‹ Un jour dans la luneChapitre 14 sur 20 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

lia liane, la Végétation et la Vie organique.

La question de l'Influence de la Lune sur les plantes est vieille comme le monde et tous les vingt-cinq ans il 6e rencontre quelque esprit hardi ne dédaignant point de rompre des lances en sa faveur.

Dan6 une Etude sur la Météorologie populaire en Berry, M. Larchevêque écrivait que, d'après ses recherches, on croit très fermement dans le centre de la France, à l'influence des phases de la Lune sur les plantations, les semis, etc. On doit, par exemple, planter et semer ou couper du bois en nouvelle Lune. La germination d'abord, la pousse de la plante ensuite seront beaucoup plus rapides et plus vigoureuses si ces opérations ont été faites en Lune nouvelle.

Voilà le thème ; il résulte des enquêtes que j'ai faites un peu partout que cette opinion peut être taxée de générale; on la retrouve presque telle quelle dans tou6 les pays du monde.

Mais, et c'est là le point capital de l'histoire, cette même opinion a été battue en brèche par bon nombre de savants et les vulgarisateurs ont bravement emboîté le pas.

« Ce sont, disent-ils, des préjugés de bonne femme dont 11 ne faut pas tenir compte. »

Avez-vous remarqué que dans bien des circonstances les savants sont ceux qui connaissent le moins la Nature?

J'ai rencontré des mathématiciens qui

n'auraient pas été capables de distinguer un pied de maïs d un poireau, des physiciens ignorants des plus élémentaires principes de la physiologie, et des géologues qui, par contre, n'avaient pas ouvert un livre de physique depuis trente ans.

Cette spécialisation à outrance, avec le dédain de tout ce qui est à côté, engendre les plus déplorables résultats.

Les gens de science qui vantent la méthode expérimentale, comme il convient, et la pratiquent quelquefois, ne sont trop souvent que t gen6 de laboratoire » et la Nature leur échappe.

Les astronomes en général traitent avec mépris les influences possibles de la Lune sur la végétation, les météorologistes en font à peu près autant.

Si l'explication d'un fait n'existe pas, on refuse de croire à son authenticité. Toute l'histoire des sciences nou6 cm fournirait de nombreux exemples.

Rappelez-vous les académiciens d'anran niant les chutes de pierres tombées du ciel, les faits de somnambulisme ou d'hypnose à une époque où ces manifestations étaient mal étudiées, les chutes très authentiques de la foudre sous forme d'une boule enflammée, etc., etc.

Il mest avis qu'il se passe quelque chose d'analogue pour la Lune : au lieu de prendre la méthode expérimentale on se contente de disserter et on imite les péripatéticiens et les scolastiques dont on raille les méthodes!

On pourrait instituer des séries d'expériences scientifiques dûment contrôlées, mais je ne connais pas d'astronomes ni de météorologistes qui « se soient résignés » à pareille besogne pour étudier le sujet qui nous occupe.

Sans prendre parti pour lune ou l'autre opinion touchant l'influence de la Lune en la circonstance, j'ai pensé que le mieux était d'entendre les témoignages des campe adverses.

Ecoutons d'abord M. Henry Aymé, secrétaire du Syndicat agricole de La gnes (Vaucluse) :

« Je ne suis pas de ceux qui pensent

que la science a tout découvert et que l'on doit rejeter sans examen ce qu'elle ne peut expliquer ; mais pour qu'une chose inexplicable soit tenue pour certaine, j'estime qu'elle doit s'appuyer sur des expériences sérieuses. Aussi, si je suis convaincu de la nullité de l'influence de la Lune au point de vue de la physiologie végétale, ce n'est pas parce que cette influence serait inexplicable, c'est surtout parce que pendant vingt-cinq ans de pratique agricole, je n'ai relevé aucun fait sérieusement établi à l'appui de cette croyance et que je puis au contraire en citer de très précis qui sont à l 'encontre. « La croyance à l'influence de la Lune est loin d'avoir à la campagne la puissance d'un axiome, témoin cet agriculteur qui me disait :

« — Nou6 savons que la Lune ne peut rien faire à nos récoltes, mais on l'entend tellement dire que cela fait toujours quelque chose à l'imagination.

