‹ Un journal inédit du Parlement de Paris pendant la FrondeChapitre 9 sur 64 · Y compris le premier président · texte numérisé non relu

Y compris le premier président

4. Tablean du Parlement, publié par Depping, Correspondance administrative de Louis XIV, t. II, p. 41.

et toutes les troupes royales qui l'escortaient ? Ils partirent donc le 7 janvier -1652, pleins d'assurance ; mais nos deux bravaches n'allèrent guère plus loin que Pont-sur- Yonne et Sens. Nous ne ferons pas ici Thistoire de leur équipée ; elle a été admirablement contée par M. Maurice Roy % qui a utilisé toutes les sources contemporaines, sans oublier le présent Journal, dont nombre de pages aident à la reconstitution de ce brillant épisode guerrier. Quand on sut à Paris que Bitault était prisonnier d'Hocquincourt, c'est-à-dire de Mazarin, que Geniers n'avait échappé à la mort que par miracle et se cachait piteusement dans la région de Sens, ce fut au Parlement un toile général, une recrudescence de discours, un flot d'injures nouvelles déversé sur ce pauvre Cardinal. Mais tout se borna là. Lorsque Bitault, relâché quelque temps après par Mazarin, à la demande de Mathieu Mole, revint prendre place, le 28 février, parmi ses collègues, son retour ne fut point suivi, semble-t-il, des manifestations bruyantes de sympathie auxquelles il pouvait s'attendre : Le Bailleul se borna à quelques mots de congratulation. Le bruit ne courait-il pas à cette heure dans Paris ^ que le vaillant conseiller, une fois sorti de la tour de Loches, avait poussé jusqu'à Angers pour remercier Leurs Majestés, — on ne dit pas Son Éminence, — de lui avoir fait grâce ? Geniers, lui, se tira mieux d'affaire ; rentré à Paris dès le 27 janvier, il trouva le 7 février le Parlement tout oreilles pour écouter le dramatique récit de son aventure. Ainsi finirent les opérations militaires du Parlement contre Mazarin.

Ces « Messieurs », — c'est le nom dont entre eux ils se saluent, — n'ont généralement pas le sens du ridicule et, sans le vouloir sans doute, l'auteur du Journal nous laisse entrevoir quelques-uns de ses collègues sous des traits presque caricaturaux. En voici un que l'âge n'a point apaisé: c'est Jean Coulon, seigneur du Mesnil-Gornuel, conseiller « vétéran » ; il ne compte plus au rôle, mais il a toujours le droit de siéger et en use ; on lui doit d'ailleurs des égards : si le vieux Broussel est le patriarche de la Fronde, Goulon en est le parrain ; il est l'inventeur de ce mot fameux -, et c'est pourquoi il a le droit de tout

1. Dans son article cité : Un épisode de la Fronde : la rencontre du Chesnoy (7 janvier 1652).

2. On le trouve rapporté par le nouvelliste du ms. fr. 250'2f

dire ; de ce frondeur impénitent Mazarin esl la bête noire : s'étonnant des murmures qui s'élèvent sur certains bancs un jour qu'il est question d'union avec les Princes, il conclura que le Parlement est encore « un petit peu mazarin dans le cœur » et, sans s'émouvoir des rires que son observation saugrenue soulève, il ajoute que le Cardinal doit être « mis hors de France ou pendu ». C'est le conseiller Gilbert, qui affirme qu'il ne faut point « faire la petite bouche ni se servir de taille douce comme on fait à présent » : « ces mots ont fait rire », ajoute notre auteur. C'est le conseiller Foucault, qui préconise les réunions de la chambre Saint-Louis comme une panacée souveraine, unguentum manus Dei, défînira-t-il, car ces Messieurs aiment citer du latin ; c'est ce même Foucault qui pariera de la robe de César, et affirmera sans sourciller que, « en immolant tous les jours les fortunes particulières au manque de foi de la parole royale, » les conseillers ressemblent « à ces hosties immolées par l'empereur Pertinax, auxquelles Ton ne trouvoit point de cœur » ; c'est encore Foucault qui, pour prouver l'autorité du roi sur les cardinaux et ecclésiastiques, n'hésitera pas à rappeler, — cet homme est d'une érudition déconcertante, — que « Tun des ornements royaux était la dalmatique des sousdiacres » ! Il n'y a pas jusqu'au célèbre Pierre Pithou, qui ne nous fasse sourire par sa savante dissertation sur les origines des maîtres des requêtes, où l'étalage de science juridique et historique s'éclaire plaisamment de métaphores inattendues, empruntées à l'art des jardins. Le conseiller Vedeau, lui, est d'esprit facile : dans un discours qui sent la poudre, il proclame qu' « un exploit de guerre est préférable à un exploit de justice » et que les choses en sont au point qu'elles ne peuvent plus se décider que par un « paragraphe de droit canon ». C'est ce même Vedeau qui, glorieux d'avoir déclaré un jour que le cardinal Mazarin était « la plus grande ordure du siècle^ », ira, — juste retour des choses, — élu syndic des rentiers de l'Hôtel de ville, remercier chapeau bas, un an plus tard, ce même Mazarin d'avoir bien voulu faire payer un quartier de leurs rentes à ses électeurs.

On riait donc quelquefois au Parlement : n'était-ce point,

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