‹ Un journal inédit du Parlement de Paris pendant la FrondeChapitre 44 sur 64 · En blanc dans le manuscrit · texte numérisé non relu

En blanc dans le manuscrit

4. Charles, marquis, puis duc de la Vieuville, redevenu surintendant des finances depuis septembre 1651.

5. Dès son arrivée à Poitiers auprès du roi, à la fin de janvier, Maza-

de ces deux lettres achevées, les gens du Roi en ont présenté deux autres, et M. le duc d'Orléans une troisième : la première des trois étoit du Roi^, par laquelle S. M. donne avis de sa marche vers Angers, pour, de là, après avoir dissipé la rébellion du duc de Rohan^, venir à Paris et s'opposer aux Espagnols, lesquels Monsieur le Prince faisoit entrer en France en continuant sa rébellion; la seconde, du Parlement de Normandie, portant avis de leur arrêt de remontrances par écrit rendu contre le Cardinal; la troisième, de M. de Rohan, adressante à M. le duc d'Orléans^, par laquelle il lui donne avis des raisons qui l'avoient obligé de s'assurer du lieutenant général d'Angers*. Après toutes ces lectures, M. le duc d'Orléans a dit que, encore que les gens du Roi n'eussent eu aucunes lettres à présenter â la compagnie, il avoit fait avertir M. Le Bailleul par son secrétaire qu'il désiroit que les Chambres fussent assemblées ce jourd'hui pour dire à la compagnie qu'il avoit eu avis de quelques arrêts rendus en icelle contre les arrêts précédents, sur lesquels il avoit été prié d'employer l'autorité du Roi et la sienne contre le Cardinal : de quoi l'on avoit grand sujet de se plaindre, mêmement de celui rendu contre le duc de Rohan pour avoir emprisonné le sieur Boylesve^, vu que l'on savoit assez par son nom qu'il étoit entièrement au

rin avait proposé la mise en liberté de Bitault. La lettre de Mole au Parlement, annonçant que c'était chose faite, est du 5 février; elle est publiée par M. Roy, op. cit., p. 44-45.

1. Datée de Sauinur, 11 février, cette lettre fut imprimée à Saumur, par Hernault (1652, in-4°) et à Paris par les imprimeurs ordinaires du roi (Bibl. nat., Lb37 2233 et 2233a-b) ; elle est reproduite dans le Jotirnal du Parlement, à la suite du procès-verbal de la séance du 15 (p. 187-197).

2. Le duc de Rohan, gouverneur d'Anjou, s'étant déclaré pour les princes, avait fait emprisonner le 27 janvier à Angers les officiers royaux (cf. Debidour, La Fronde awjevine, Paris, 1877, in-8°, p. 204 et.suiv.), après avoir, dès le 24 décembre fait occuper le château du Pont-de-Cé (cf. Vallier, t. III, p. 143-144, 151).

3. Cette lettre du duc de Rohan à Gaston d'Orléans, du 3 février, fut imprimée à Paris par J. de La Caille (Bibl. nat., Lb^^ 2220) et est reproduite dans le Journal du Parlement {loc. cit.).

4. Il s'appelait Louis Boylesve, seigneur de la Gillière, et son frère Gabriel, qui fut évêque d'Avranches, avait été conseiller clerc au Parlement.

5. Cet arrêt contre le duc de Rohan, concluant à la mise en liberté de Boylesve, avait été rendu par la Tournelle sur conclusions des gens du roi, après lecture d'une requête présentée par le frère du lieutenant général d'Angers (cf. Talon, p. 463-464).