a Les faits cités ne sauraient être présentés comme indéniables; qu'on en juge, a C'est une croyance répandue que les arbres taillés à la Lune vieille, poussent moins vigoureusement que si la taille a été exécutée à la Lune nouvelle; mais, toujours d'après la croyance populaire, il y a un jour particulièrement néfaste pour .ce travail, c'est le dernier mercredi de la Lune ; aussi on admet qu'un arbre taillé ce jour-là ne repousse pas, au point qu'on recommande de choisir ce mercredi pour couper les ronces et les arbres nuisibles. Voici ce qui m'a été raconté par un agriculteur :

a — Une année, très pressé par le travail, je commençais à tailler six jeunes mûriers sans trop réfléchir au jour ni à la Lune; lorsque j'en eus taillé trois, je m'aperçus que c'était le dernier mercredi de la Lune. Je laissai mon travail inachevé, bien persuadé que j'avais tué mes trois arbres, et je revins tailler à la Lune nouvelle les trois qui étaient restés. Dans la suite, je ne pus constater la moindre différence entre ceux qui devaient mourir et ceux qui, selon la croyance populaire, devaient pousser vigoureusement.

« — Voilà, lui répondis-je, une expérience qui devrait bien vous faire perdre votre belle confiance en la Lune.

« Voici encore plusieurs faits dont j'ai été témoin :

« Un jour nous étions occupés à plan-

Le cirque Albategnius.

(D'après un cliché de l'Observatoire de Paris.)

ter des pommes de terre ; passe un voisin qui nous interpelle en ces termes :

« — Vous voulez donc récolter des chapelets ?

a — Comment ça?

« — La Lune ne vaut rien aujourd'hui pour le travail que vous faites. Vous récolterez des pommes de terres nombreuses, mais très petites ; la Lune n'a pas de force.

i C'était, on le voit, parler avec assurance. A la récolte, il n'y eut rien d'extraordinaire comme nombre, mais ces tubercules furent superbes de grosseur ; ce qui nous fit dire que si la Lune avait

eu toute sa force le jour de la plantation, les pommes de terre auraient sans doute atteint la grosseur d'une courge.

« Un jour j'étais occupé à greffer un abricotier, lorsque je fus aperçu par un greffeur de profession :

« — Comment, tu greffes aujourd'hui! Mais la Lune?

« — Je dois vous dire que je ne l'ai pas consultée?

« Notre professionnel eut un sourire de pitié pour mon ignorance et me dit charitablement :

« — La greffe prendra, mais l'arbre ne portera pas de fruits, la Lune est nouvelle. Ça ne vaut rien pour la greffe !

« Ma greffe réussit bien, mais ce qui fut plus fort, c'est que l'année suivante elle me donna six fruits.

Vingt ans sont passés. Depuis, mon abricotier est devenu un bel arbre qui a toujours été très prolifique en dépit de la prophétie qui l'avait condamné à la stérilité.

« Quant à la vermoulure des bois, selon l'état de la Lune au moment de la coupe, je n'en crois rien pour la raison que je fais toujours couper le bois à la Lune décroissante, ce qui n'empêche nullement les vers de l'attaquer.

« Quant à un bois qui surnage, ou va au fond de l'eau, suivant que la Lune était vieille ou jeune au moment de la coupe, c'est la première fois que je l'en tends dire ; j'aimerais bien être témoin de cette expérience que j'ai bien des raisons pour mettre en doute.

a Beaucoup de jardiniers ne tiennent aucun compte des phases de la Lune, ils se contentent de faire leurs semis aux époques convenables et réussissent tout aussi bien que ceux qui consultent la Lune en toute occasion.

a Je pourrais citer encore bien des exemples qui prouvent que cette croyance en l'influence de la Lune ne repose sur aucune donnée sérieuse, qu'il y a là un préjugé populaire, très difficile à déraciner

Corn k BORÉAL! dk la Lune (cotk 0CE81 [mage renvei - (Atlas tunain Lœtcy et Putseux.)

et qui résulte des connaissances eu plutôt de l'ignorance agricoles il y a deux cents an6.

« Il me souvient d'avoir lu la Maison rustique du xviie siècle, un grand ïn-folio de 1 200 pages où la croyance en la Lune tient la place d'honneur et explique la réussite comme les échecs.

a A cette époque, ce n'était pas seulement l'agriculture qui était tributaire de la Lune, toutes les connaissances dérivaient de la science des astres. La médecine, pour ne parler que de celle-là, avait une Lune pour purger, saigner les flegmatiques, les sanguins ou les hypocondriaques.

« Aujourd'hui, elle est bien débarrassée de ces préjuges.

« Souhaitons, pour son plus grand bien, que l'agriculture en fasse autant. » Ainsi parle M. Aymé.

Est-ce précisément pour le plus grand bien de l'agriculture qu'on doit nier toute influence lunaire sur la végétation ? Là e6t précisément le nœud de la difficulté, et nous allons voir entrer en lice d'autres combattants aussi sérieux.

