'autres circonstances, avoir raison contre les savants.
Au surplus, ce qui donnerait à cette théorie un air de vérité, c'est que depuis quelques années les mathématiciens ont abordé la question par une autre voie qui paraît plus féconde.
La Lune, nous l'avons déjà fait remarquer, n'est pas toujours à la même distance de l'équateur céleste. La combinaison de 6es mouvements avec le plan de l'Ecliptique incliné par rapport à l'axe de la. Terre, donne lieu à un phénomène que tout le monde peut remarquer.
Tantôt elle puee trèa liant dam te ciel, traçant un très grand cercle audessus de l'horizon, tantôt, au contraire,
elle reste confinée vers les régions sud, s'élève fort peu et nous envoie ses rayons sous une grande obliquité.
Dans nos régions, les jours de pluie sont un peu plus nombreux dans la première partie de la lunaison.
La couche atmosphérique sur laquelle s'exerce son action varie ainsi constamment ; notre satellite amène donc des déplacements d'air, sortes d énormes bourrelets qui, lentement, vont des régions tropicales aux latitudes élevées.
Voilà ce que prouve le calcul; que dit l'observation à ce sujet?
Exactement la même chose. La limite des vents alizés est soumise à un balancement périodique en rapport avec les déclinaisons de la Lune. Ce transport ou plutôt ce va-et-vient des zones à haute et à basse pression qui, au fond, est lié à un phénomène unique, peut donc amener du beau temps et de la pluie, simultanément, mais dans des endroits différents.
La combinaison de cet effet avec la pleine Lune et la nouvelle Lune s'ajoute peut-être en plus d'un cas pour modifier le temps, si bien que bout compte fait, je ne désespère pas de voir les savants arriver peu à peu à démontrer ce que tout le monde admet de longue date, que not re satellite est bien pour quelque chose dans certains changements atmosphériques.
Mais il ne faut rien exagérer et ne pas pou l'extrême. Les
phases intermédiaires entre la pleine
Lime et la nouvelle Lune ne semblent pas coupables des méfaits qu'on leur attribue.
Et a la Lune rousse » ? direz-vou6.
Patience, nous y arrivons.
Savez-vous bien d'abord la signification de ce mot, et à quelle époque se produit la Lune rousse?
elle est forcément visible; de là cette accusation portée contre elle de roussir les plantes.
La Lune rousse est connue de temps immémorial. Les jardiniers et les viticulteurs s'en méfient et ils attribuent ses ravages à des propriétés frigorifiques spé-
Façade sud de l'Observatoire de Paris.
Vers la fin d'avril, mais plutôt dans le courant de mai, alors que la température de la journée commence à se relever notablement et favorise ainsi la poussée de la sève, il se produit presque chaque année un phénomène assez singulier.
Exposez un thermomètre à minima, à une certaine distance du sol, vous constaterez que même pendant les nuits où l'alcool n'e:-;t pas descendu au-dessous de zéro, certaines plantes ont été atteintes par la gelée; les bourgeons touchéV; sont comme roussis. Or, le fait se produit toujours par un ciel clair et eans nuages. Si la Lune se trouve au-dessus de l'horizon,
ciales que produirait la lumière de notre satellite. L'accusation est-elle fondée, c'est ce que nous allons voir. En tout cas, la Lune rousse n'est connue officiellement des savants que depuis un siècle, comme le prouve cette histoire rapportée par Arago :
— Je suis charme de vous voir réunis autour de moi, dit un jour Louis XVIII aux membres composant une députation du Bureau des Longitudes qui étaient aillés lui présenter la Connaissance des Temps et V Annuaire, car vous m'expliquerez nettement ce que c'est que la Lune rousse et son mode d'action sur les récoltes.
En bas, la mer des Vapeurs, an-dessus Tricsneeker et ses rainures En haut, à droile, le -'and cirque risible esl Ptolèmêe de 186 kilomètres d<- diamètre.
