‹ Un journal inédit du Parlement de Paris pendant la FrondeChapitre 18 sur 64 · En blanc dans le manuscrit · texte numérisé non relu

En blanc dans le manuscrit

3. L'auteur, ou le copiste, a commis ici un lapsus calami et a voulu certainement écrire 7 au lieu de 12; il n'y eu pas de séance le 12, et le contexte prouve qu'il s'agit bien ici de la séance du 7, puisqu'il y est

blées, où étoientM. le duc d'Orléans, MM. les ducs de Beaufort et de Brissac', le maréchal de la Motte^ et le Goadjuteur, lequel on crut accompagner M. le duc d'Orléans afin de ne paroître d'intelligence avec le cardinal Mazarin, les gens du Roi sont entrés. M. le duc d'Orléans a dit qu'il avoit avis certain du dessein que le cardinal Mazarin formoit pour son retour en France ; que, à cet effet, il armoit sur la frontière, et qu'il étoit étrange que l'armée du Roi en Poitou manquoit d'argent, lorsque l'on en faisoit tenir aux créatures du cardinal Mazarin pour faire des levées sur la frontière; que le désordre étoit à ce point, que l'on entretenoit publiquement commerce avec lui au préjudice de la déclaration et arrêts de la Cour; que Bartet^ avoit encore fait un second voyage à ce dessein et que le cardinal Mazarin étoit encore la porte pour parvenir à toutes les grâces de la cour. Sur quoi, les gens du Roi s'étant retirés pour conférer, eux rentrés, ils ont remontré que l'on ne devoit plus se servir de la voie des informations contre le cardinal Mazarin, parce que, étant condamné par déclaration du Roi pour les faits contenus en icelle, on ne pouvoit en informer sans douter de la vérité d'iceux et préparer la justification du cardinal Mazarin ; qu'il restoit donc d'informer contre ceux lesquels entretenoient commerce avec lui au préjudice des arrêts, et nommément contre Bartet, Brachet'* et Giron s, contre lesquels ils persistoient aux conclusions qu'ils avoient déjà prises sur leurs interrogatoires, et, à l'égard du Gardinal, députer vers le Roi et

question un peu plus loin, comme s'étant produite la veille, de la manifestation chez le premier président Mole; or, cette manifestation eut lieu le 6. Cette séance du 7 est très brièvement relatée dans le Journal du Parlement (p. 140-141), et ni Talon ni Vallier n'en parlent. 11 semble d'ailleurs qu'il y ait eu chez ces auteurs ou chez celui du présent Journal confusion entre les deux séances du 7 et du 9 : Talon et Vallier rapportent au 9 certains faits, le discours des gens du roi par exemple, qui sont ici placés au 7.

1. Louis de Cossé, duc de Brissac, cousin, par sa femme, du Goadjuteur.

2. Philippe de la Motte-Houdancourt, maréchal de France depuis 1642.

3. Isaac Bartet, l'un des plus actifs agents de Mazarin (cf. Vallier, t. II, p. 105).

4. Théophile Brachet, sieur de la Milletière, autre agent de Mazarin (cf. Vallier, t. II, p. 394). Par arrêt du 2 août 1651, le Parlement avait ordonné que Bartet, Brachet et Silhon seraient interrogés et devraient rendre compte des voyages faits par eux à Cologne auprès du cardinal.

5. C'est l'orthographe habituellement donnée par les Mémoires du temps au nom de Jean de Silhon, secrétaire de Mazarin, qui lut membre de l'Académie française (Vallier, loc. cit.).

