Le duc d'Orléans
y avoit à la porte un courrier, lequel demandoit à parler à M. le duc d'Orléans ; et le bruit se répandit aussitôt que M. de Geniers', l'un des commissaires pour empêcher le passage du Cardinal, avoit été tué, et M. Bitault pris prisonnier. Cette nouvelle apporta une grande confusion dans la compagnie, et M. le duc d'Orléans l'ayant confirmée après être sorti de sa place, les esprits se transportèrent beaucoup ; même, M. le duc d'Orléans parut fort ému et, parlant du maréchal d'Hocquincourt^, il dit qu'il s'étoit porté à des inhumanités horribles. Sur quoi, les gens du Roi mandés, le sieur....3, qui commandoit pour Messieurs dans Pont-sur- Yonne ■*, a été entendu, lequel, après avoir fait récit de ce qui s'étoit passé en l'attaque de la place par le Cardinal ou ses troupes, et de la capitulation, à laquelle il avoit été obligé par les habitants^, dit
1. Jacques de Geniers, seigneur du Coudray, conseiller à la première des Enquêtes depuis le 7 avril 1639; voyez, sur ce personnage, M. Roy, op. cit., p. 7, note 1. Il était parti de Paris le dimanche 7 avec Bitault, avait couché à Melun, s'était rendu le lendemain à Montereau et, le 9, était arrivé à Pont-sur-Yonne, de grand matin. Le même jour, vers onze heures, près du Chesnoy, non loin de Sens, les deux conseillers étaient attaqués par huit cavaliers de l'avant-garde des troupes royales aux ordres du maréchal d'Hocquincourt : toute cette scène a été remarquablement reconstituée par M. Maurice Roy dans son travail déjà cité, p. 8-13.
2. Charles de Monchy, marquis d'Hocquincourt, maréchal de France depuis le mois de janvier 1651 ; il commandait l'avant-garde de l'armée réunie par Mazarin.
3. Le nom est en blanc dans le manuscrit ; le Journal dit Parlement, qui ne nomme pas cet officier (p. 163), dit simplement qu'il était mestre de camp du régiment de Valois ; Vallier, qui l'appelle le sieur de Morangis, en fait un capitaine à ce même régiment ; Retz (t. IV, p. 72) l'appelle « le marquis de Sablonière » et lui donne le même grade que le Journal du Parlement. Le chevalier de Sévigné, qui ne le nomme pas {Correspondance, publ. par J. Lemoine et F. Saulnier pour la Soc. de l'histoire de France, p. 37), en fait un capitaine au régiment de Languedoc. M"' de Montpensier {Mémoires, éd. Chéruel, t. I, p. 334) le nomme Morangé. M. Roy {op. cit., p. 8) l'appelle le capitaine de Morangès, croit qu'il appartenait à la famille Molette de Morangès et qu'il commandait quatre compagnies du régiment de Languedoc, cantonnées dans Pont-sur-Yonne. Le procès-verbal de toute l'affaire, dressé par Geniers lui-même et qui fut imprimé (Paris, Nicolas Dessin, 1652, in-8°, 14 p.) donne aussi le nom de Morangès.