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parce que tout était bon, parce que tout était doux, parce que tout était luisant comme le. houx, parce que la vie est comme l'eau qui coule sur les cressons et les pierres dorées et douces.
LE POÈTE
Fiancée, donne moi un verre d'eau ?
(La fiancée prend un verre.)
LA MÈRE (à la servante qui est entrée.)
Va au puits chercher de l'eau. Ne cogne pas à la pierre le seau usé, la cruche. Va.
(La servante sort. On entend grincer le puits.)
Ecoute ? Le puits grince et les guêpes sonnent.
Le bleu dort sur la campagne aux maïs jaunes.
Tout est doux comme les cloches des vaches, l'Automne,
doux comme l'odeur de la poussière quand il tonne
et qu'il a plu — quand les ruisseaux deviennent jaunes,
doux comme le bruit des fusils des palombiers, l'Automne.
LA MÈRE DU POETE
Tu as tué des cailles ? Qu'on prenne des feuilles à la vigne qui ne soient pas sulfatées, pour faire cuire.
LAME DU POÈTE
La mère et la fiancée sont comme des cygnes.
LA FIANCÉE (à la chienne.)
Tu es essoufflée, chienne amie ?. .. Tiens la terrine d'eau et la bonne soupe que je t'ai faite tantôt.
LE POÈTE
J'ai deux cailles... manqué un raie...
LA MÈRE (à la chienne dont elle caresse l'oreille.)
Tu as manqué un raie ?
LE POÈTE
Je l'ai blessé... Il est tombé dans le regain que l'on fauchait près du canal du gave... Mais il a couru, il s'est elissé dans l'herbe molle
•et la chienne a couru dessus comrr.2 une folle... Mais elle n'a pu l'attraper...
Où est le père ?
LA MÈRE
Il taillait les rosiers et répare l'arrosoir : le vert était parti. Il le repeint.
L'AME DU POÈTE
Le soir, cet arrosoir est vert comme les sabres clairs des glaïeuls. Sur le parterre il verse la pluie par sa pomme dorée par l'usage. Ces pluies d'Été qu'il verse sont douces pour les fleurs. L'eau, le vieux père la prend au puits glacé par la chaleur. Le puits est noir et beau, de mousse et d'ombre douce. Au dehors il est sec par la terre et la mousse.
(La vieille servante met le couvert.)
LE PÈRE (entre et pose l'arrosoir.)
J'ai cueilli des roses. As-tu tué des cailles ? Petite fiancée vous me paraissez pals...
Une vache a eu une génisse qui est belle... Le garçon de ferme a tué um tourterelle près de la châtaigneraie d'Angays.
(Il ôte son chapeau, le regarde en s'essuyant le front.)
(à sa femme.
Il est bien vieux, ce pauvre chapeau de paille.
Tu le reborderas. Il coûta deux c?nts francs. L'oncle l'avait porté de l'étranger en France. On en porte là-bas. d'excessivement chers.
C'est la simplicité, la pauvreté d'hier
et de demain. Ce sont les simples doux et fiers.
Ils mangent leur gros pain sur la table luisante et noire.
Ils ont de vieux chapeaux bordés de vieille moire.
Leurs porte-monnaie sont usés mais ils ne savent pas
qu'une femme coûte quatre cent mille francs,
ni qu'il y a d'autres plantes que l'ombre des lilas,
les roses, les pourpiers, les lys, les giroflées,
les roses de Noël, les glaïeuls des allées,
les tristes buis luisants et les tulipes en fer.
Les gens pauvres et fiers sont pareils à des cygnes.
LE PERE
J'ai arrangé, près du laurier-thym, la ruche.
Il y avait encore, qu'on avait cassée, une cruche.
LA FIANCÉE
La servante est vieille. Elle est malade.
LA MÈRE
Elle n'a plus la force d'arracher la salade.
(La servante porte un verre d'eau au poète. Il boit.)
L'AME DU POÈTE
Bois ! C'est l'eau du puits qui crie.
Elle est claire comme elle, comme la pluie.
Elle est pure comme l'âme de ta fiancée.
Comme ses bras elle est douce et glacée.
En puisant au vieux puits la cruche s'est cassée,
parce que la vieille servante elle aussi est cassée.
L'eau est douce. Près des petites croisées
-des toits, les chats n'en trouvent plus parce qu'il fait trop chaud
sous les vieilles tuiles.
L'angelus sonne doucement