‹ Un journal inédit du Parlement de Paris pendant la FrondeChapitre 32 sur 64 · En blanc dans le manuscrit · texte numérisé non relu

En blanc dans le manuscrit

4. Jacques Pinon, conseiller depuis le 4 février 1644 ; il siégeait à la quatrième des Enquêtes. Un autre conseiller du même nom, Simon, avait été reçu le 3 avril 1636.

5. Jacques Canaye, sieur des Roches, d'abord conseiller au Grand Conseil, puis au Parlement le 30 décembre 1633 ; il siégeait à la première chambre des Enquêtes.

6. Claude Foucault de Bermond, conseiller du 30 juillet 1627, siégeait à la quatrième des Enquêtes.

Cardinal pour servir d'otages, ou prendre conseil sur la disposition qu'il avoit vue dans la compagnie, laquelle n'étoit telle qu'il eût désiré en ce qui regardoit les deniers publics.

Ce jourd'hui, 12 janvier 1652^, toutes les Chambres assemblées, où étoient M. le duc d'Orléans, MM. les ducs de Beaufort, de Brissac, les maréchaux de l'Hospital et d'Estampes, M. Le Bailleul ayant remontré que l'ordre de la compagnie ne permettoit que MM. les duc de Brissac et maréchal de l'Hospital demeurassent en leurs places pendant la délibération, à laquelle ils n'avoient assisté^, ce qui les ayant obligés à se retirer, M. de Pontcarré a présenté une lettre de M. de Geniers^, par laquelle il rend compte à la compagnie de sa commission et du péril oii il s'étoit trouvé par les coureurs de l'armée du cardinal Mazaria : ce qui ayant réjoui la compagnie, M. le président de Mesmes l'a aucunement émue par la plainte qu'il a faite des menaces que l'on avoit faites dans la grande salle de tuer M. le président de Novion-* ; de quoi ce président a dit ne s'émouvoir en façon quelconque, ni désirer qu'il en soit informé, bien qu'il ait appris que semblables discours avoient été tenus par personnes de la plus haute condition^, lesquels, pour l'intimider, avoient dit qu'il le falloit traiter à coups de poignard. Après ces digressions, la délibération du jour d'hier a été continuée.

M. Vedeau a dit que, en l'état auquel les affaires étoient réduites, il falloit agir avec circonspection et ne tomber pas dans les inconvénients auxquels l'on étoit tombé en 1649 par la perfidie de ceux qui nous ont trahis et qui ont sacrifié les intérêts de cette compagnie pour leur aliénation particulière en faisant l'infâme commerce d'espions ; pour cet effet, qu'il étoit d'avis de prier M. le duc d'Orléans de choisir tel nombre de gens de bien qu'il lui plairoit

1. Sur cette séance du 12, si importante, et dont le récit qu'on trouve ici est le plus complet que nous connaissions, on peut consulter les Mémoires de Talon, p. 461; le Journal de Vallier, t. III, p. l'2l-l"23, et le Journal du Parlement, p. 169-170.

2. Ils n'étaient point, en effet, à la séance de la veille (ci-dessus, p. 61).

3. Cette lettre, datée de Sens et du 10 janvier, a été publiée par M. Roy {op. cit., p. 30-32).

4. C'est à la sortie de la séance de la veille que le président de Novion avait été pris à partie ; sur cet incident, cf. Vallier, t. III, p. 123, et ms. fr. 25026, fol. 7 r».

5. En marge : le Coadjuteur. C'est aussi l'avis de Vallier, qui ajoute : d Aussi disoit-on dans la ville que tous ces coquins préposés à dire des injures et à publier tant de libelles séditieux étoient ses « marionnettes » et qu'il les faisoit jouer quand il vouloit ».

dans la compagnie, pour, avec eux et par leur conseil, disposer des affaires de la guerre et leur confier l'administration des deniers publics, sans lesquels il ne falloit parler de rien entreprendre, puisque bellum gerere et parcere œrario inaudilum : or, que les choses en étoient à ce point que nous avions plus à faire d'un exploit de guerre que d'un exploit de justice et qu'elles ne se pouvoient apparemment décider que par un « paragraphe de droit canon ».