{Photographie de tObservatolre de Paris
Laplace, à qui s' adressaient plue particulièrement ces paroles, resta comme atterré ; lui qui avait tant écrit sur la Lune, n'avait en effet jamais songé à la Lune rousse. Laplace consultait tous ses voisins du regard, mais ne voyant personne disposé à prendre la parole, il se détermina à répondre lui-même :
— Sire, la Lune rousse n'occupe aucune place dans les théories astronomiques ; nous ne sommes donc pas en mesure de satisfaire la curiosité de Votre Majesté.
Le soir, pendant son jeu, le roi s'égaya beaucoup de l'embarras dans lequel il avait mis les membres de son Bureau des Longitudes. Laplace l'apprit et vint trouver Arago à l'Observatoire pour lui demander s'il pouvait l'éclairer sur cette fameuse Lune rousse qui avait été le sujet d'un si désagréable contretemps. Arago n'en sut pas plus long que Laplace, mais il promit à l'illustre astronome d'aller aux informations auprès des jardiniers du Jardin des Plantes et d'autres cultivateurs.
A la suite de l'enquête, Arago admit que désormais on tiendrait pour Lune rousse, celle qui, commençant en avril, donne une pleine Lune soit à la fin de ce mois, soit plus ordinairement dans le courant de mai.
Je ne sais si la définition est parfaite ; elle a donné lieu bien souvent à des discussions passionnées, mais fort puériles à mon avis.
Les jardiniers les tranchent tous les ans à leur manière. Tantôt les plantes gèlent, tantôt elles ne se portent pas plus mal, et la Lune rousse ne les roussit pas toujours. Quoi qu'il en soit, il y a là l'expression d'un fait qu'il faut examiner de près.
Les agriculteurs, avons-nous dit, assurent que la nuit, quand le ciel est serein, les feuilles, les bourgeons exposée à la lumière de la Lune roussissent, autrement dit, se gèlent, bien que le thermomètre, dans l'atmosphère, se maintienne à plusieurs degrés au-deesus de zéro. D'autre part, si, par suite de la pré-
L'iNTÉRIEUR D'UN VOLCAN LUNAIRE.
sence de nuages dans l'atmosphère, les ravons de l'astre ne peuvent arriver jusqu'aux plantes, on n'observe plus les mêmes effets, bien que la tempe rature générale de l'atmosphère reste la même.
Il semblerait donc bien, à première
vue, que les rayons lunaires soient la cause de ce refroidissement.
Cependant, si au moment de la nouvelle Lune, alors que l'astre n'est pas au-dessus de l'horizon, l'atmosphère se découvre, vous pourrez constater que les jeunes pousses, celles de la vigne en particulier, gèlent et roussissent tout aussi bien.
La Lune n'a donc rien à voir en la circonstance et l'explication du phénomène doit être cherchée ailleurs.
Le refroidissement nocturne a été étudié autrefois par Wilson, et voici ce qu'a constaté ce physicien dès 1783 :
Après avoir placé un thermomètre sur la neige et constaté qu'il marquait 22° environ au-dessous de zéro, alors que la température à quatre pieds <lu sol n'atteignait que — 14°, il vit tout à coup le thermomètre inférieur remonter de 8 degrés à la suite de l'envahissement du ciel par les nuages.
Lorsque la nuit est pure et sereine les corps perdent donc leur chaleur par le simple effet du rayonnement. La présence d'un écran nuageux, d'une toile ou d'une couverture de paille, aussi minces • nt-ils, s'oppose aussitôt à cet effet.
Tous nos lecteurs peuvent recommencer facilement les expériences de Wilson; ils constateront alors que pendant les nuits calmes et sans nuages l'herbe présente toujours une température moindre que celle de l'air à deux mètres de hauteur. Il ne faut donc pas juger du froid qu'une plante a éprouvé la nuit par les seules indications d'un thermomètre susi dans l'atmosphère.