cardinal Mazarin, et que de dire Boylesve, c'étoit tout dire, quoiqu'il s'étonnât que son frère Boylesve ^ eût l'effronterie d'avoir à présent recours au Parlement, lequel, pendant la guerre de Paris, il avoit voulu détruire, mais que cette homme faisoit profession publique d'être au cardinal Mazarin, ainsi que son frère à Angers, où il traitoit publiquement pour y recevoir le Cardinal : ce que M. le duc d'Orléans n'ayant pu souffrir à cause des arrêts et déclarations rendus contre lui, il l'avoit fait arrêter, en sorte qu'il n'y avoit pas eu lieu de faire tant de bruit : ce qui l'obligeoit de proposer que, à l'avenir, es semblables rencontres, les Chambres soient assemblées; mais que, outre cela, il avoit encore voulu ' faire part à la compagnie du voyage que le duc de Damville^ avoit fait à Paris, pour lui proposer de la part de la cour la « carte blanche » s'il vouloit y souffrir le cardinal Mazarin, à quoi il ne consentira jamais, et ne trahira sa patrie pour ses intérêts particuliers, pour lesquels on lui offroit toutes choses, aimant mieux être mort que d'y consentir^; il s'est encore plaint de l'inexécution des arrêts et de ce qu'ils n'avoient pas tous été envoyés es grandes villes; puis, ayant présenté la lettre de M. de Rohan ci-dessus, M. Le Bailleul a rendu compte de ce qui s'étoit passé à la Grand'Chambre'', en laquelle M. le procureur général ayant présenté requête pour informer contre certaines gens sans aveu,

1. Gabriel Boylesve, sieur de Malnoue, conseiller clerc au Parlement de Bretagne, puis à celui de Paris en 1645, chanoine de Notre-Dame et aumônier du roi, était nommé à l'évèché d'Avranches depuis le 2 janvier 1651 et avait été sacré à Paris le 10 décembre suivant {cf. Saulnier, Le Parlement de Bretagne, Rennes, 1909, in-4°, t. I, p. 154-155). En février 1649, il avait été gifflé au sortir du Palais par le fameux pamphlétaire et poète frondeur Carpentier de Marigny (cf. Vallier, t. I, p. 361- 362).

2. François-Christophe de Lévis-Ventadour, duc de Damville en 1648, premier écuyer du duc d'Orléans.

3. Le duc de Damville était arrivé à Paris le 9 février; « il offrit la carte blanche de la part de la reine à S. A. R. pourvu qu'elle voulût consentir que le cardinal Mazarin demeurât, à quoi elle répondit qu'elle ne demandoit rien, sinon qu'il se retirât, et qu'elle étoit si résolue de le pousser à bout, que, s'il ne restoit plus qu'elle de tout son parti, elle se mettroit dans un moulin à vent pour lui tirer le dernier coup » (ms. fr. 25026, fol. 24 r°). D'après les Rapports politiques de l'ambassadeur hollandais {op. cit., p. 166), Damville n'avait été envoyé à Paris que « pour l'éloigner de la cour et de la personne du roi, afin d'y mettre le Mancini, neveu du cardinal, et le faire favoriser de S. M. en la place dudit duc».

4. Le 9 février : la discussion à la Grand'Chambre, ce jour-là, est racontée tout au long par Orner Talon (p. 464).

qui voloient sur les grands chemins, et autres qui faisoient des levées sans commission du Roi, et M. Doujat ayant rapporté la requête, arrêt étoit intervenu conformément aux conclusions, lequel étoit demeuré sans signature, par ce que M. Doujat ne l'avoit voulu signera

Nota que cet arrêt a été rendu entre dix juges, et qu'il a fait un tel bruit, que les Chambres en ont fait plainte à Messieurs de la Grand'Chambre, comme chose contraire aux arrêts ci-devant rendus contre le Cardinal.