M. Pithou ' remarqua l'importance de la délibération, en laquelle c nous devions considérer la qualité que nous avons d'officiers du Roi, puisqu'un peu de parchemin et de cire nous ont fait ce que nous sommes i ; cependant, qu'il voyoit qu'on délibéroit comme si la guerre étoit ouverte ; sur quoi il falloit bien prendre garde à séparer l'autorité du Roi d'avec le Cardinal; que, à la vérité, ces deux choses serabloient tellement conjointes, qu'elles pouvoient nous obliger à faire réflexion sur cette devise du cardinal de Lorraine 2, lequel, pour marquer sa force dans son union avec le duc de Guise, son frère, avoit fait dépeindre une colonne entourée de lierre, avec ces mots : testafite,virebo; mais qu'il falloit prendre garde que, en arrachant ce lierre, la colonne ne soit renversée et qu'il n'appartenoit qu'à un excellent jardinier d'arracher ainsi les racines du lierre sans aucun préjudice de l'arbre qui le soutient; donc, que, à l'égard du cardinal Mazarin et de ceux qui l'assistent, l'on ne sauroit user de trop de sévérité, jusques à démolir les maisons qu'ils ont autour de cette ville ; mais, quant à la déclaration contre Monsieur le Prince, il est d'avis de la respecter et en surseoir seulement l'effet jusques à ce que nos députés aient donné avis au Roi de la requête de Monsieur le Prince, et, cependant, prier M. le duc d'Orléans de faire auprès de Monsieur le Prince qu'il renonce à toute ligue avec l'Espagnol.

M. de Beauforta assuré que Monsieur le Prince n'avoit aucuns Espagnols dans son armée et que leur flotte s'étoit retirée de la côte de France.

M. le duc d'Orléans, après avoir remarqué l'importance de la délibération, a passé légèrement sur l'affaire de Pont-sur-Yonne,

1. Pierre Pithou, le célèbre érudit, conseiller des Enquêtes depuis le 11 mai 16-29.

2. Charles de Lorraine, archevêque de Reims, connu d'abord sous le nom de cardinal de Guise, prit celui de cardinal de Lorraine à la mort de son oncle, le cardinal du même nom ; il était frère du duc François de Guise, assassiné en 1563 par Pollrot de Méré.

disant seulement qu'il avoit déjà envoyé un trompette vers le maréchal d'Hocquincourt et que, au reste, on voyoit assez, par la conformité de la lettre de M. de Geniers avec le récit de son courrier, qu'il est incapable de trouver pareilles inventions pour émouvoir la compagnie, et que les discours que l'on en avoit tenus ne pouvoient venir que d'âmes lâches et basses et dignes du cardinal Mazarin : que, au surplus de ce qui regardoit la requête de Monsieur le Prince, M. de Gaucourt^ l'étoit venu trouver de sa part et l'avoit assuré qu'il n'avoit d'intérêt que d'éloigner de la France le cardinal Mazarin et son conseil pour la sûreté de sa personne, et qu'il n'avoit traité avec les Espagnols que pour la paix générale, laquelle ayant jusques ici refusée des mains du cardinal Mazarin, ils étoient prêts d'y entendre, pourvu qu'ils aient à traiter avec lui, duc d'Orléans, et avec Monsieur le Prince ; qu'il ne doit donc plus rester de difficulté d'entériner les conclusions de la requête, vu que la date de la lettre est dans le mois porté par la déclaration et que Monsieur le Prince n'a pu l'envoyer en cour après le refus de quinze jours, que lui, duc d'Orléans, avoit demandés pour négocier avec Monsieur le Prince ; joint que nous aurions besoin de lui et de ses armes pour empêcher le dessein que le Cardinal a conçu de se venger de Paris et opprimer le Parlement ; mais que, outre ces raisons, le manque de foi et l'instabilité ordinaire de la parole royale faisoient juger légitimes les soupçons de Monsieur le Prince, auquel l'on ne pourroit jamais imputer de se tenir sur la défensive tant que le Cardinal seroit en France, et en cour ceux qui dépendent de lui; qu'il falloit s'opposer à son retour par toutes voies, ainsi qu'il étoit résolu défaire, en exécutant les arrêts donnés contre lui, mais que, pour y parvenir, il falloit se saisir des deniers publics^, lesquels aussi bien tomboient entre les mains de nos ennemis, sans se soucier du fonds des provinces éloignées pour le paiement des rentes, puisqu'il est seulement d'avis de saisir les deniers revenant bon, les rentes de la ville

