feuillets
4. A l'étranger, on n'était pas moins avide de connaître les nouvelles de France; l'ambassadeur hollandais à Paris, Van Boreel, réussissait à se procurer des rapports très circonstanciés sur les événements de la capitale et de la province et les transmettait à son gouvernement; ces rapports, où le Parlement de Paris est souvent cité et que nous utiliserons ici, vont du 27 janvier 1650 au 28 mars 1653. Ils ont été publiés, sous le titre Staatkundige herichlen uit Frankrijk over de janen 1650 tôt maart 1653, au tome V, paru en 1882, des Bijdragen en mededeelingen van lict hisiorisch Genootschap, gevestigd te itrechi, p. 67-250.
deux intéressants essais ^ Un jeune magistrat, dont le nom reste inconnu et l'œuvre encore inédite, entreprit, cinq ans après son entrée en cliarge, un travail de longue haleine, dont seule la première partie nous est restée; elle est intitulée : « Débats du Parlement de Paris pendant la minorité de Louis XIV ou Mémoires de ce qui se passa dans les assemblées du Parlement, par un conseiller qui entra en charge au commencement de la minorité et assista à toutes ces assemblées. » Le manuscrit en est conservé aux Archives nationales 2; il s'étend de février <648 à avril 1649 et a été souvent cité par Ghéruel, qui en a imprimé d'assez nombreux fragments dans l'annotation du Journal d'Olivier d'Ormesson. L'auteur est, bien entendu, un frondeur, frondeur convaincu, mais honnête homme; dès son entrée au Parlement, il a été saisi d'une admiration profonde pour cette auguste assemblée; à l'en croire, il n'y aurait pas eu dans l'histoire de France d'époque plus belle que celle de ces dix années, ^643 à -1653, qu'il appelle « le règne du Parlement et de la justice ». Il a écrit chaque jour « ce qu'il a cru de plus considérable es assemblées fréquentes de toutes les Chambres ». Ce jeune conseiller n'a pas encore dépouillé toute la naïveté de son âge et il est vraiment trop universellement admiratif pour ses confrères. Toutefois, si connus que soient déjà les détails de l'histoire pour la partie qu'embrasse son œuvre, il est juste de reconnaître en lui un guide informé et scrupuleux.
A cette première époque de la Fronde, les passions, tout en étant déjà vives, n'étaient point encore portées au point où nous les montre le magistrat plus expérimenté et également anonyme dont nous publions ici l'œuvre inédite. Elle en valait la peine, car, pour la période, il est vrai, restreinte, — quatre mois et demi à peine, — qu'elle embrasse, c'est le document le plus complet que l'on puisse souhaiter et qui donne la plus juste idée de l'étrange
1. Nous ne parlons pas de celui du conseiller Jean Le Cocq de Corbeville, qui a laissé un « Registre de ce qui s'est passé au Parlement », mais pour une époque antérieure à la Fronde : son travail va de juillet 1625 à mai 1631 et est conservé dans le ms. fr. 14033 de la Bibliothèque nationale (87 feuillets).
2. Sous la cote U 336 (anciennement 174) ; le manuscrit est un gros in-folio de 600 pages. Ce n'est qu'un tome I"; le second n'a peut-être été jamais écrit.
étal d'impuissance, d'anarchie presque, où, après deux ans de guerre civile, le Parlement était tombé. Il faut d'ailleurs y regarder de près pour apercevoir Pintérêt de ce journal, que Chéruel n'a pas connu, qui n'a guère été cité que deux ou trois fois par l'éditeur des Mémoires de Retz et que seul M. Maurice Roy a utilisé dans un article consacré à un épisode de la Fronde ^ Le manuscrit 3883 de la bibliothèque de l'Arsenal, qui le conserve, est l'un des vingt-quatre volumes de la collection du bibliophile bourguignon du Tilliot que possède cette bibliothèque^ et porte le titre suivant, qui ne correspond guère à son contenu : « Mémoire de ce qui s'est passé au Parlement de Paris en l'année ^65^ sur le sujet de la retraite de Monsieur le Prince et du cardinal Mazarin. » En réalité, le récit va du i^' décembre i6hi au i2 avril ^652 et, jour par jour, l'auteur, qui n'a guère manqué de séances, raconte avec un détail, une abondance extraordinaire, tout ce qui s'y est passé; le Parlement, durant cette période, siégea, sauf pendant les fêtes de Pâques, sans interruption. Le manuscrit, qui n'est point l'original, mais une copie du temps, s'arrête brusquement au milieu de la séance du ^ 2 avril; le copiste n'est pas allé plus loin et, sur les 94 feuillets dont se compose le manuscrit, seuls les 52 premiers sont remplis. Il est assez probable que l'auteur avait dû poursuivre son œuvre au-delà de cette séance du -12 avril; peut-être l'avait-il poussée jusqu'à cette date du 4 juillet -1652, qui marque, par Témeute, l'incendie et le massacre de l'Hôtel de ville, le point culminant de violence où atteindra la Fronde parisienne.