Dans un Mémoire extrêmement intéressant écrit par un horticulteur et qui a pour titre l'Action vitale de la Lune, M. Gallé-Defond (de Port-de-Piles, Vienne) a réuni, à mon avis, des observations qui résolvent en un langage très clair et très précis les objections précédentes.

Voici les règles qu'il a tirées d'expériences fort nombreuses.

Il remarque d'abord que la nouvelle L'une paraît favoriser l'ascension de la 6eve dans les plantes, celles-ci. à cette époque de la lunaison, poussent donc plus vigoureusement.

De là il peut déduire des traitements différents pour les divers genres de plantes, selon les résultats qu'il veut obtenir. S'agit-il des carottes, des radis, des salsifis, des navets, poireaux, betteraves rentrant dans la catégorie des plantes cultivées pour leurs racines, il faut les semer du ,")' au 15' jour de la lunaison.

Maie les aubergines, le cerfeuil, la

chicorée, les choux, les laitues, les oignons, le persil, les tomates, haricots, petits pois, etc., et enfin les cucurbitacées : melons, concombres, doivent être semés et plantés pendant la période de décours de la Lune.

Les cucurbitacées, en particulier, ent été l'objet d'expériences nombreuses et fort concluantes au dire de l'observateur.

Tout cela est la confirmation du vieux proverbe :

« Lune perdue, fèves grenues, i

La sagesse des nations aurait donc du bon.

Il n'est pas question ici, on le voit, de semer le mercredi plutôt qu'un autre jour : il ne faut rien exagérer.

Si la Lune exerce une influence sur la végétation, ce serait donc en favorisant l'ascension de la sève pendant la première partie de la lunaison.

Ce principe admis, il est facile de comprendre la méthode employée par M. Gallé-Defond qui, suivant les résultats à obtenir, varie les semis et les époques.

Or, la sève monte-t-elle plus abondamment de la nouvelle Lune à la pleine Lune que pendant les jours suivants ?

Tout le problème est là.

Réduite à cette forme, la solution de la question ne paraît pas douteuse, n il faut conduire les expériences avec méthode et précision. Certaines plantes pa-

ent se prêter davantage à l'expérimentation.

« Dans la culture des champignons de couche, dit M. Cordier. jardinier à Lunéville, j'ai toujours remarqué que la récolte était aussi abondante du 8" au

jour de la lunaison que pour tout le reste du mois, et comme il faut, de 4 à 6 jours aux champignons pour se développer, la poussée de sève correspondrait alors aux premiers jours de la Lune.

a La deuxième observation porte sur la culture du melon. J'ai cru remarquer bien souvent que les fruits se nouaient (ou formaient) bien mieux en vieille Lune qu'en nouvelle el comme pour que le fruit se noue, il faut éviter dans ce moment

Le bord de la Lune éclairé par le Soleil couchant.

(Cotte photographie a été obtenue en agrandissant un cliché négatif de l'Observatoire de Paris.)

une poussée de sève soit par l'arrosement, soit par la chaleur, ce serait donc que la nouvelle Lune remplacerait cette poussée qu'en temps normal on peut enrayer.

Au sujet de la culture de la betterave, M. Compiègne et ses fils, à Cremarest (Pas-de-Calais), ont fait une remarque qui confirme les observations précédentes. Si l'on coupe une betterave transversalement, on peut compter des zones circulaires concentriques autour de la moelle; or, le nombre de ces zones est égal à celui des révolutions de la Lune depuis la levée de la plante.

Ces faits extrêmement intéressants peuvent être rapprochés de quelques autres peu connus.

M. Gallé-Defond nous dit qu'un de ses amis, planteur en Amérique, lui a affirmé que certaines essences d'arbres portent empreintes sur leur section transversale, non seulement des couronnes indiquant les années, mais de véritables cercles concentriques lunaires.

Même remarque de la part de M. Jacques, propriétaire en Nouvelle- Calédonie où depuis plusieurs années il exploite de grandes forêts.

% « En France, nou6 dit-il, on ne coupe les bois que l'hiver par l'excellente raison que les bois coupés en hiver, au moment où !a circulation de la sève est moins active, repoussent très facilement, au lieu que les bois coupés en été, en juin ou juillet, par exemple, ne repoussent que très difficilement, voire même pas du tout. De plus, il est incontestablement démontré que les bois coupés en été ne se conservent pas et sont, peu après leur abatage, envahis par des champignons et des insectes qui les font rapidement se corrompre et les rendent impropres à tout usage. Ceci s'explique très bien par ce fait qu'une fermentation se produit dans l'arbre si celui-ci est coupé au moment où il renferme la sève en grande abondance.