Après que M. de Bailleul eut ainsi rendu compte de bonne foi de ce qui s'étoit passé à la Grand'Chambre, M. de Novion, pour la Tournelle, a dit qu'il ne seroit nécessaire de dire ce qui s'y étoit passé, mais que, M. de Bailleul lui en ayant montré l'exemple, il étoit vrai que le sieur Boylesve ayant présenté requête signée de lui pour son frère, lieutenant général d'Angers, détenu prisonnier par le sieur de Rohan, gouverneur, il y avoit eu arrêt conforme aux conclusions du consentement de quinze juges, par lequel il étoit ordonné qu'il seroit mis en liberté et le procès-verbal des présidiaux d'Angers rapporté, et l'arrêt signifié au sieur de Rohan; que cet arrêt étoit dans la règle et donné avec connoissance de cause, en sorte qu'il n'appartenoit point aux Chambres assemblées d'y délibérer. Après qu'il eut ainsi achevé, M. de Bailleul étant prié de mettre l'affaire en délibération, il l'a refusée nettement, disant que les arrêts qui avoient été rendus l'avoient dû être, et qu'ils n'étoient point soumis à des secondes délibérations des Chambres assemblées : sur quoi lui étant répondu qu'il ne s'agissoit pas de délibérer sur iceux, mais sur les choses dites par M. le duc d'Orléans, il s'opiniâtra de demeurer en sa place l'espace de plus d'une heure, quoiqu'il fût pressé de toutes parts de mettre l'affaire en délibération, et que M. le duc d'Orléans en fît instance, si bien que, pendant ce temps, il a reçu plusieurs mauvaises paroles, jusques là qu'il n'appartenoit à un homme seul d'arrêter les délibérations de la compagnie, en sorte qu'il pouvoit se retirer s'il ne vouloit passer outre à la délibération, à quoi il a été enfin forcé par le consentement de toute la compagnie-. Cependant, la chaleur a fait dire plusieurs choses,

1. Doujat n'avait pas voulu signer, parce que, quelques jours auparavant, il avait été dénoncé par un placard injurieux affiché dans Paris, où, seul du Parlement et avec bien d'autres personnes, il avait été menacé d'avoir sa maison pillée et rasée (cf. Talon, loc. cit., et Vallier, t. III, p. 148-149).

2. On peut rapprocher ce récit de celui de Talon (p. 465-466) : l'avocat

tant contre l'opiniâtreté de ceux qui arrêtoient la délibération que contre la requête présentée par Boylesve et l'arrêt rendu sur icelle : qu'il étoit étrange que l'on agît ainsi dans la compagnie et que l'on voulût faire sa fortune particulière aux dépens du public; que, s'il étoit ainsi, il valoit mieux délibérer une bonne fois si l'on recevroit le cardinal Mazarin et le souffrir en France que, en lui faisant obstacle, faire la fortune de ceux qui l'appuient; qu'il étoit étrange que dans la compagnie on eût moins fait d'instances pour la liberté de M. Bitault que pour celle du lieutenant général Boylesve et que, lors de la prison de Monsieur le Prince*, on eût fait difficulté à recevoir sa requête, signée seulement de Madame la Princesse, sa femme, et que l'on n'eût fait difficulté à celle de ce lieutenant général, signée seulement de son frère; qu'en tout cas, l'arrêt ayant été donné sans information, l'on y pouvoit venir par opposition, à laquelle la proposition faite par M. le duc d'Orléans pouvoit équipoller et la lettre de M. de Rohan, dans laquelle on avoit pu remarquer les termes injurieux dont ce lieutenant général se servoit contre la compagnie; que chacun connoissoit les qualités de son frère Boylesve et les moyens dont il s'étoit servi pour parvenir à la dignité épiscopale^, et comment depuis peu il s'étoit fait sacrer par surprise, et qu'il étoit étrange que l'on souffrît les assemblées qu'il faisoit tous les jours pour le cardinal Mazarin, jusques là que, depuis peu, il avoit assemblé nombre d'évêques de même farine que lui, où il avoit été arrêté de députer en cour pour se plaindre de l'arrêt rendu contre le cardinal le 29 décembre dernier^. M. Mole P. ayant jeté ce dernier trait contre l'évêque d'Avranches, M. Pithou, présents les gens du Roi, leur a dit : « Et les gens du Roi qui sont là, ne devraient ils pas avoir demandé qu'il leur soit enjoint de résider en leurs diocèses? » Puis, l'affaire mise en délibération, les gens du Roi, par la bouche de M. Talon'*, ont dit que le Cardinal étoit l'objet de

général dit aussi que « les esprits s'échauffèrent et s'aigrirent jusqu'au dernier point » et que ralteication dura plus d'une heure.

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