1. Un épisode de la Fronde : rencontre du 9 janvier 1652 au Chesnoy, près de Sens (Sens, 1893, in-S"). M. Roy a tiré bon parti de notre manuscrit, qui parle avec détail de l'équipée des conseillers Bitault et Geniers dont M. Roy a fait l'objet de son travail. — Je ne connaissais pas encore le ms. 3883 de l'Arsenal quand j'ai annoté le tome III du Journal de Jean Vallier.
2. Il appartenait à la collection de Jean-Bénigne Lucotte, sieur du Tilliot, dès 1717, comme en témoigne la mention « ex musaeo du Tilliot, anno 1717 », inscrite sur un feuillet de garde. Il fut acquis en 1780, avec quelques autres manuscrits de même provenance, par le marquis de Paulmy (cf. H. Martin, Histoire de la bibliothèque de l'Arsenal, au t. VIII du Catalogue des manuscrits de cette bibliothèque, Paris, 1899, in-8% p. 213-216).
Les quatre à cinq mois qu'embrasse le récit de cet auteur anonyme sont parmi les plus pleins de l'histoire de la Fronde; le conflit est devenu aigu entre les Princes et le Parlement d'une part, la cour et Mazarin de l'autre : car, quoique séparés, Mazarin et la cour, c'est tout un; bien qu'exilé depuis neuf mois, bien que le roi ait été proclamé majeur depuis deux, c'est toujours le Cardinal qui mène les affaires. L'habile homme, tout puissant sur le cœur d'Anne d'Autriche, en quittant la France a pris ses précautions; s'il n'a pu sauver ses meubles, ses tableaux, sa bibliothèque, à la vente publique de laquelle le présent journal nous fera assister, il a sauvé son influence, et pour lui c'est tout. Ses partisans demeurent nombreux, principalement à l'armée et dans ces places du nord et de l'est de la France où il a su faire nommer comme gouverneurs gens à sa dévotion ; de Paris à Cologne et à Brûhl, où en dernier lieu il réside, il couvre les routes de ses agents secrets ; par eux , il est au courant de toutes choses, reçoit les lettres chiffrées de la reine, tient les fils de toutes les intrigues. Ce Bartet, ce Brachet, ce Silhon contre lesquels nous verrons le Parlement instrumenter, l'abbé Basile Foucquet surtout, sont les truchements experts de la pensée du maître-, ils viennent constamment à Paris en cachette, pénètrent dans tous les milieux, portent des mots d'ordre, visitent leurs fidèles, raffermissent les courages, vont faire un tour dans la grande salle du Palais, prennent l'air de la rue et préparent l'opinion à l'idée d'un retour possible de Mazarin, Cependant Gondé a jeté le masque et, en septembre, a quitté la cour; il n'a pas assisté à la cérémonie de la majorité du roi, où sa place de grand maître de la maison royale est restée vide, marquant ouvertement par là son ferme propos de rompre et de se remettre à la tète des mécontents; il part pour la Normandie, pour le Berry, pour Bordeaux, allumant, à mesure qu'il s'éloigne, l'incendie sur sa route; déjà il fait appel aux Espagnols. Le roi quitte à son tour la capitale, se rend en Berry, occupe Bourges et Montrond que Conti abandonne précipitamment, et, à la fin d'octobre ^65'(, gagne Poitiers où il va séjourner en attendant Mazarin.
