Sur cette contestation, voy. ms. fr. 25026, foi. 13 r
dernières, celles du Parlement de Normandie, avec l'arrêt de remontrances rendu contre le Cardinal, suivant le style du pays. La lettre de M. de Geniers à M. le duc d'Orléans ^ a été pareillement lue, par laquelle il lui donne avis que, pour éviter les perquisitions du maréchal d'Hocquincourt, il s'est retiré chez les beurriers2, et des dosordres étranges que l'armée du Cardinal a commis à Sun passage^. Puis, les gens du Roi ayant pris leurs conclusions sur le tout, ils ont dit que, ayant écouté avec attention les remontrances que MM. les députés avoient faites au Roi, ils étoient obligés de commencer par les actions de grâces qu'ils dévoient à celui de MM. les présidents lequel avoit fait ces remontrances avec tant de force, d'élégance et de vertu; qu'ils espéroient qu'elles feroient dans quelque temps impression dans l'esprit du Roi; que, cependant, pour ne blesser la correspondance et cette unité portée par la réponse du Roi que tout le monde souhaitoit, ils estimoient à propos de se servir des mêmes armes que l'on avoit employées jusques ici, savoir les remontrances, qu'ils espéroient capables de fléchir le cœur du Roi, dans le mutuel concours de tous les Parlements à ce dessein, et de les réitérer sans se lasser, de vive voix et par écrit, et, à cet effet, écrire aux autres Parlements. Quant aux désordres portés par la lettre de M. de Geniers, ils ont demandé permission d'en informer, attendant la réponse du deuxième trompette envoyé à M. d'Hocquincourt sur la détention de M. Bitault; et sur la lettre du Parlement de Bretagne, demandé que la lettre dudit Parlement servît d'opposition sur le registre du Parquet à toutes lettres que le maréchal de la Meilleraye pourroit ci-après obtenir-*. Après ces conclusions, Monsieur ayant représenté que la délibération seroit longue, elle a été remise au lendemain.
1. Cette lettre, datée de Sens et du 20 janvier, est longuement analysée dans le ras. fr 18325; cf. aussi Roy, op. cit., p. 41.
2. <( Trente ou quarante gardes du maréchal d'Hocquincourt étant venus à Sens pour faire perquisition de sa personne, il se serolt évadé et se seroit réfugié chez les beurriers du pays, gens aguerris qui lui ont prêté main-forte » (ms. fr. 18325). Geniers était rentré à Sens dès qu'il sut que Mazarin avait quitté Pont-sur-Yonne et s'était avancé en Gâtinais.
3. Sur ces désordres, voyez les précisions données par M. Roy [op. cit., p. 41-42).
4. Cette analyse du discours de Talon est conforme à celle qu'il donne lui-même dans ses Mémoires (p. 463). Retz (t. IV, p. 90) dit que l'avocat général « harangua avec une véhémence qui avait quelque chose de la fureur », contre le cardinal.
Ce jourd'hui, 25 janvier 1652 ^ , toutes les Chambres assemblées, où étoient M. le duc d'Orléans, les ducs de Beaufort et Brissac, les maréchaux de l'Hospital et d'Estampes et le Coadjuteur, les conclusions prises le jour précédent par les gens du Roi ayant été lues, M. de Broussel, y ajoutant, a été d'avis d'ordonner que tous les arrêts et déclarations ci-devant rendus contre le Cardinal seroient exécutés, et M. le duc d'Orléans prié d'employer l'autorité du Roi et la sienne pour l'éloignement du Cardinal par tous les moyens qu'il trouveroit à propos.
Cet avis ayant été ouvert, Messieurs d'Église n'ont été alarmés, jusques à ce que, la parole étant tombée à M. de Reffuge^, il a remontré que, s'agissant de l'exécution des arrêts rendus contre le Cardinal, il ne pouvoit pas assister à la délibération sans irrégularité, et, s'étant levé, il a été suivi de tous les conseillers d'Église 3.
M. Ménardeau q.'' le premier, a relevé l'action de M. de la Meilleraye, disant qu'il s'agissoit de l'honneur de la robe et qu'il falloit arrêter qu'il ne seroit délibéré sur l'opposition de Messieurs du Parlement de Rennes, qu'es Chambres assemblées : ce qu'ayant été bien reçu, et M. de Brissac voulant dire quelque chose en faveur dudit maréchal, son beau-frère^, M. Potier^» lui dit qu'il n'étoit loisible à aucun de la compagnie de solliciter en sa place, et toute la compagnie s'étant écriée que ce duc ne pouvoit assister à la délibération puisqu'il s'agissoit de l'intérêt de son beau-frère, il a été obligé de se retirer.
M. le maréchal d'Estampes ayant, en peu de paroles, conclu à
1. Le compte-rendu qui va suivre est le plus complet qui existe delà séance du 25 janvier, à laquelle Talon {loc. cit.) ne consacre que huit lignes ; voyez le Journal du Parlement, p. 178-179 ; Retz, t. IV, p. 91-92 ; Vallier, t. 111, p. 138.
2. Henri de Refluge, reçu conseiller clerc le 12 juillet 1624 ; il siégeait à la Grand'Cliambre.
3. Retz, qui donne dans ses Mémoires {loc. cit.) un récit très imagé de la séance, ne parle pas de cette sortie des gens d'Église, qui dut entraîner la sienne, mais qui, comme on va le voir, fut de courte durée.
4. Nous ignorons la signification de cette lettre, qui suit le nom de Ménardeau et est évidemment destinée à indiquer duquel des deux conseillers de ce nom il s'agit. Ménardeau-Champré, dont il a déjà été question, avait en efiet un frère, Gratien, qui siégeait comme lui à la Graud'Charabre.
5. Le maréchal de la Meilleraye avait épousé en secondes noces, le 20 mai 1637, Marie de Cossé-Brissac.