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reine fait tout et que, — ce sont ses termes, — « dans la passion qu'elle témoigne pour le cardinal Mazarin, c'est à croire qu'il y a un sort » : parole hardie dans une telle bouche et dans une telle enceinte! Gaston sent que, ce jour-là, il a été un peu loin, et l'auteur du Journal remarquera qu'à la séance suivante, où le duc reprend la parole, il ne lâche aucun trait contre Tautorité de la reine. Aussi bien, le président de Novion, dans un sursaut d'énergie, a-t-il relevé le mot imprudent et répliqué a qu'il fallait conserver le roi comme un palladium et ne souffrir que l'on parle mal de la reine ». Le duc d'Orléans, alors, s'en prend aux « gens du roi, » aux magistrats du parquet : lorsque, avec une courageuse franchise, l'avocat général, Omer Talon, se fondant sur une lettre reçue du roi, poussera le cri d'alarme : « Les Espagnols sont en France! », le prince, furieux, l'interrompra grossièrement : « Ce n'est pas vrai ! C'est le Cardinal qui a dicté la lettre ! » Et tout le Parlement d'applaudir ; seul le président Le Coigneux ose dire qu'on ne doit pas interrompre les gens du roi ; on le hue. Très digne. Talon ne relève point l'insulte, il poursuit son discours, et lorsque, après une courte absence, il reviendra dans l'assemblée, ce sera pour affirmer avec plus de force la prérogative de sa fonction : « La parole que nous portons est une parole toute royale, parole du roi, maître de tous ceux qui nous entendent. » Des magistrats clairvoyants comme Talon n'avaient aucune illusion sur la sincérité du triste prince ; ils savaient ses machinations cachées, et que déjà il avait partie liée avec Gondé, — leur traité secret est du 24 janvier -1652, — pour se débarrasser de Mazarin, fût-ce au prix d'une occupation étrangère ; ils savaient que, dans ces émeutes de la rue, de plus en plus fréquentes, — en décembre contre la demeure de Mathieu Mole, les 2 et 3 avril sur le Pont-Neuf et contre l'hôtel de Nevers, — les meneurs prenaient leur mot d'ordre au Luxembourg et à l'hôtel de Condé. Ils ne seront donc point surpris ce -12 avril, où ils verront, précédé du duc d'Orléans qui le chaperonne, entrer en plein Parlement, tête haute, le grand rebelle à l'autorité royale, Gondé, encadré de ses acolytes, Beaufort et La Rochefoucauld, et tout chaud encore, du combat livré à Bléneau à Turenne et aux troupes du roi.
Ici s'arrête le récit de notre auteur, et c'est grand dommage ; sous sa. plume implacablement exacte, celui des événements parlementaires du printemps et de l'été 4 652 aurait sans doute pris un saisissant relief. Nous aurions vu les altercations se multiplier entre frondeurs et mazarins, ceux-ci commençant à relever la tête et à dénoncer le péril public causé par la présence autour de Paris des troupes des Princes, alliées aux bandes pillardes du duc de Lorraine, les bagarres et les émeutes venir battre plus fort les portes du Palais, les présidents à mortier, menacés dans leur existence, cesser de venir au Parlement ; nous aurions eu l'écho du combat du faubourg Saint-Antoine et du canon de la Bastille, celui aussi de la journée sanglante du 4 juillet qui ouvrit les yeux à plus d'un parlementaire impénitent, aveuglé jusque-là par la passion anti-mazarine. La bourgeoisie parisienne, parmi laquelle le Parlement avait tant d'attaches, allait être lasse de la Fronde : le massacre de l'Hôtel de ville, où un conseiller, frondeur avéré pourtant, Ferrand de Janvry, trouva la mort, où d'autres, comme le président Gharton, plus frondeur encore, faillirent subir le même sort et gardèrent longtemps l'etïroi de ces heures tragiques, sonna le glas de l'insurrection en révélant, en jour cru, les responsabilités : le lendemain même, le conseiller Le Boultz, interrogé par Condé, osa lui dire : « Personne ne doute que la chose ne soit arrivée par les ordres de Votre Altesse''. » L'auteur du présent Journal nous eut conservé plus d'un mot aussi caractéristique de l'esprit nouveau qui perçait au sein même de la grande assemblée frondeuse. Pour des raisons moins générales et plus fortes encore s'était refroidie l'humeur belliqueuse de Messieurs du Parlement ; nombre d'entre eux, propriétaires dans la région parisienne de maisons des champs souvent fort belles et luxueuses, les avaient vues livrées au brigandage des troupes lorraines ou aux excès, non moindres, des troupes royales : si les premières avaient ravagé la campagne du président Nés-