‹ Un journal inédit du Parlement de Paris pendant la FrondeChapitre 51 sur 64 · L'ordonnance d'Orléans est de janvier · texte numérisé non relu

L'ordonnance d'Orléans est de janvier

quoiqu'il y eût voulu ajouter à la révocation qu'il en demandoit ces mots : « en ce qu'il étoit contraire à la déclaration de 1648 ». Cette délibération ainsi achevée, lorsque l'on parloit de la réponse qui se devoit faire au sieur de Fromont, M. Foucquet' s'est avancé et a dit qu'il n'y avoit rien de plus important pour finir la guerre que de penser aux moyens de l'exécution de l'arrêt du 29 décembre contre le Cardinal; que, à cet effet, l'on pouvoit entendre MM. les commissaires préposés à la vente de la bibliothèque pour savoir quel fonds l'on en avoit tiré, et procéder à la vente des tableaux et statues qui restoient encore dans la maison du Cardinal pour parfaire les 150,000 livres proposées 2. Cette proposition a été fort bien reçue, et quelques-uns ont dit que l'on en pouvoit délibérer samedi, et les autres ont cru que l'on en vouloit trouver occasion d'éloigner encore la délibération sur l'entrée des Espagnols en France.

Ce jourd'hui, 24 février 1652 3, toutes les Chambres assemblées, M. le duc d'Orléans y étant, les gens du Roi ont apporté lettres et arrêt du Parlement de Toulouse, portant surséance à la déclaration rendue contre Monsieur le Prince, lesquelles ayant été lues, M. Le Bailleul a dit que M. le duc d'Orléans ayant fait l'honneur à la compagnie d'y venir, il étoit à propos d'achever la délibération commencée sur le sujet de l'entrée des ennemis en France, de laquelle l'on ne pouvoit plus douter, puisque lettres en venoient de toutes parts, même que l'on ne pouvoit plus tenir cachés les différents voyages que l'on avoit faits à Douai et à Bruxelles pour les attirer en France-* : à quoi M. le duc d'Orléans ayant reparti que cette délibération seroit inutile, puisqu'il croyoit avoir satisfait la compagnie sur ce sujet, il a été soutenu d'un grand nombre de voix, qui ont dit qu'il suffisoit de la déclaration de M. le duc d'Orléans et qu'il seroit plus à propos d'entendre le prévôt des marchands et échevins, qui demandoient d'être entendus sur le manque du paiement des rentes sur les aides. M. le président de

1. Il s'agit du conseiller Foucquet-Croissy, et non du procureur général.

2. Les tableaux, marbres, meubles et objets d'art du palais Mazarin avaient été saisis et vendus dès 1649 (cf. Cosnac, Les richesses du palais Mazarin, Paris, 1885, in-4% p. 136).

3. Sur celte séance, dont Talon ne parle pas, cf. Journal du Parlement, p. 203-206, et Vallier (t. III, p. 161), qui précise l'incident survenu entre le duc d'Orléans et le président Perrot, dont il va être question ici.

4. Voyez notamment la lettre datée de Cambrai, 18 février, écrite à Dubuisson-Aubenay, et publiée au t. II du Journal des guerres civiles, p. 169, note 1.

Bailleul, seul des présidents de la Cour, a fait quelque insistance, comme aussi M. le président Perret; mais M. le duc d'Orléans ayant reparti à celui-ci avec colère, il l'a obligé à se taire; puis il a continué qu'il voyoit bien qu'on s'attaquoit à sa personne et que l'on vouloit l'entreprendre, puisque l'on faisoit tant d'efforts sur cette entrée imaginaire des Espagnols en France' et que l'on alléguoit à cet effet les différents voyages faits par son ordre à Bruxelles, non pas vers l'Archiduc, comme l'on supposoit, mais vers M. de Lorraine 2, ainsi qu'il avoit coutume de pratiquer depuis huit ans, par permission expresse du Roi, sans laquelle il ne l'auroit jamais entrepris, étant prêt d'abandonner entièrement ce commerce si le Roi ne l'avoit agréable, après néanmoins que le Cardinal seroit hors le royaume; qu'à la vérité l'on disoit que le prince de Ligne ^ avoit fait quelque incursion sur la frontière, mais que ces troupes n'étoient point sous la conduite du duc de Nemours, sous laquelle il déclaroit une seconde fois à la compagnie qu'il n'y avoit aucuns Espagnols et que, s'il y en avoit, il les feroit retirer; que, le Cardinal étant entré en France, la compagnie l'avoit prié d'employer l'autorité du Roi et la sienne pour l'éloigner; qu'il avoit jugé nécessaire de se servir de troupes étrangères pour cet effet, mais qu'il assuroit de les faire retirer aussitôt que le Cardinal seroit hors le royaume, de quoi l'on ne pouvoit douter avec raison, chacun sachant qu'il n'a autre dessein que de chasser le Cardinal, et qu'il n'y a personne plus intéressé que lui à la conservation de l'État. A ce discours de M. le duc d'Orléans s'étant encore élevé un plus grand bruit que devant, à dire qu'il n'y avoit lieu de déUbérer après la déclaration de M. le duc d'Orléans, M. le président Le Bailleul a fait encore quelque petite insistance, puis, s'étant tourné vers les gens du Roi, ils ont dit que, après leurs conclusions ci-devant prises, ils n'avoient rien à

1. Le duc d'Orléans trompait effrontément le Parlement, car la veille même il avait eu avis, dit le nouvelliste du ms. fr. 25026 (fol. 32 v°), « que les troupes du duc de Nemours arrivèrent avant-hier [21] à Saint- Pinon, proche Senlis, vingt-cinq lieues d'ici [de Paris] ».

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