donner avis à S. M. des desseins du Cardinal et bruits de son retour, la supplier très humblement de vouloir donner sa parole royale pour l'entretenement et exécution de la déclaration du 6 septembre dernier', et faire écrire aux princes étrangers et les informer des raisons de Sad. Majesté pour éloigner de sa personne et Conseils ledit Cardinal, et cependant réitérer les défenses aux gouverneurs et tous autres de retirer ledit Cardinal, ou entretenir commerce avec lui sous les peines portées es autres arrêts, même de déchoir de toutes dignités et inviter les autres Parlements de faire pareilles défenses contre les gouverneurs et autres particuliers de leur ressort. Après ces conclusions, lesquelles furent trouvées fort belles et dignes d'être mises dans le registre, M. de Broussel, rapporteur, voulant opiner, il en a été empêché par la demande qui a été faite des interrogatoires de Bartet, Brachet et Giron, et conclusions du procureur général ; mais, ne les ayant à la main, l'on a été obligé de les envoyer quérir au greffe. Et, cependant, M. Lallemant, des Requêtes 2, s'étant plaint avec chaleur de quelque désordre qui avoit été commis chez M. le premier président par une troupe de vagabonds séditieux, et quelqu'un ayant dit que ces gens là s'étoient assemblés vers le palais d'Orléans, d'où ils étoient partis pour ce désordre 3, M. le duc d'Orléans a dit qu'il étoit vrai que, le jour d'hier, au sortir de son palais, il avoit vu quantité de gens ramassés, lesquels, étant venus à lui, lui avoient fait une grande harangue sur les misères du peuple, et que, les ayant négligés, il entendit l'un d'eux qui

1. C'est la déclaration portant défense à Mazarin de rentrer dans le royaume; elle lut enregistrée au Parlement le 6 septembre ; le texte en est imprimé.

2. Pierre Lallemant, reçu conseiller le 1" mars 1642; il avait siégé d'abord à la première chambre des Enquêtes et devint maître des requêtes le 2 janvier 1653 (Arch. nat., Xi'SSSQ, Conseil secret, à la date).

3. Sur l'émeute du 6 décembre que Retz {Mémoires, t. IV, p. 56) accuse le duc d'Orléans d'avoir suscitée, voyez Omer Talon, p. 452, Loret, Muze historique, t. I, p. 185-186, Vallier, t. III, p. 80-83, Dubuisson-Aubenay, t. II, p. 137, et aussi les Rapports politiques envoyés de France aux Pays- Bas de janvier 1650 à mai 1653 et provenant de l'ambassadeur hollandais Van Boreel. D'après ces rapports, le duc d'Orléans ayant répondu aux plaintes de la populace « qu'il falloit s'adresser au Parlement, ils dirent tout : « Allons voir la médaille », voulant parler de M. le premier président ». Ces rapports mentionnent un détail, qu'on ne trouve point ailleurs : quand Champlâtreux, fils de Mathieu Mole, attiré par le bruit, vint pour savoir de cette canaille ce qu'elle voulait, un de la troupe lui répondit effrontément : « Nous venons pour tuer ton père » (cf. p. 144-145).

dit assez haut qu'ils alloient chez la « médaille n. Le mot de M. le duc d'Orléans n'est pas demeuré ', et le sobriquet en a été donné à M. le premier président, quoique l'un et l'autre des revers de cette médaille lui soit honorable 2. Cette plainte de M. Lallemant donna lieu à M. Mole, de quinta^, d'en former une autre contre un arrêt de défenses, un décret fait ou à faire donné pendant les vacations, et les ennemis de M. de Broussel ayant sourdement publié qu'il avoit signé cet arrêt sans le rapporter, ils insistoient à ce que la minute en fût rapportée; à quoi M. le Premier se rendit facilement; mais l'arrêt ayant été lu, il se trouva sans défenses et dans l'ordre, ce qui jeta beaucoup de confusion sur M. Mole et sur le premier président, lequel s'étoit rendu trop facile par l'animosité que l'on croit qu'il porte à la vertu de M. Broussel. Ces deux digressions ayant tenu quelque temps la compagnie, la délibération a été remise au lundi; mais la maladie des gouttes ayant détenu quelque temps M. le duc d'Orléans, elle n'a été achevée que le 13^''.

Ce jourd'hui, 13 décembre 1651^, toutes les Chambres assemblées, où étoient M. le duc d'Orléans, MM. les ducs de Beaufort, de Brissac, le maréchal de l'Hospital et le Coadjuteur, la délibération contre le cardinal Mazarin a été commencée et les conclusions6 ont été suivies de toute la compagnie, en y ajoutant un décret contre Bartet et réformant ces mots : « que le Roi seroit supplié de faire écrire aux princes étrangers », pour lesquels il fut avisé de mettre : « que le Roi seroit supplié d'écrire à ses ambassadeurs vers les princes étrangers », afin qu'il ne paroisse point que le Roi rende raison aux autres potentats de ce qu'il

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