1. Charles-Joseph, comte de Gaucourt, l'un des principaux agents de Condé, il était arrivé à Paris le 11 au matin (ms. fr. 25026, fol. 6 v°).

2. C'était le grand souci du duc d'Orléans de trouver de l'argent ; dès le 10, « ayant mandé son chancelier, son surintendant, ses trésoriers et ses secrétaires, il leur commanda de lui chercher prompteraent 50,000 écus en leur nom et leur dit qu'ils pouvoient reprendre cette somme sur ses biens à l'avenir; aussitôt ils se mirent en devoir de la trouver et l'apportèrent dès hier soir [le 11] à S. A. R. pour l'employer aux choses les plus nécessaires pour s'opposer au passage du cardinal Mazarin » (ms. fr. 25026, fol. 7 r°).

préalablement payées. — Nota que, en tout ce discours et autres de ce jour, il ne lâcha aucun trait contre l'autorité de la Reine.

M. le président Le Goigneux a remontré que le mal étoit grand, mais qu'il n'exigeoit pas encore les derniers remèdes, et que ce seroit imprudence d'aller plus avant sans attendre la réponse qui seroit faite à nos députés, vu même que l'on avoit déjà avis que M. le premier président avoit bien parlé ; qu'en effet, il falloit faire distinction du temps présent d'avec celui du siège de Paris' ; que, à la vérité, le Parlement arma pour lors et se saisit des deniers publics ; « la ville étoit assiégée et l'on ne parloit rien moins que de nous perdre; mais à présent il ne s'agit point, et nous sommes ici pour nous donner des maîtres ; que si l'on fait refus d'entendre nos raisons et que l'on nous ôte toute espérance, alors les dernières extrémités ne seront plus un conseil précipité, mais un conseil de raison ; qu'il falloit donc prendre garde à ne s'engager en aucun parti, mais se maintenir entre les uns et les autres en qualité de médiateurs ; cependant, M. le duc d'Orléans prendra les deniers publics et armera s'il le trouve à propos, nous le souffrirons et ne nous en apercevrons pas ; mais il y a bien de la différence entre souffrir et ordonner » ; qu'au surplus de la requête de Monsieur le Prince, il ne vouloit pas croire qu'il eût fait aucun traité avec l'Espagne, même que la déclaration contre lui n'en portoit rien ; néanmoins, il étoit d'avis de prier M. le duc d'Orléans de lui écrire, s'il avoit aucun traité ou commerce avec l'Espagne, de s'en séparer.

M. le président de Mesmes s'est concilié l'attention, disant qu'il étoit obligé de dire des choses lesquelles peut être ne plairoient pas à tout le monde, mais que nous n'étions plus en un temps de se flatter, puisque le péril étoit tel, et qu'il ne falloit pas moins de prudence à la compagnie pour séparer l'autorité royale d'avec le cardinal Mazarin que d'adresse à celui lequel perça de sa flèche un serpent qui, ayant entouré son fils de ses replis, étoit sur le point de le dévorer ; qu'il nous falloit donc considérer que tous les officiers du royaume, et particulièrement les compagnies souveraines, tiroient toute leur subsistance de l'autorité royale, et que son affoiblissement entraînoit leur décadence particulière, ce que l'on avoit pu facilement remarquer dans nos généraux de la dernière guerre, que l'on avoit eu tant de peine à contenter; « cependant. Messieurs, cette autorité royale est présentement blessée, et ne la peut être plus grièvement d'armer contre le Roi »,

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