« Ici la Lune est innocente puisque

c'est le Soleil qui favorise l'ascension et la sève provoquant ensuite la décomposition.

« Mais, en Calédonie, où la température est de 23° à 25° l'hiver, et de 25° à 30° l'été, la décomposition rapide du bois coupé en jeune Lune, ne peut être attribuée aux mêmes causes, à moins qu'il ne soit établi que, dans les pays tropicaux la 6ève circule plus abondamment, plus vigoureusement en jeune Lune qu'en vieille Lune.

« Je dois vous dire que, primitivement je ne croyais nullement à une influence quelconque de la Lune sur la conservation du bois. Les indigènes me disaient très bien : a Lui pas bon couper à présent, lui attendre couper pour bon » :

mais je n'en ai tenu aucun compte, et j'en ai fait la coûteuse expérience.

i Or, tous les bois, même ceux d'essence très dure qui ont été coupés en jeune Lune. 6e sont piqués très rapidement, et n'ont pas tardé à être impropres à tout usage ; tandis que ceux coupés en vieille Lune sont restés, même au bout de plusieurs années, dans un excellent état de conservation. Et ce, non pas à tel mois plutôt qu'à tel autre, car j'ai eu la curiosité de faire répéter l'expérience, pendant chacune des Lunes de l'année, et, invariablement, le résultat a été la même.

« Le bancoulier, par exemple, bois très tendre, abattu et débité en jeune Lune, tombe littéralement en poussière au bout de six mois, le même bois abattu et débité en vieille Lune, se conserve pendant plusieurs années sans altération.

î II ne se suit pas de là que la Lune doive exercer une action directe sur le bois coupé en telle ou telle phase, mais, je constate simplement que le bois coupé à tel moment de la Lune s'altère rapidement, tandis que le même bois, coupé à tel autre moment de la Lune, se conserve d'une façon normale. »

Il y aurait encore lieu de citer ici les expériences de M. Gallé-Defond sur la culture des arbres fruitiers. Nous nous content» rons seulement de noter que

La végétation de certaines plantes aquatiques coïncide dans son intensité avec l'époque de la pleine Lunt.

d'après lui il e6t très important de ne jamais planter aucun arbre fruitier, ni arbuste pendant la première quinzaine de la Lune si l'on veut obtenir une bonne fructification.

En résumé, il semble bien que la Lune exerce une inflence sur la vie végétative et si les expériences ne sont pas toutes concluantes dans nos contrées, c'est que le plus souvent l'action lunaire, peut-être faible, est contrariée par des intempéries qui la contre-balancent ou la détruisent totalement.

Et la meilleure preuve nous en est fournie par les faits observés dans les régions tropicales où rien ne vient troubler l'action de notre satellite.

Si ces conclusions sont fondées, nous devons observer une influence lunaire d'autant plus nette que nous nous adresserons à des phénomènes végétatifs d'ordre plus rudimentaire.

Et c'est précisément ce que confirment les expériences de M. Carbonnier sur la végétation cryptogamique lors-

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qu'elle se développe dans les eaux stagnantes principalement.

Le maximum d'intensité de cette végétation a toujours correspondu aux époques de la pleine Lune.

Voilà des fait6 indubitables ; les explique qui pourra, ils n'en resteront pas moins certains.

Quelle que soit la théorie qu'on puisse invoquer, c'est un fait connu de tous les botanistes que les plantes s'accroissent au dépens de l'acide carbonique répandu dan6 l'atmosphère : or le phénomène a lieu surtout sou6 l'influence de la lumière. Pas de lumière, pas d'assimilation chlorophylienne, donc pas d'accroissement végétal.

On pourrait dès lors expliquer ainsi pourquoi les graines semées à la nouvelle Lune se développent plus rapidement

que si elles avaient été mises en terre à la pleine Lune.

Dans le premier cas, elles trouvent quand elles sortent du sol, la lumière lunaire dont elles ont besoin pour fixer le carbone et s'accroître; dans le second cas, elles sortent de terre lorsque la Lune est au-dessous de l'horizon et sont ainsi privées de rayons lumineux:, au moins pendant la nuit.

Et puis qui pourra nous dire le mécanisme intime de l'accroissement organique, celui qui préside à la vie du microbe comme à celle de l'être mieux organisé? Quelle est l'action des radiations du spectre, des radiations chimiques et desvibrations inconnues ?

En vérité, au lieu de nier les faits, nous ferions mieux de les étudier de plus près, les explications viendront ensuite.

[BQUE LUNAIRE DE FRACA.STOR.

(D'après l'h. Fauth.)

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