Le duc d'Orléans, son oncle, reste à Paris, en apparence pour y représenter auprès du Parlement et de la ville l'autorité royale, en réalité pour semer la discorde, car déjà s'ébauche son traité secret avec Condé. Nous verrons ce prince étrange tenir dans les scènes qui se dérouleront sous nos yeux un rôle de premier plan, bien misérable pour un fils de France : acharné contre Mazarin, — car il sait que c'est le moyen infaillible d'avoir l'oreille des parlementaires, — violent et dissimulé, trompant ces magistrats, dont certains sont ses complices, dont d'autres sont faciles à abuser, leur cachant le sens véritable de l'entrée en France de troupes étrangères auxquelles il n'a pas craint de faire appel, jusqu'au moment où, Condé revenu à Paris, le duc n'hésitera pas à introduire le prince rebelle dans ce Parlement qui devrait le juger et qui l'acclame. Mathieu Mole, qui depuis deux mois a accepté, dans le Conseil des ministres, de tenir les sceaux, est bien encore, au moment où commence ce Journal, à la tête du grand corps dont il couvre un peu les écarts de son prestige personnel; mais ce ne sera plus pour longtemps; sa succession est déjà virtuellement ouverte et nous verrons notre auteur noter discrètement les grands espoirs que cette perspective fait naître et les ambitions qu'elle éveille sur le grand banc, où siègent les sept présidents à mortier. Aussi bien, l'autorité de Mole sur ses collègues a beaucoup diminué; on lui en veut d'avoir accepté les sceaux et, parla, de s'être inféodé à la cour. Mole, si admirable de courage aux jours d'émeute, manquait de caractère ; ses faiblesses pour son fils Champlâtreux le desservaient. On le raillait ouvertement, les quolibets même ne l'épargnaient point ; on l'avait surnommé « la médaille », depuis le jour où à son titre de premier président, — la « face », — il avait joint celui de garde des sceaux, — le « revers », — revers honorable, concède notre auteur, frondeur modéré et à qui sans doute le premier président en impose encore : témoin son ton scandalisé le jour où un conseiller irrespectueux et exalté, rappelé à l'ordre par Mole de ce mot qui était familier au premier président : « Hé ! Monsieur I » , osera, contrefaisant le geste et ridiculisant l'expression, riposter : a Nous avons bien à faire de votre « Hé I Monsieur ! » Voici d'ailleurs que la rue s'en mêle : soudoyée par le duc d'Or-
léans, une bande de braillards s'en vient, le 6 décembre, manifester sous les fenêtres de la première présidence : oc Que vous faut-il ? » leur dira Ghamplâtreux. « Nous voulons tuer ton père » , lui répondra-t-on^ De ce jour, Mole a senti que sa place n'est plus dans la capitale et après s'être fait un peu prier, pour la forme, il gagnera Poitiers, où la cour le mande, pour faire son métier de garde des sceaux. Cest le moment où Mazarin rentre en France : le 24, il est à Sedan, où commande le dévoué Fabert. De ce retour, on parlait au Parlement depuis le début de décembre, on s'en inquiétait, on cherchait les moyens d'y parer, et l'on ne trouve d'abord rien de mieux que dMnstituer un vaste débat où les éloquences fougueuses pourront se donner carrière. Le défilé des discours commence. Car, — et c'est par là que ce Journal est infiniment précieux, — il donne l'analyse détaillée de tous les avis qui sont émis ; parfois même l'auteur ouvre des guillemets et fait parler les orateurs en style direct : on sent combien ce procédé donne de vie au compte-rendu d'une séance. Retz est là, et qui parle; tous, autour de lui, savent que, pour s'égaler au ministre, il ambitionne le chapeau rouge; mais comme pour l'heure les cardinaux ne sont point au Palais en bon renom, il clame avec virulence sa haine contre Mazarin, dont, après la pourpre, il guigne aussi la place. Et notre auteur de remarquer, avec une pointe de cette finesse ironique dont il n'est pas dépourvu, que, si le Goadjuteur affecte d'entrer dans la Grand'Ghambre aux côtés du duc d'Orléans, c'est sans doute a afin de ne paraître d'inteUigence avec le cardinal Mazarin ». Retz parle donc, mais il trouve aussi à qui parler; l'un des conseillers les mieux disants du Parlement, Machault-Fleury, riposte, et son discours, qui fait grande impression, nous est occasion d'apercevoir de quoi se formait alors l'éloquence parlementaire : mélange bizarre de textes juridiques, de rappels d'arrêts anciens tirés des registres de la Gour, de citations baroques d'auteurs sacrés et profanes, où s'évoquent successivement et Nabuchodonor, et Goliath (c'est Mazarin), — qu'on convie le roi, ce petit David, à abattre de sa fronde (le mot de fronde est de style), — et Gaton, et le Delenda Carthago (c'est toujours
