Ci-dessus, p
4. Ce récit de l'incident entre Retz et Machault-Fleury est à rapprocher de celui donné par Talon (p. 454), par Retz lui-même (t. IV, p. 59) et par Vallier (t. III, p. 89-90). D'après ce dernier, l'incident aurait été provoqué par le Coadjuteur qui se serait plaint des « basses et lâches invectives » proférées à la précédente séance par certains membres de la compagnie, et Machault se serait senti visé par le rappel de ces mots, que l'on retrouve textuellement dans le présent Journal.
Machault de faire ainsi une accusation publique de son opinion, ce qui l'a obligé d'achever son premier discours et laisser toutes invectives.
M. Camus-Pontcarré ' , ayant proposé l'arrêt donné contre l'amiral Coligny en 1612 ^ portant 15,000 livres de récompense à celui qui l'amèneroit vif ou mort à la Conciergerie, dit qu'il ne pouvoit prendre d'autre avis : sur quoi s'étant élevé quelque scrupule parmi les conseillers d'Église^, néanmoins ils demeurèrent dans leur doute, jusques à ce que, l'avis étant venu à M. Durand -*, il dit qu'il estimoit que Messieurs d'Église dévoient se retirer, d'autant qu'il ne pouvoit prendre autre avis que celui de M. Pontcarré ; et sur cela, le Coadjuteur et conseillers d'Eglise balançant les raisons qui les dévoient faire sortir si cet avis alloit à la mort, s'il étoit seulement préparatoire à la mort ou s'il ne devoit passer que pour un décret de prise de corps, ou étoit semblable aux arrêts ci-devant publiés « permis aux communes de lui courir « sus », M. le premier président trouva à propos de prier M. de Pontcarré d'expliquer son avis ; ce qu'ayant fait, il dit qu'il n'entendoit prononcer aucune peine contre le Cardinal, mais seulement un décret contre lui au cas qu'il rentrât en France, et qu'il avoit cru seulement proposer 15,000 livres à qui l'amèneroit vif dans la Conciergerie, ainsi que portoit le premier arrêt contre l'amiral. Cette interprétation ayant rassuré Messieurs d'Église, l'on crut que M. Durand la suivroit ; mais, au contraire, il dit que, M. de Pontcarré ayant changé son avis, il persistoit dans le sien à ce que, conformément au premier chef de l'arrêt contre l'amiral, le cardinal Mazarin soit pendu. A ce mot le Coadjuteur et tous les conseillers d'Église s'étant retirés, la compagnie témoigna son indignation contre l'avis proposé, que l'on attribua plutôt à caprice qu'à aucun fondement de raison, jusques là que quelquesuns proposèrent de délibérer si de tels avis se pouvoient prendre ;
1. Nicolas Camus de Pontcarré, conseiller depuis le 3 avril 1636; il siégeait à la deuxième chambre des Enquêtes.
2. Erreur de date : l'arrêt contre Coligny, auquel il est fait allusion, est du 13 septembre 1569 ; il condamnait l'amiral à mort comme rebelle et coupable de lèse-majesté et promettait 10,000 écus à qui le livrerait vivant (deThou, Histoire universelle, Londres, 1734, in-4°, t. V, p. 626).
3. Les conseillers ecclésiastiques ne pouvaient assister aux délibérations où il était question de peine de mort (cf. Retz, .Mémoires, t. IV, p. 60, note 9).
4. Ursin Durand, conseiller à la deuxième chambre des Enquêtes; il était « tout d'une pièce » (cf. Vallier, t. III, p. 91, note 1).
mais il leur fut remontré l'importance de la liberté des suffrages et la conséquence de la proposition, laquelle fut rejetée par toute la compagnie. Et M. Durand, reprenant la parole, dit qu'il n'avoit entendu prononcer contre le Cardinal une condamnation de mort, mais seulement qu'il seroit amené vif ou mort dans la Conciergerie, suivant ce qui avoit été arrêté contre l'amiral'.
Après la délibération et nomination de M. le président de Bellièvre^ pour faire les remontrances au Roi, M. Provost, conseiller clerc^, est rentré et, ayant demandé audience de la part de MM. les conseillers d'Église pour avoir règlement et éviter aux inconvénients des avis de mort que MM. les conseillers lais pourroient prendre quelquefois afln de les obliger à se retirer des délibérations, il commença ainsi son discours : i Messieurs d'Église m'ont chargé de vous remontrer qu'il n'étoit pas raisonnable qu'un de Messieurs, lequel n'auroit peut être qu'un jour, qu'un mois, qu'un an, quatre ans au plus de service... s Mais il fut arrêté tout court par la levée de la compagnie, où l'on ne peut souffrir cette distinction de service, qui renversoit cette maxime fondamentale de la compagnie : Voces 7ion ponderantur, sed numerantur*.
Ce jourd'hui, 18 décembre 1651, MM. Renard^ et Servin^, de la première, sont entrés es Chambres et ont dit avoir avis d'une lettre écrite à M. le premier président, par laquelle M. le duc d'Elbeuf, gouverneur de Picardie^, lui mandoit que le sieur de NavaillesS l'étoit venu trouver de la part du cardinal Mazarin et
1. Tout ce récit est à rapprocher de ceux d'Orner Talon (p. 454) et de Vallier (t. III, p. 90-91).
2. Pompone de BeUlèvre, président à mortier depuis novembre 1642 ; il devint premier président en 1653.
3. Charles Le Prévost de Saint-Germain, abbé de Saint-Wulmer ou Samer au diocèse de Boulogne depuis 1623 ; il siégeait à la Grand' Chambre et devint doyen des conseillers au Parlement ; il mourut en 1661 (cf. Jean de Boislisle, Mémoriaux du Conseil de 1661, t. II, p. 339).
4. Cet incident n'est que mentionné par le nouvelliste du ms. fr. 25025, fol. 521 v. Talon et Vallier n'en parlent point, ni Dubuisson- Aubenay.
5. Jacques Renard ou Regnard, reçu conseiller le 14 janvier 1623 ; il siégeait à la Grand' Chambre.
6. Louis Servin, conseiller depuis le 28 août 1643 ; il siégeait à la première des Enquêtes.