Ce phénomène est parfaitement connu et utilisé depuis un temps immémorial, au . par exemple, pour fabri-
;• de la glace. Des vases plats contenant de l'eau sont disposés dans une ex-
;ition. remplie de paille de maïs. Un rebord do terre règne tout autour et
if-nt l'air refroidi. Quand le ciel est
<;n, l'air calme, pas trop humide, et
au-dessous de 10°, l'eau se congèle, iru-me
nd un thermomètre couché sur la
e marque 5°. On cite de ces manu-
factures de glace qui emploient à cette industrie des centaines d'ouvriers, et le procédé a été utilisé pour la même opération par le physicien Wells qui répéta ces expériences en Angleterre pendant l'été.
Mais pour réussir, il faut toujours des nuits pures ; par temps couvert le rayonnement est nul et la différence de température devient insensible.
Ces notions vont maintenant nous aider à comprendre ce qui se passe à l'époque de la Lune rousse. Dans les nuits des mois d'avril et de mai, la température de l'atmosphère n'est souvent que de 4° ou 5° au-dessus de zéro ; or, par suite du rayonnement, nocturne, le refroidissement que subit le sol peut atteindre un ou plusieurs degrés au-dessous de zéro. Les plantes subissent le même abaissement de température et elles gèlent. Or, quand ces gelées se produisent, c'est que le ciel est pur, et par conséquent, si la Lune est au-dessus de l'horizon, elle brille dans tout son éclat Si au contraire le temps est couvert, la Lune ne sera pas visible, il n'y aura pas de gelée, a moins toutefois que la température générale de l'atmosphère ne soit au-dessous de zéro.
Il est donc vrai, comme les jardiniers le prétendent, qu'avec des circonstances thermométriques toutes pareilles, une plante pourra être gelée ou ne l'être pas, suivant que la Lune sera visible ou cachée derrière les nuages. Encore une fois la lumière lunaire n'est ici que l'indice d'une atmosphère sereine; c'est parce que le ciel est pur que le refroidissement nocturne se produit, et la congélation a lieu tout aussi bien si la Lune n'est pas au-dessus de l'horizon, a L'observation des jardiniers était donc incomplète, dirons-nous avec Arago, mais c'est à tort qu'on la supposait fausse. »
Et maintenant, pourrait-on se demander, pourquoi ces gelées nocturnes se produisent-elles au printemps, à la fin d'avril ou au commencement de mai, et non en été ou en automne?
La première raison : c'est qu'à cette
époque de Tannée, l'hiver est à peine terminé et le Soleil n'a pas eu le temps de réchauffer la Terre alors que plus tard la perte par refroidissement nocturne ne saurait compenser V excès de chaleur emmagasinée pendant la journée.
A cette cause principale vient s'en ajouter une autre moins connue. Nous avons vu dans V Océan aérien quel rôle considérable jouait la vapeur d'eau pour maintenir et égaliser la température de notre atmosphère. Eh bien, la quantité de vapeur d'eau varie constamment et nous le constatons tous les jours par les écarts des hygromètres.
Depuis Tinvention de cet instrument, physiciens et météorologistes se sont livrés à des statistiques et voici ce qu'ils ont trouvé.
La masse de vapeur d'eau aérienne
augmente constamment du printemps au mois d'août, époque la plus chaude de l'année. Mais à partir de septembre elle diminue et se réduit à son minimum précisément au mois d'avril, moment où elle serait le plus nécessaire pour contre-balancer le rayonnement nocturne.
Ainsi tout conspire au printemps à nous donner des nuits froides et à faire soupçonner la Lune d'un pouvoir frigorifique dont la blonde Phœbé est tout à fait innocente.
Est-ce à dire que la Lune n'exerce aucune action sur les plantes?
Il serait fort imprudent de l'affirmer après le seul examen des théories sur la Lune rousse.
Il nous faut donc envisager le problème sous un autre point de vue et c'est précisément ce que nous allons faire.
Le cirque lunaire de Péta\
Une rainure de la Lune vers Hyginus.