1. Mot relevé par l'auteur des Rapports politiques transmis par l'ambassadeur de Hollande [op. cit.).
Mazarin), et César : il nous est fait grâce de la création et même du déluge. Mais, après tout ce beau préambule, Machauit-Fleury en vient au fait et, faisant allusion aux propos de Retz, n'hésite pas à lâcher le mot de « basses invectives » ; Retz bondit sous l'outrage, réplique avec violence et doit se rétracter; Machault poursuit, au point de soulever à son tour des murmures. 11 change alors de discours et Ton retourne à Mazarin. La « sainte cohue » des Enquêtes, comme rappelle le Coadjuteur, fait feu de toutes pièces : Caraus-Pontcarré rappelle le souvenir de Coligny : on offrit jadis, s'écrie-l-il, -15,000 livres à qui livrerait l'Amiral mort ou vif; Ursin Durand se lève et, froidement, opine que Mazarin doit être pendu. Les conseillers d'Église sortent, comme il est d'usage quand s'agite la peine de mort -, mais ils rentrent dès qu'il n'en est plus question. Cette petite comédie se renouvellera plusieurs fois jusqu'à clôture de la discussion. Voilà le type de la séance parlementaire en cette fin d'année 465^.
Molé, qui a bien dû défendre tant bien que mal le Cardinal, part enfin et le Parlement se sent plus à l'aise ; rien dès lors ne l'arrêtera plus dans le dévergondage de parole. Il y paraît dès la première séance que préside par intérim le plus ancien des présidents à mortier, Nicolas Le Bailleul : c'est un fonctionnaire chevronné, vieilli dans les charges; il a été président au Grand Conseil, lieutenant civil au Châtelet, prévôt des marchands, chancelier de la reine, surintendant des finances, toujours « bon serviteur du roi », dira Talon, « plein de bonté et de civilité », appuie Vallier, mais homme faible, sans vigueur, au surplus âgé déjà, — il n'a plus même un an à vivre, et ces dures séances l'achèveront. Car Messieurs des Enquêtes ne le ménagent point. Dès le 29 décembre, à sa barbe, le duc d'Orléans, qu'il n'ose reprendre, traite une lettre écrite par le roi de et ridicule » et la qualifie de « galimatias ». Un peu plus tard, le 25 janvier, comme Le Bailleul tente d'arrêter le président de Hodicq, des Enquêtes, qui parle d'union avec les Princes, toute la compagnie proteste et applaudit à la sortie enflammée du collègue interrompu qui s'écrie : a Je n'ai rien dit contre le devoir de ma charge et d'un bon Français, et je le dirais encore en présence du roi et de toute la France ! » Ces magistrats
avaient allure de pourfendeurs. Un mois se passe encore; le pauvre premier président intérimaire est à bout; il éclate à son tour, et c'est pour dire au conseiller Le Clerc de Gourcelles, un des plus redoutables énergumènes des Enquêtes, qui l'interrompt à chaque instant, « qu'il vouloit bien qu'il sût qu'il ne le craignoit pas » : a quoi l'autre, pince-sans-rire, rétorque « qu'il n'a pas la prétention de se faire craindre de lui. »
Dans cette assemblée déchaînée, les querelles personnelles sont fréquentes, le respect pour les anciens a disparu et la raison vacille. Gomme il ne fait pas bon paraître a mazarin », les quelques conseillers restés attachés au Cardinal, — ils siègent surtout à la Grand'Chambre, — parlent peu ou se taisent. Presque seuls du parti royaliste, les présidents à mortier, encore forts de la place éminente où ils siègent, parlent et cherchent à faire prévaloir les conseils du bon sens ; mais ils sont suspects, on les accuse d'être vendus à Mazarin, achetés avec l'argent de la paulette. Ce