‹ Un jourChapitre 3 sur 10 · IS · texte numérisé non relu

IS

'comme un chapelet blanc, comme un chapelet blanc... Le long du fossé un âne va lentement.

Près de l'eau bleue qui dort chantent les faulx brillantes et les grillons aux voix rouges se répondant. "Comme un chapelet blanc ss défait l'angelus... Il est si clair que l'on dirait qu'il a plu. Il fait si chaud que le ciel en plomb sue. A peine les carottes sauvages bougent.

(La servante sort. Ils se mettent à table.)

LE PÈRE

Le toit du clocher laisse tomber les ardoises.

Elles luisent au soleil comme de? gorges de pigeons. ..

LE PÈRE

On a essayé de les arranger. L'ouvrier a pris mal.

Il est au lit. C'est au pied... Un morceau de métal...

Je lui ai envoyé un peu de vin tantôt...

Il faudra lui envoyer le reste du veau...

La garbure est bonne... Ces choux sont bons.

LA FIANCEE

LE POÈTE

■ Ce vin est rose.

Il n'a pas été cuvé. Il en reste encore

une barrique et demie qui a l'air très bonne...

L'AME DU POÈTE

Ils l'ont vendangé sur les coteaux, aux mois d'Automne,

quand la rivière verdit et que les coteaux tonnent.

Ils l'ont mis aux barils usés et réparés

avec des gaules et des espèces de joncs...

Près du pressoir qui sent fort, près des ajoncs

du fumier, pourris et doux, où vont les vaches,

au soleil luisait un reste de sulfate

comme le bracelet d'une montagne bleue...

LE PÈRE

Oui, ces choux sont bons vraiment.

L'AME DU POETE

Au jardin bleu, ils ont semé les choux qui dorment dans l'air bleu. Le jardin est triste où est la tonnelle verte et luisante auprès des brusques sauterelles. Le mur du vieux jardin est blanc comme la chaux la plus blanche, dans l'air clair comme l'eau, l'air qui blanchit tant il est bleu et sans nuages. Les choux qu'ils cueillent et mangent sont là. Us dorment, au Printemps, près des feuilles molles des lilas, en Eté sous les mouches qui ont le bruit de la chaleur, en Automne sous les pluies douces de bonne odeur.

LE POÈTE

Ce salé, c'est-il de l'oie ou du canard ?

LA SERVANTE (qui est revenue.)

De l'oie, monsieur.

L'AME DU POÈTE

Elles allaient les oies toutes blanches sur la route blanche où les kilomètres dansent

au soleil. Elles allaient au bord des mares.

Elles tendaient le cou en sifflant du nez et, larges,

elles gonflaient leurs ailes en se précipitant.

LA MÈRE

Comment va le petit garçon du meunier ?

LA FIANCÉE

Il va mieux. On avait sonné son agonie, mais il va mieux. La fièvre a diminué, la nuit. J'ai été lui porter un pot de groseille. Ça lui a fait plaisir, j'ai cru. La grand'mère est mal à cause de la plaie de son talon. Le médecin leur a fait payer cher, dit-on. Ça ne devrait pas être.

LE PÈRE

Tiens... on pourra partager ce veau entre elle et l'autre. . . l'ouvrier.

L'AME DU POÈTE

Les pauvres donnent aux pauvres. Je ne sais pas

si les riches donnent jamais... Le petit veau

■dont on mange la viande je l'ai connu

avant qu'on le menât mort à la boucherie.

Il s'amusait gaîment aux luzernes fleuries

à menacer de ses jolies petites cornes un chien doux.

Ce petit veau était pauvre et, parce qu'il était pauvre,

il finit dans le ventre des pauvres.

Il a fait son devoir en vivant, en mourant.

Fais ton devoir aussi en mourant et vivant.

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