ne sont plus d'ailleurs ces grands magistrats de la génération passée : le président Jean-Antoine de Mesmes, qui garde avec honneur la belle tradition de sa famille, n'a cependant pas le beau courage de son frère le président Henri de Mesmes, à qui il a succédé, ni le grand esprit de son autre frère, Tilluslre diplomate d'Âvaux. Le président de Maisons, qui en veut tout bas à Mazarin de lui avoir ôté la surintendance des finances et qui ne cherche qu'à s'enrichir, ménage le Cardinal dans l'espoir, qu'il conserve, d'y supplanter de nouveau La Vieuville, — gêné d'ailleurs au Palais par sa parenté trop proche avec le conseiller -clerc Pierre de Longueil (c'est son frère), qui, possédé du génie de Tintrigue, est l'un des plus actifs agents de Monsieur le Prince, Les deux benjamins du grand banc, Potier de Novion et Le Coigneux, arrivés par la faveur, ne sont que la monnaie de leurs pères, et il faut voir avec quelle crudité l'on rappellera à l'un qu'il n'a que trente-six ans, qu'il n'a passé par aucune charge et qu'il est honteux à lui d'ambitionner, comme il fait, la première présidence ; à l'autre, qu'il n'est que l'arrière-petit-fils d'un procureur. Les deux autres présidents jouaient volontairement un rôle plus effacé : ils se spécialisaient dans les ambassades à la cour, l'un, Nesmond, beau parleur, l'esprit chaud et gascon, —
il avait jadis, avant d'être appelé à Paris, siégé au parlement de Bordeaux, — et dont on prétendait que ses amis les jésuites lui composaient ses discours^; l'autre, Bellièvre, diplomate de tempérament, plein de tenue, réservé, laissant déjà deviner le futur premier président possible d'un Parlement assagi.
Il n'est point si beaux discours qui ne s'épuisent : après trois semaines de discussion, le Parlement a enfin rendu le fameux arrêt du 29 décembre, qui met Mazarin hors la loi et ordonne à tout bon Français de lui courir sus. Mais rendre un arrêt ne suffit point à la belliqueuse assemblée ; il faut que cet arrêt s'exécute, et il est grand temps, car le Cardinal n'a pas attendu pour entrer en France, et toute une armée, aux ordres du maréchal d'Hocquincourt, lui fait escorte. Contre ce maréchal et contre cette armée, le Parlement fait donner sa garde : deux conseillers, à l'humeur combative, connus pour leur audace. François Bitault et Jacques de Geniers, frondeurs de la veille, ont conquis de haute lutte leurs grades sur les champs de bataille de la Fronde parlementaire ; ils sont riches et bien apparentés dans la compagnie : du premier, un auteur du temps, Gilles Ménage, dira dithyrambiquement qu'il fut « homme d'esprit et de grand courage et célèbre dans toute l'histoire de France par l'amour qu'il avait pour la liberté publique et par l'inimitié qu'ont eue pour lui le cardinal de Richelieu et le cardinal Mazarin^. » Bien que beau-frère du président Le Coigneux, il n'hésitera pas à prendre violemment à partie, un jour, les grands présidents, leur rappelant qu'ils ne sont que huit^ contre deux cents et leur disant qu'on leur fera bien voir « que l'autorité de leurs charges et de leur pouvoir n'alloit pas jusqu'où l'on pensoit ». L'autre, Geniers, homme d'esprit, « duquel on ne doit pas attendre une lâcheté'' », s'était chargé en 1648, lors de la fameuse journée des Barricades, d'aller délivrer les deux martyrs prisonniers, Broussel et Blancmesnil, — il était parent de celui-ci, — et de les ramener en triomphe à Paris. Ces deux hommes n'étaient-ils pas de taille à arrêter Mazarin